Quelle « économie verte » ? La grande question de Rio+20

par Arnaud Bihel
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Le « Pain de sucre » à Rio de Janeiro © Les Nouvelles NEWS

Dans les discussions de la Conférence de l’ONU « Rio+20 », du 20 au 22 juin, l’environnement sera indissociable du développement. Pour la sénatrice Laurence Rossignol, l’enjeu essentiel sera de s’accorder, entre pays riches et émergents, sur le concept d’économie verte.


 

A une semaine de l’ouverture du sommet Rio+20, conférence des Nations Unies sur le développement durable, le pessimisme domine. Le 8 juin, François Hollande admettait que « les conditions de réussite de ce sommet ne sont pas réunies ». D’autant que, symboliquement, les absences de chefs d’État comme Barack Obama ou Angela Merkel risquent de peser lourd. Les négociateurs du texte de la déclaration qui doit être adoptée à l’issue du sommet se retrouvent du 13 au 15 juin à Rio de Janeiro, avant le sommet formel du 20 au 22 juin. Pour l’heure, seuls 20% du texte préparatoire font l’objet d’un accord.

Pour la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, qui conduira la délégation des parlementaires français à Rio – et auteure d’un rapport parlementaire sur les enjeux de la conférence – l’attitude de la communauté internationale à l’égard des questions environnementales ressemble aujourd’hui à la situation des droits des femmes : « Aujourd’hui, la conscience qu’il existe une question environnementale posée à la planète est généralisée. Mais ce qui ne marche pas, c’est le passage à l’acte ».

Gouvernance et économie

Et qu’on ne s’y trompe pas : Rio+20 n’est pas qu’un sommet sur l’environnement. Loin de là. Les questions économiques et sociales y seront intimement liées. Vingt ans après le « sommet de la Terre » de Rio, cette conférence doit être celle du consensus international pour « un nouveau modèle de développement intégrant les questions sociales et environnementales. C’est un véritable changement de civilisation que nous avons à accompagner », souligne Laurence Rossignol. Pour le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, il s’agit de « créer une feuille de route qui mène au développement humain universel, sans dépasser les limites écologiques de la planète ».

De fait, deux sujets essentiels figurent au menu de Rio+20 : d’une part la gouvernance internationale, de l’autre les questions économiques. Sur la gouvernance, la question sera de s’accorder sur le renforcement des institutions internationales de protection de l’environnement, aujourd’hui trop fragmentées et trop faibles. La ministre Nicole Bricq le rappelait le 8 juin devant le « club France Rio+20 » des acteurs français du développement durable : la France plaide pour « la création d’une Organisation des Nations unies pour l’Environnement ou, au moins, d’un renforcement substantiel de l’actuel Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) ». Rien que sur ce point, les discussions s’annoncent ardues.

Compétition internationale et économie verte

Mais le cœur des discussions à Rio, « ce qui détermine tout » estime Laurence Rossignol, sera de s’accorder sur le concept d’économie verte, le nouveau modèle de développement que les États devront s’imposer. « On sait que le modèle de développement des pays riches n’est pas extensible à l’ensemble de la planète, car il est énergivore, destructeur de biodiversité et fortement émetteur de CO2 », souligne la sénatrice. L’empreinte écologique des pays à hauts revenus est cinq fois supérieure à celle des pays à bas revenus, relevait récemment le WWF. Dans son rapport, Laurence Rossignol définit l’économie verte comme « un modèle de développement moins consumériste, plus sobre, économe des ressources naturelles et ouvert aux sauts technologiques lorsqu’ils sont respectueux de l’environnement. »

Mais accorder l’ensemble des pays du monde sur ce qu’est l’économie verte s’apparente à la quadrature du cercle. Car il y a un problème de taille, observe Laurence Rossignol. La compétition économique internationale reste « au cœur du dossier. » Et dans ce contexte « les pays du Sud affichent une grande défiance, légitime, à l’égard du concept d’économie verte. Car ils craignent que ce soit un artifice pour bloquer leur développement économique. La lutte contre la pauvreté est chez eux la priorité. Et ce n’est pas parce que les pays riches ont saccagé la planète depuis 60 ans que le développement des émergents, quand leur heure arrive, doit être bridé. »

Quels indicateurs ?

Derrière cet état des lieux, c’est l’idée de croissance qui doit être interrogée. Où l’on revient à la remise en cause du PIB comme unique témoin de croissance. Le sommet de Rio, juge Laurence Rossignol, doit aboutir à la « mise en place d’indicateurs qui permettent d’évaluer les progrès du développement durable. Dans les indicateurs pour juger de la prospérité d’un pays, il faut aussi évaluer comment ce pays s’engage ou non dans la transition environnementale. » François Hollande est apparu sur la même longueur d’ondes, le 8 juin : « La croissance n’est plus le seul indicateur que nous devrons avoir à l’esprit. Nous avons besoin d’un indicateur de qualité environnementale, d’efficacité des politiques sociales, et d’inégalités », a déclaré le chef de l’État Ce vœu est formulé dans l’actuel projet de déclaration de Rio+20, mais plusieurs observateurs de la société civile jugent que le texte reste trop frileux sur la remise en cause du PIB. A l’image de la Royal Society britannique, qui estime urgent de « développer des systèmes et institutions socio-économiques qui ne sont pas dépendants d’une croissance continue de la consommation matérielle. »

 

Pour aller plus loin :

Le site de l’ONU consacré à Rio+20 (en anglais)

Le dossier consacré à Rio+20 chez nos confrères de Youphil.com

 

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