Qui fait l’info ? Des hommes de pouvoir et des femmes discrètes

Remaniement, foot, rentrée scolaire, affaire Fillon… Les femmes étaient discrètes dans l’actualité cette semaine. Tapis sous l’information, les stéréotypes sexistes ne désarment pas.

Lundi : 
Rentrée scolaire. Si les journaux télés font parler des « mamans » anonymes, Libération met le ministre de l’Education Nationale à sa une. En feuilletant ce numéro du 3 septembre, pas de femme en photo à l’exception de quelques anonymes. Et la seule femme de pouvoir dont le nom est cité est « Nyssen », la ministre de la culture. Son nom est associé à celui du ministre de l’Education pour parler des chorales à l’école. Elle prend infiniment moins de place que lui.

Comment se forgent les stéréotypes ?
Plusieurs études montrent que les femmes représentent moins de 20% des personnes citées dans l’information. Et lorsqu’elles sont citées, c’est le plus souvent en qualité de victime, de témoin anonyme ou parce qu’elles ont un lien avec un homme, héros de l’information. Tandis que les hommes sont cités en tant que décideurs, experts ou héros sportifs. Et cette semaine ?

Le lundi c’est sport aussi, pour revenir sur les événements du week-end. Il n’est question que de footballeurs –hommes. Avec toute la rhétorique et l’espace rédactionnel qui sied aux héros. Le Figaro a même mis l’entraîneur, Didier Deschamps à sa une, avec interview fleuve.

Deux autres hommes font l’actu : Daniel Cohn-Bendit qui n’en finit pas de commenter sa non-succession au poste de ministre de l’Ecologie et Stéphane Bern et son Loto « mission patrimoine »

Les Nouvelles NEWS ont  choisi de vous parler de ce collège qui porte le nom d’une grande intellectuelle malgré une photo d’inauguration très mâle… Une aiguille dans la meule de foin des stéréotypes mais il faut s’en saisir : (voir Un « collège Françoise Héritier » à L’Isle-Jourdain)

Mardi :
Branle-bas de combat, remaniement ministériel. Après les spéculations sur l’envergure du remaniement et l’annonce d’une autre démission au Gouvernement, celle de la ministre des Sports Laura Flessel, les noms des deux nouveaux ministres sont annoncés… Et c’est bien sûr François de Rugy qui fait le plus parler de lui. Son ministère est plus important dans l’ordre protocolaire que celui de la nouvelle ministre Roxana Maracineanu. Le poste qu’il quitte aussi. Résultat : encore peu de femmes visibles dans l’actu.

Mercredi :
Fin des atermoiements sur le « prélèvement à la source ». Gérald Darmanain, Edouard Philippe, Bruno Le Maire, le Président de la République sont dans tous les journaux. Des hommes se partagent l’affiche dans le feuilleton haletant des hésitations et bras de fer avec une administration fiscale représentée, elle aussi par des hommes.

Laura Flessel revient dans les journaux en raison de ses probables « ennuis fiscaux ». Il est à remarquer qu’elle a quitté ses fonctions quand bien d’autres hommes, mis en cause dans d’autres affaires parfois plus lourdes, s’accrochent à leur fauteuil. Discrétion.

C’est dans les rubriques « international » qu’il faut aller pour voir une femme de pouvoir : l’étrange  Sahra Wagenknecht, présentée par beaucoup de journaux comme « l’égérie de la gauche radicale allemande » ou « la pasionaria. » Elle  veut s’en prendre aux migrants qui selon elle « abusent de l’hospitalité » et ceci, dit-elle, pour contrer l’extrême droite… Toujours est-il que les mots « égérie » et « pasionaria », qui n’ont pas de masculin, rendent le pouvoir impossible aux femmes  (voir : La Pasionaria, l’Egérie, la Muse, la Mère, la Madone)

Jeudi :
Emmanuel Macron superstar face aux populistes européens. C’est l’occasion de le voir discuter avec Angela Merkel, une des trop rares dirigeantes d’un grand pays ou milieu de bien des hommes.

Mais Jeudi, c’est aussi le jour de l’annonce des candidats à la présidence de l’Assemblée Nationale. Et, bonne nouvelle, il y a trois femmes candidates à la « primaire » au sein de LREM. Mauvaise nouvelle : aucune ne fait le poids face à Richard Ferrand, favori et grand ami du président de la République. Re-mauvaise nouvelle : une des candidates se désiste immediatement, annonçant qu’elle allait se rallier à Richard Ferrand, affaiblissant ainsi encore les candidatures des deux autres femmes. Décidément !  (voir : Une femme au Perchoir : inconcevable perspective ?)

Un bilan de la délinquance fait par le ministre de l’Intérieur montre que « les violences sexuelles faites aux femmes » sont en très forte hausse.

La photo d’une femme anonyme dans un supermarché illustre un sujet sur la consommation dans le Figaro.

Côté sport, l’équipe de foot masculine joue un match jeudi soir donc les journaux en reparlent. Les héros font même la une du Parisien et de 20Minutes largement distribué dans les transports en commun. Il est aussi question de tennis, de voile ou de cyclisme, mais toujours au masculin

Vendredi : 
Pas de sujet dominant dans l’actualité alors le Figaro s’en prend à l’écriture inclusive et ses « militants » -le mot n’est, bien sûr,  pas féminisé- qui «ne désarment pas». Pour le reste Donald Trump occupe pas mal de place dans les journaux. Le président des Etats-Unis, dont la compétence est mise en cause par un collaborateur anonyme n’en finit pas d’éructer.

Et l’affaire Fillon revient sur le devant de la scène parce que, titrent les journaux : « François et Pénélope Fillon (sont) à nouveau entendus par les juges. » Une femme visible : « femme de ».

Et voilà : une semaine tout en stéréotypes. Des hommes décideurs, experts ou héros sportifs. Des femmes sous-représentées et témoins anonymes, « femme de » ou victimes.

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