Accueil Sport « Raz-de-marée » féminin au Vendée Globe ?

« Raz-de-marée » féminin au Vendée Globe ?

par La rédaction

Samantha Davies Vendée Globe 2012-2013. Creative Commons

6 femmes au départ de la 9ème édition d’une course qui n’en a accueilli que sept au total depuis sa création, c’est un événement. Mais la féminisation de ce sport de haut niveau est très relative.

Elles seront six femmes à s’élancer depuis les Sables d’Olonne dimanche 8 novembre pour le Vendée Globe. Six femmes sur 33 marins pour ce tour du monde en solitaire sans escale et sans assistance : Alexia Barrier, Clarisse Crémer, Samantha Davies, Isabelle Joschke, Miranda Merron, et Pip Hare.

Trois des huit premières courses du Vendée Globe n’alignaient aucune femme au départ, dont la dernière en 2016. (Lire : VENDÉE GLOBE : LES NAVIGATRICES À SEC). Alors c’est un événement : « Six femmes dans le bateau du Vendée Globe » titre  La Croix tandis que d’autres journaux optent pour « six femmes pour un tour du monde ». Pourtant personne n’ose penser que la parité dans ce sport de haut niveau  est mise à flot. D’ailleurs aucune des six concurrentes n’a pu avoir un bateau neuf alors que c’est le cas pour le tiers des concurrents.

La navigatrice franco-allemande Isabelle Joschke qui a créé en 2012 l’association Horizon Mixité, ne voit pas encore une percée des femmes dans le milieu. « Dans mon parcours, j’ai vu le taux de femmes fluctuer» dit-elle dans une interview à LCI, il est arrivé qu’il y ait quatre femmes au départ puis aucune sur l’édition suivante. 

En cause : des sponsors aux abonnés absents sur la voile comme dans beaucoup de sports. En 2014 avant le départ de la 10ème Route du Rhum, Florence Arthaud le déplorait : « c’est la même chose pour toutes les grandes épreuves qui coûtent cher : il est toujours aussi difficile pour une femme de trouver un budget ». (Lire : Dans la voile, les sponsors ne se mouillent pas pour les femmes)

Héroïsme au masculin

 En 2012, c’était Anne Liardet qui jetait l’éponge pour le Vendée Globe, faute de sponsors. Elle avait pourtant été, en 2005, la troisième femme à boucler la prestigieuse course. Elle voulait courir l’édition 2012 sous la bannière de l’égalité Femmes-Hommes. (lire : Le projet d’Égalité sur le Vendée Globe tombe à l’eau ). Cette année là une seule femme avait pris la mer, la grande Samantha Davies. Mais selon les journaux de l’époque, c’était grâce au sponsor habituel de son compagnon qui espérait davantage de retombées publicitaires avec l’unique femme de la course.  Il y eut effectivement beaucoup de retombées dans la presse, mais pas exactement celles qu’attendait la navigatrice. Celle-ci s’agaçait d’entendre les journalistes lui poser des questions sur sa maternité plus que sur sa course au large (lire :  Sam Davies, navigatrice avant tout)

Cette année, dans les portraits qui sont dressés des coureuses, tous les journaux signalent que Sam Davies est «Maman d’un garçon de 9 ans ». Et il est beaucoup question des compagnons des navigatrices qui les accompagnent, les conseillent et leur permettent de trouver des sponsors. 

Les hommes, eux n’ont pas ce genre de pression. Fin 2019, Fabrice Amedeo était présenté comme un héros : il expliquait comment il avait brutalement annoncé à sa femme, alors qu’elle allaitait leur 3ème enfant, qu’il partait et abandonnait son travail pour vivre sa passion au large et exigeait son approbation. (Lire FABRICE AMEDEO, L’AUTRE VOILE DE LA DISCORDE).

Les navigatrices doivent se battre contre les vents et les marées mais aussi et surtout contre les préjugés. Isabelle Joschke milite pour qu’il y ait davantage de filles dans la voile mais aussi dans tous les sports présentés comme masculin. Il faudrait davantage de modèles, davantage de sponsors pour les sportives, des journalistes qui cessent de suggérer que la place des femmes n’est pas dans les courses autour du monde… Et les filles finiront pas s’autoriser à rêver de grandes victoires sportives.

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