Accueil Politique & Société « Taxe tampon » à l’Assemblée : « Touche pas au grisbi, salope ! »

« Taxe tampon » à l’Assemblée : « Touche pas au grisbi, salope ! »

par Marina Fabre
"Tampon Mona Lisa", par Dave Morris (2005)

« Tampon Mona Lisa », par Dave Morris (2005)

Pour les députés, les protections hygiéniques ne sont pas des produits de première nécessité. Ils ont donc rejeté l’idée d’une TVA réduite à 5,5%. « Grosse déception » pour le collectif Georgette Sand.

En février dernier, le collectif féministe Georgette Sand lançait la pétition #NoTaxOnTampons, demandant que la TVA sur les tampons, serviettes hygiéniques et coupes menstruelles passe de 20% à 5,5%. « Car avoir ses règles pour une femme, ce n’est pas optionnel ! », défendait-il.

Alertée par cette pétition aux 17 000 signataires, la députée socialiste Catherine Coutelle s’est emparée du sujet pour le porter à l’Assemblée, dans le cadre d’un amendement au projet de loi de finances. Dans la nuit du mercredi 14 octobre, elle ouvrait le débat sur un sujet « qui peut paraître amusant (…) mais cela concerne quinze millions de femmes aujourd’hui en France (…) Nous souhaitons que ces produits soient considérés comme de première nécessité parce que les femmes qui les utilisent chaque mois ne le font pas par choix ». Le collectif Georgette Sand évaluait en moyenne à 1500 euros les dépenses en protections périodiques pour chaque femme dans une vie.

Christian Eckert, secrétaire d’Etat au Budget, a vite mis fin à l’attente : le gouvernement n’est pas favorable à l’amendement, la « taxe tampon » résiste. « Je ne veux pas entrer dans le débat de l’égalité entre hommes et femmes. Le taux de TVA de nombreux produits d’hygiène concernant plutôt, mais pas exclusivement, les hommes… », estimait Christian Eckert, en soulignant que la TVA à 20% s’applique aussi sur les rasoirs et les savons. « Ce débat passionné n’est pas simple », continuait-il en dégainant l’argument principal de ce rejet : « D’après le gouvernement, 55 millions d’euros seraient perdus… ».

« Si M. Eckert ne voit aucun problème à ce que les femmes se baladent dans la rue tachées de sang à l’entrejambe, qu’il nous le dise clairement »

Pour le collectif Georgette Sand, c’est la douche froide. Contactée par Les Nouvelles NEWS, Juliette Melba, membre du collectif, avoue que l’espoir était permis : « L’amendement était soutenu par la Commission des finances, et nous le pensions, par le groupe socialiste. Mais ce dernier s’est aligné sur la position du gouvernement, à savoir : on ne touche pas à la TVA. Quand on sait que la TVA constitue aujourd’hui 70% des recettes de l’Etat, on comprend la sensibilité du sujet, que M. Eckert qualifie de « passionné ». Toujours les mêmes clichés sur les sujets féminins. Nous avons envie de citer Les Tontons flingueurs : “Touche pas au grisbi, salope !” ».

Les arguments de Catherine Coutelle n’auront pas suffi. La députée Les Républicains Véronique Louwagie s’inquiétait d’ailleurs que la grande distribution ne répercute pas la baisse de la TVA sur le prix affiché en magasin. « J’émets des doutes sur la vertu des industriels à répercuter cette mesure, qui vous honore, madame Coutelle ».

Pour le collectif Georgette Sand : « La reconnaissance de la première nécessité rencontre d’incroyables blocages, et les protections périodiques se voient comparées aux rasoirs et au savon. Si M. Eckert ne voit aucun problème à ce que les femmes se baladent dans la rue tachées de sang à l’entrejambe, qu’il nous le dise clairement. Concernant la compensation budgétaire, c’est bien parce que la première nécessité n’est pas reconnue que les marges de manœuvre ne sont pas trouvées : un élèvement de la TVA à 20% pour des produits aujourd’hui taxés à 5,5%, comme les sodas ou tout autre produit clairement néfaste pour la santé, permettrait de compenser immédiatement l’abaissement pour les produits de première nécessité ».

Le collectif continue de lutter contre les inégalités et ne perd pas espoir : « Aujourd’hui déçues, mais optimistes pour demain ». Prochaine étape : mener une action commune avec la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, où la révolte gronde également. « Nous irons toquer à la porte de M. Moscovici, commissaire européen en charge de l’économie et de la fiscalité, pour obtenir une directive TVA plus contraignante (…) Nous avons de nouvelles actions dans les tuyaux ! »

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2 commentaires

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flo 16 octobre 2015 - 12:29

Ces gens des assemblées nous ont envoyé un message fort cette semaine : les prostituées sont des produits de 1ère nécessité, mais pas les tampax. profond dégoût..

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09 Aziza 26 octobre 2015 - 15:10

S’inspirer des actions de « la Barbe » serait pas mal: toutes les femmes en âge d’être « indisposées » pourraient se balader le même jour avec de la peinture rouge sur les jambes….
ceci dit , le féminin demeure une planète inconnue pour beaucoup d’hommes des classes aisées; cette confusion avec les lingettes(ai je lu dans les compte -rendus) me rappelle le procès de Bobigny où un magistrat demandait à un témoin si elle avait mis le spéculum dans la bouche de la femme à avorter…

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