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Retour en arrière pour l’IVG avec la pandémie

par La rédaction

Hausse de 330 % des difficultés de prise en charge, hausse de 184 % des demandes d’IVG tardives… Le Planning familial alerte. La loi d’urgence ne permet pas de surmonter les barrières du confinement.

Au 0800 08 11 11, le numéro vert « Sexualités, Contraception, IVG » et dans les associations départementales du Planning Familial, la détresse grandit. Le planning l’a mesurée dans un rapport qui « analyse de la situation de l’avortement en temps de confinement ».

Du 30 mars au 19 avril 2020, ce numéro  a enregistré une hausse des appels de 31% par rapport à la même période de l’année 2019. Et surtout l’étude constate une augmentation de 330% des difficultés concernant des dysfonctionnements dans la prise en charge des personnes :  « non-respect de la loi dans la prise en charge des personnes souhaitant réaliser une IVG ou se faire délivrer/poser une contraception, un accueil IVG culpabilisant et/ou jugeant, une désinformation par un·e professionnel·le ou un·e personne anti-IVG, une situation de violences conjugales ou familiales, une situation de dépassement des délais légaux français pour la réalisation d’une IVG entraînant un avortement à l’étranger et bien sûr les difficultés liées au confinement. » indique l’analyse

Au final « les femmes viennent globalement moins avorter alors qu’elles en ont toujours le même besoin » dit le rapport. Ceci alors que « la plupart des hôpitaux se sont organisés pour maintenir les IVG pendant l’épidémie de coronavirus »

Autre chiffre inquiétant : sur trois semaines le numéro vert a reçu 54 demandes pour une IVG à l’étranger ou une IMG en France, contre 19 demandes en 2019, soit « une augmentation de 184% des demandes pour une interruption de grossesse au-delà de 12 semaines de grossesse. »

Des mesures législatives ont été mises en place tardivement. Le 15 avril dernier, le gouvernement a annoncé l’allongement du délai d’avortement par voie médicamenteuse de 5 à 7 semaines de grossesse. Et les rendez-vous médicaux obligatoires pour une IVG médicamenteuse sont désormais réalisables en téléconsultation. Mais la demande d’allongement du délai de 12 à 14 semaines pour pratiquer une IVG ne passe pas. Le 20 mars, des sénatrices et sénateurs avaient demandé que cette disposition figure dans la loi « urgence Covid » et elle avait été rejetée. (voir : L’IVG EN DANGER PENDANT LE CONFINEMENT ?)

Le 25 avril en revanche, le ministre de la Santé Olivier Verant a indiqué que la détresse psychosociale serait retenue comme motif aux demandes d’IVG tardives, retardées en raison du confinement. Il répondait ainsi à un courrier de plusieurs associations qui lui avait été adressé par la Sénatrice Laurence Rossignol, ex-ministre en charge des Droits des femmes. Comprendre : le gouvernement n’ira pas plus loin parce que précisait-il dans sa réponse, c’est « un sujet de société trop important pour être traité dans l’urgence d’une crise épidémique». Un argument qui ramène aux sombres heures du débat parlementaire qui, il y a 45 ans, avait « exposé Simone Veil à une violence obscène » fait observer Isabelle Alonso.

Pourtant, « l’urgence de la crise épidémique » rend le problème urgent. Les témoignages recueillis par le Planning familial témoignent de la peur et des obstacles matériels qui empêchent le recours à l’IVG : difficulté à obtenir un rendez-vous, peur de sortir et d’être contaminée, impossibilité de faire garder ses enfants pour aller au rendez-vous, peur, chez les mineures, que les parents soient informés… Sans compter la propension des anti-IVG à capter sur Internet les demandes des femmes en détresse pour les dissuader d’avorter. (voir Délit d’entrave numérique à l’IVG ) Autre sujet compliqué : l’appréciation de la « détresse psychosociale » qui doit être faite par un collège nombreux et pas forcément bienveillant…

Alors le planning formule plusieurs demandes et notamment la simplification de la prise en charge des IVG, des campagnes d’information, la réouverture des lieux d’accueil pouvant aider les femmes. Et toujours l’allongement du délai de 12 à 14 semaines.

Laurence Rossignol a tenté de faire adopter des simplifications de l’accès à l’IVG lors de la lecture de la loi au Sénat… Sans succès. Alors elle a demandé à ses collègues député.e.s de s’emparer du sujet.

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