Accueil MédiasBruits et chuchotements Robert Redford et ces hommes qui refusent la domination

Robert Redford et ces hommes qui refusent la domination

par Isabelle Germain

Les hommes qui soutiennent le mouvement #MeToo ne manquent pas d’arguments. Passage en revue optimiste face à celles et ceux qui ne voient que de la délation.


« Je me réjouis de tout ça, c’est vraiment une belle époque. (…) C’est un tournant, car cela change l’ordre des choses. » Lors de la séance d’ouverture du Sundance Film Festival, jeudi dernier, l’acteur américain Robert Redford, s’est exprimé sur le mouvement #Metoo.

Il se réjouit pour les femmes : elles auront « davantage d’opportunités, et davantage d’opportunités dans le cinéma, pour que leurs voix soient entendues, pour qu’elles puissent travailler sur leurs projets. C’est un tournant, car cela change l’ordre des choses. Les femmes auront une voix plus forte, ce qu’elles n’avaient pas avant. C’était trop contrôlé par la domination masculine mais, maintenant, ce sera plus équilibré »

Changement aussi pour les hommes selon l’acteur : « Ils vont devoir écouter, permettre à la parole des femmes d’être entendue, y réfléchir et peut-être en discuter entre eux. C’est une période de changement qui peut conduire à de nouveaux débats. »

 

Pas sûr qu’on en soit encore là en France. La couverture de l’hebdomadaire Marianne sorti au lendemain de la déclaration de Robert Redford est désespérante : « Libérons la parole des hommes »… encore un parfait exemple d’inversion victime/coupable par la magie de la confiscation de la parole par les hommes. Ils prétendent vouloir libérer une parole déjà plus que débridée. Les hommes squattent toutes les tribunes : La Barbe le montre depuis des années, le mouvement plus récent JamaisSansElles, le confirme, d’innombrables études l’attestent, Prenons La Une bataille pour que ça change… Face au torrent de moqueries déversé sur les réseaux, le directeur de la rédaction de Marianne, Renaud Dély, a plaidé le second degré sur FranceInfo… Un classique des postures antiféministes

Il faut vivre dans une grotte pour ne pas avoir entendu les chroniqueurs et invités des médias audiovisuels – très majoritairement des hommes- s’exprimer depuis le début du mouvement. Du philosophe Raphael Enthoven au chroniqueur Eric Zemmour, en passant par le directeur de L’Express Christophe Barbier et bien d’autres, tous ont exprimé avec force leurs craintes de tomber dans une société de délation qui rappellerait les heures les plus sombres de notre Histoire… sans vraiment chercher à savoir pourquoi nous en étions là aujourd’hui, ni comment lutter contre les violences sexistes.

Néanmoins, au milieu des complaintes contre « l’ordre moral » (celui qui désorganise la domination masculine) et la peur de devoir signer des « contrats sexuels » fantasmée par Frédéric Beigbeider (patron du magazine Lui), quelques pépites sont à lire dans le fameux numéro de Marianne.

Le romancier Marc Dugain par exemple est « pour qu’on frappe fort ». Il explique que l’égalité des sexes passe par l’éducation et en s’attaquant à « l’industrie du porno qui ruine les notions élémentaires d’égalité entre les sexes ». Il raconte la réaction de 11 garçons qui avaient violé une collégienne de 11 ans : pour eux, ça se fait sur Internet donc c’est normal. Et d’expliquer : « On a une économie totalement fondée sur l’avilissement des femmes et on s’étonne de fabriquer une génération de machos ! Alors oui, je suis pour qu’on frappe fort. »

Le philosophe Raphaël Glucksmann, lui, « préfère l’impolitesse de la révolte à la politesse de la domination ». Au lieu de se focaliser sur les éventuelles erreurs, comme ses voisins de tribune, il pense « qu’il faut passer outre les dérives et les maladresses de forme ». Pour lui, « le problème principal, c’est une structure sociale de domination masculine qu’il faut transformer ».

Le sociologue Gérald Bronner plaide pour la libération de l’expression du désir féminin. Et fait observer que « les hommes organisent, sans le savoir, leur propre misère sexuelle » puisque « les sanctions sociales contre l’expression du désir des femmes sont importantes »

Ecouter les femmes, mieux éduquer, transformer la structure sociale de domination masculine, changer de regard sur l’expression du désir féminin et masculin… Ces hommes tiennent tout simplement des discours féministes.

 

Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

0 commenter

Laisser un commentaire