Accueil Politique & Société Roselyne Bachelot et le principe de précaution pour « le jour d’après »

Roselyne Bachelot et le principe de précaution pour « le jour d’après »

par Isabelle Germain

Roselyne Bachelot à L’Assemblée nationale en 2010

Ceux qui avaient critiqué l’ex-ministre de la Santé pour avoir constitué des stocks en prévention d’une épidémie font leur mea culpa. Mais le principe de précaution qu’elle défend fera-t-il « le jour d’après » ?

Ministre de la Santé en 2009 au moment de l’épidémie de grippe A (H1N1), Roselyne Bachelot avait appliqué le principe de précaution et commandé des stocks de vaccins et de masques en prévision du risque. La grippe A, en France s’est avérée moins étendue qu’on pouvait le craindre et la ministre a reçu des tombereaux de critiques. Elle a même, en janvier 2010, dû être auditionnée à l’Assemblée nationale face notamment à un député lui reprochant le «gaspillage des deniers publics.»

Aujourd’hui, alors que, face à l’épidémie de coronavirus, le manque de masque et de tests met en danger les soigant.e.s et accroît le risque de propagation du virus, ceux et celles qui avaient critiqué Roselyne Bachelot à l’époque se confondent en excuses. Ce qui est très rare dans le monde médiatico-politique

La ministre de la Santé de 2009 défendait un élémentaire principe de précaution qu’il serait bon de remettre à flot à l’occasion de la crise que nous traversons. Tant dans le domaine de la santé que dans celui de l’environnement.

Lorsqu’elle répondait à la commission en 2010, Roselyne Bachelot rappelait ce principe : « Ces masques sont un stock de précaution — excusez-moi si ce mot devient un gros mot ici !- Ils sont un stock de précaution qui est destiné à toute sorte de pandémie, et ce n’est pas évidemment au moment où une pandémie surviendra qu’il s’agira de constituer les stocks. Un stock, par définition, il est déjà constitué pour pouvoir protéger. »

Et quand l’Obs demande à l’ex-ministre de la Santé ce qu’elle ressent aujourd’hui la réponse tombe : « j’ai la rage ». Elle ne s’en prend pas à l’actuel gouvernement mais regrette un mouvement plus global « on a détricoté tout ce qui avait été mis en place pour prévenir les risques, à force de restrictions budgétaires » déplore-elle. Alors « Quand je vois que des soignants sont obligés d’aller au front sans protection, j’ai la rage »

Dans Ouest-France, elle précise : «nous avions un stock de près d’un milliard de masques chirurgicaux et de 700 millions de masques FFP2. J’ai été moquée pour cela, tournée en dérision, mais quand on veut armer un pays contre une épidémie, c’est ce qu’il faut ! » En cas de risque sanitaire « la seule solution, c’est la réponse maximale, la protection maximale. »

Sur un plan plus personnel, même si elle affirme, sur France Info  que « on est dans une lutte commune, ce n’est pas l’heure de régler des comptes, d’être saisi d’une joie mauvaise », dans Ouest-France, elle ne s’interdit pas d’ironiser : « J’avais raison à l’époque. Je pensais qu’on me rendrait justice après ma mort. J’ai dû attendre dix ans. »

Elle explique aussi l’inconséquence des politiques qui ont oublié le principe de précaution par un fait très simple : jusqu’ici, les grandes épidémies n’ont pas ou très peu touché les pays occidentaux. Et sur France 5 elle insiste « la seule stratégie c’est la précaution maximum.»

Le jour d’après : application du principe de précaution ?

La crise du coronavirus permettra -t-elle de rendre effectif dans les politiques publiques « le principe de précaution » inscrit dans la constitution depuis 2004 ? Ce principe devant s’appliquer à la santé bien sûr, mais aussi à l’environnement. Déjà des voix s’élèvent pour le réclamer. Pas forcément du même bord politique que Roselyne Bachelot. Tous font référence au « jour d’après » évoqué par Emmanuel Macron lorsqu’il a annoncé le confinement des Français.e.s.

Samedi dernier, 45 député.e.s de tous bords (beaucoup d’ex-LREM) ont tenté d’intégrer à la loi d’urgence sanitaire, un « Grand plan de relance et de transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité et de la justice sociale » pour préparer le « jour d’après ».  L’amendement appelait à une concertation de 6 mois pour élaborer un plan de transformation « Au moment même où nous devrons tout tenter pour relancer notre économie – quoi qu’il en coûte -, nous aurons alors à mener un autre combat : la lutte pour le climat, la biodiversité et la justice sociale. Pour la gagner, nous devrons tirer toutes les conséquences et engager des changements profonds en ce qui concerne nos modes de production et de consommation pour respecter les limites planétaires, en matière de cohésion sociale, de la solidarité, d’éducation, de démocratie ou encore dans notre rapport à la science », écrivent les députés. » Cet amendement a été rejeté sans discussion.

Dans le Monde, le 22 mars une tribune signée par des membres d’Attac au titre explicite -« Relocaliser n’est plus une option mais une condition de survie de nos systèmes économiques et sociaux» – expliquait : «la crise du coronavirus apparaît, en effet, comme le symptôme d’une mal-organisation du monde qui ne peut que favoriser la prolifération d’événements incontrôlables prenant une dimension de déstabilisation systémique.». Selon les signataires : « L’exigence d’une relocalisation des activités pour réduire notre empreinte écologique et générer des emplois pérennes et de qualité, en faisant jouer la coopération et la solidarité internationale, devrait guider les choix structurels à prendre dans les semaines à venir. »

Autre initiative : Philippe Zaouati, cofondateur du think tank « Osons le progrès appelle chacun.e a rejoindre une future plateforme collaborative #ConstruisonsLeMondeDApres. Parce que dit-il, « la reprise ne doit pas être un ‘business as usual’ »

Et bien d’autres appels devraient continuer à fleurir. La crise du coronavirus permettra-t-elle qu’ils soient entendus ?  Le 20 mars, « journée internationale du Bonheur » qui aurait dû être  l’occasion d’inscrire de tels discours dans les faits est passé inaperçu. Rendez-vous « le jour d’après ».

Lire : 20 mars, journée internationale du Bonheur… Ah bon ?

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