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Ruth Bader Ginsburg et le pouvoir des femmes

par La rédaction

Même morte, elle fait trembler les Etats-Unis et met en évidence les petits calculs de Trump. Icône féministe et progressiste, la juge à la Cour suprême l’affirmait : « les femmes ont leur place partout où des décisions sont prises ».

« Mon souhait le plus ardent est de ne pas être remplacée avant l’installation d’un nouveau président » quelques jours avant sa mort, Ruth Bader Ginsburg, juge de la Cour suprême des Etats-Unis, icône féministe et progressiste, aurait ainsi confié son dernier souhait à sa petite-fille Clara Spera. 

Car la configuration politique des Etats-Unis ne sera pas la même selon que la personne choisie pour lui succéder parmi les neuf magistrats de la plus haute juridiction américaine, sera désignée avant ou après l’élection du président des Etats-Unis. 

Alors Donald Trump, en campagne pour sa réélection, veut agir dans la précipitation. Pour ancrer la Cour suprême dans le camp conservateur, il clame qu’il nommera rapidement « une femme très talentueuse ». Calcul électoral encore : il semblerait que le vote des femmes penche pour son adversaire Joe Biden. Une fois que Donald Trump aura fait connaître son choix, le Sénat, à majorité Républicaine (53 sièges sur 100), devra confirmer. Mais deux sénatrices républicaines ont déjà annoncé qu’elles refuseraient de pourvoir ce poste avant le scrutin. 

« Les femmes ont leur place partout où des décisions sont prises » disait Ruth Bader Ginsburg, seconde femme à entrer à la Cour suprême, nommée par le président Bill Clinton en 1993. Née à New York, issue d’une famille d’immigrants juifs russes, elle fait honneur à sa mère, morte alors qu’elle était encore au lycée. Une mère qui n’a pas pu accéder à l’université parce que femme et a encouragé sa fille à poursuivre ses études.

Lorsqu’elle intègre l’école de droit de Harvard, le doyen, qui organise un dîner avec les neuf femmes étudiantes et son épouse, les passe sur le grill et leur demande pourquoi elles prennent « la place d’un homme compétent ». La scène reprise dans le film « Une femme d’exception » qui retrace les jeunes années de « RBG » est poignante. Mais l’étudiante d’alors joue l’ironie (pour comprendre et soutenir mon mari, étudiant en droit, repond-elle).

Elle poursuit ensuite ses études à la prestigieuse université Columbia, à New York, pour suivre son époux, et sort major ex aequo de sa promotion en 1959. Recalée aux entretiens d’embauche par des cabinets d’avocats misogynes, elle se lance d’abord dans une carrière universitaire, ce qui ne l’empêche pas, là encore, de se heurter à des discriminations. Elle étudiera les droits des femmes. Puis elle suit son mari et vit quelque temps en Suède, ce qui la conforte s’il en était besoin, dans ses convictions féministes. En 1970, elle fonde le Women’s Rights Law Reporter, journal consacré aux droits des femmes. Puis, en 1972, elle participe à la création d’une section féminine au sein de l’Union américaine pour les libertés civiles. Le Women’s Rights Project travaille sur plus de 300 cas de discriminations sexistes. Sur six cas de discrimination qu’elle portera devant la Cour suprême, l’avocate remportera cinq victoires.

Elle argumente sans relâche, avec une patiente pédagogie pour dénoncer le caractère anticonstitutionnel des discriminations fondées sur le genre contenues dans des dizaines de lois,  parce que dit-elle « les juges pensaient que les discriminations sexistes n’existaient pas ». Elle montre que ces discriminations jouent parfois contre les hommes . Avant les cinq victoires à la Cour suprême, elle avait porté  devant une Cour d’appel le cas d’un homme, Charles Moritz, qui ne pouvait déduire fiscalement les dépenses pour les soins de sa mère malade, parce qu’il n’était ni femme, ni marié, ni veuf.

Bien sûr elle a pesé dans le débat relatif au droit à l’avortement adopté aux Etats Unis en 1973 et pour les droits des homosexuels. Et, en 2009, pour faire promulguer le Lilly Ledbetter Fair Pay Act sur l’égalité salariale. C’était la première loi signée par Obama.

« Les femmes ont leur place partout où des décisions sont prises » affirmait-elle. Et elle n’hésite pas  : « Quand on me demande parfois quand il y aura assez de femmes à la Cour suprême ? Et je réponds : « Quand il y en aura neuf ». Les gens sont choqués. Mais il y a eu neuf hommes, et personne n’a jamais posé de question à ce sujet. »

Surnommée Madame la Juge I dissent («j’exprime mon désaccord»), elle est devenue une véritable rock star aux Etats Unis. Outre le film, un documentaire tourné en 2018 célèbre Notorious RBG (en référence au rappeur Notorious BIG dont elle est l’antidote), raconte son parcours et ses séances à la salle de sport trois fois par semaine mais aussi des photos familiales et officielles, des dessins humoristiques, des interviews de personnalités et de proches. De nombreux livres la célèbrent ainsi que des poupées, des mugs, des pin’s, des sacs de plage ou des habits de bébé à son effigie, voire des tatouages de son visage. Lorsqu’elle se déplaçait, elle était harcelée par des demandes de selfies.

On lui prête cette demande : « Je ne réclame aucune faveur pour les personnes de mon sexe. Tout ce que je demande à nos frères, c’est qu’ils otent leurs pieds de notre nuque. »

 

 

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