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#SafeDansLaRue, quand des médias confisquent la parole des femmes

par Isabelle Germain

rueDes femmes disent sur des réseaux sociaux la peur qu’elles ressentent dans la rue la nuit. Certains médias leur clouent le bec en jouant l’air de la culpabilité.

Mardi, sur le réseau social Twitter est né le hashtag #SafeDansLaRue. A l’origine de la démarche, un twitt de @CrêpeGeorgette issu de ses «commandements» pour lutter contre le sexisme. Sa proposition n°3, qui s’adresse aux hommes :

« Dans la rue la nuit, si une femme est seule, je la dépasse vite en me mettant sur le trottoir d’en face pour montrer que tout est safe ».

Deux twitteuses, @mrsxroots et @The_Economiss, ont rebondi en lançant le mot-dièse #SafeDansLaRue et, très vite, des milliers de témoignages déferlent sur le réseau social. Chacune à sa façon exprime la peur que l’on ressent seule dans la rue la nuit lorsqu’on a appris depuis le plus jeune âge que l’on est une proie pour des violeurs et agresseurs. Une peur qu’ignorent les hommes. Certaines disent ce qu’elles font pour éloigner le danger, mais on sent bien qu’elles n’en mènent pas large.

Lisant cela, des hommes comprennent comme ?@peultier : « Mais je n’avais pas conscience jusque hier de ce qui a été soulevé sur #safedanslarue donc je serai plus attentif. » D’autres disent qu’ils changent de trottoir pour ne pas faire peur.

Culpabiliser les victimes

Bref, le message passe enfin. Très vite, de grands médias s’emparent du sujet, plutôt bien globalement. Mais pas toujours. MadameFigaro prend soin d’insister sur le fait que des hommes se sont sentis insultés et « s’exclament, à juste titre, que « tous les hommes ne sont pas des pervers » ».

Europe 1 sur son site détourne l’intention du hashtag #SafeDansLaRue et en fait un article. Pas pour attirer l’attention des hommes sur ces témoignages, pas pour s’indigner de voir que dans notre pays prétendument civilisé, la liberté d’aller et venir est interdite à la moitié de la population. Pas pour demander au ministre de l’Intérieur ce que fait la police. Pas pour demander à l’école ou aux parents comment ils ont éduqué les enfants pour qu’on en soit là aujourd’hui. Pas non plus pour citer en exemple les hommes qui prennent des précautions (comme l’a fait par exemple Christine Laemmel dans 20Minutes)

Le message de l’article d’Europe 1 est : la peur dans la rue, c’est votre problème les filles et dans notre grande magnanimité nous allons vous aider à le résoudre. Et de convoquer le coach de service, professeur de self-défense, pour expliquer aux femmes comment avoir moins peur. Evidemment, ce sont elles qui doivent se remettre en question en évitant de montrer des signes de faiblesse et en surveillant leur tenue. Un peu comme si, à l’occasion d’un sujet sur l’augmentation des vols de portefeuille, on conseillait de se ballader avec un coffre fort sur soi ou de sortir sans son portefeuille. Interpelé sur Twitter, l’auteur de l’article, sûr de sa façon de voir les choses, ne comprenait pas ce qui lui arrivait.

C’est ainsi que s’écrivait l’histoire des femmes à l’époque des médias à la papa. La parole des femmes était rendue inaudible par ceux qui pensaient à leur place. Avec les réseaux sociaux, ce sera une autre affaire.

 

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10 commentaires

10 commentaires

Fred 7 février 2014 - 00:13

Changer de trottoir ?! Sans déconner ?!

Et mettre une muselière et une ceinture de chasteté tant qu’à faire ? Ou avoir une bombe lacrymogène pour me la flanquer moi-même dans la tronche…

Je ne suis pas un violeur, ni un assassin, ni un voleur, ni un psychopathe, mais je devrais tout de même traverser la rue pour que chaque femme isolée que je risque de croiser se sente en sécurité ?

Eh ben on avance, question contact humain !

Ben on. Je ne changerais pas de trottoir, et si je croise une femme dans la rue, chose simple comme bonjour : je croise son regard, je lui souris, et je continue ma route, comme un être civilisé.
Et libre à elle de sortir ou non sa lacrymo pour m’en mettre plein les yeux.

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Fred 7 février 2014 - 01:13

Et pour répondre plus complètement à ces propositions :

1-Je n’ai jamais cautionné le harcèlement sexiste, et si j’en ai l’occasion, je lutte contre.

2-Je ris aux blagues machistes, tout comme je ris aux blagues sur les hommes (quel est le terme déjà ?), les juifs, les blacks, les beurs, les blancs… tant que ça reste de l’humour, destiné à faire rire et non à blesser.

3-Déjà expliqué…

4-Pas sûr d’avoir tout compris, ce qui est sûr, c’est que j’évite de juger les apparences. Ce sont les actes qui forgent mon jugement à propos d’une personne. Non son physique ou sa tenue.

5-Je fais ma part de ménage avec plaisir, en me disant que c’est toujours ça de moins à faire pour les autres, qu’importe leur sexe.

6-Je n’aurais pas l’idée d’aller minimiser…

7-Je ne prétends pas qu’il « va lui arriver des trucs » : je lui souhaite simplement bon retour, comme à un homme…

8-Le jeu auquel jouent les femmes les regarde, mais j’aurais personnellement trop peur d’être un boulet pour « insister ». Ce genre de jeu, je le laisse à ceux et celles qui aiment…

9-Sais pas ce que c’est que le « PUA »… Mais Mme 5 doigts est une experte qui connait parfaitement mes goûts… en fait, elle est limite avantageuse.

10-Ben… comme dit plus haut, je ne suis pas un violeur, donc sans consentement explicite : ceinture, point barre. Ça me semble plutôt simple…

11-Je n’ai pas peur du jugement des autres hommes, et je n’ai pas l’idée d’avoir un comportement sexiste…

12-Je ne me sens pas visé quand on parle de viol, et mon écoute est à ce moment au plus haut point parce que je considère ça comme l’un des (voire LE) plus abominables crimes…

13-Là, ça se contredit un poil, un chti chouïa… je dois me sentir visé ? Ou pas ?! En tout cas, je ne me demanderais pas si j’en fais partie, tout simplement parce que cf 12.

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Cécile 7 février 2014 - 09:18

Je trouve que ce que vous dites est très sexiste. Je connais des hommes qui ont peur quand il rentre chez eux le soir. Un de mes petits copains m’avait expliqué quand j’avais 18 ans qu’il mettait sa clé entre ses doigts quand il rentrait chez lui, entre sa voiture et sa maison. Moi je n’ai jamais eu peur le soir en rentrant. Il faut arrêter de dire qu’on est l’égale des hommes et puis après se mettre dans la position d’une victime tout le temps. Je n’ai pas peur, il y a des hommes qui ont peur mais ça c’est surtout dans la tête. Faire croire que les femmes ne savent pas ce défendre confirme les stéréotypes sexistes. N’oublions pas que 40 % des violences conjugales, viol excepté ( oui, les femmes ont plus de mal à violer que les hommes) sont perpétrés par des femmes, ce qui prouvent que les femmes aussi peuvent être des bourreaux, violentes, etc…, un homme meurt sous les coups de sa compagne tous les 10 jours. Bien sûr, pour les femmes, c’est une femme tous les 3 jours, ce qui est un scandale mais cela montre que les femmes peuvent se défendre et faire preuve d’autant de violence que les hommes: elles ne sont pas que des victimes. Maintenant le gouvernement devrait faire le nécessaire pour protéger les hommes et les femmes des violences domestiques!

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isabelle germain 7 février 2014 - 09:23

« Cécile »
Je trouve que ce que vous dites est très sexiste. Je connais des hommes qui ont peur quand il rentre chez eux le soir. Un de mes petits copains m’avait expliqué quand j’avais 18 ans qu’il mettait sa clé entre ses doigts quand il rentrait chez lui, entre sa voiture et sa maison. Moi je n’ai jamais eu peur le soir en rentrant. Il faut arrêter de dire qu’on est l’égale des hommes et puis après se mettre dans la position d’une victime tout le temps. Je n’ai pas peur, il y a des hommes qui ont peur mais ça c’est surtout dans la tête. Faire croire que les femmes ne savent pas ce défendre confirme les stéréotypes sexistes. N’oublions pas que 40 % des violences conjugales, viol excepté ( oui, les femmes ont plus de mal à violer que les hommes) sont perpétrés par des femmes, ce qui prouvent que les femmes aussi peuvent être des bourreaux, violentes, etc…, un homme meurt sous les coups de sa compagne tous les 10 jours. Bien sûr, pour les femmes, c’est une femme tous les 3 jours, ce qui est un scandale mais cela montre que les femmes peuvent se défendre et faire preuve d’autant de violence que les hommes: elles ne sont pas que des victimes. Maintenant le gouvernement devrait faire le nécessaire pour protéger les hommes et les femmes des violences domestiques!

cet article veut simplement mettre en lumière le fait que les médias détournent la parole des femmes. Que l’insécurité soit un pb pour les hommes aussi est exact mais ce n’était pas le sujet de l’article

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09 Aziza 7 février 2014 - 09:59

Par pitié, un peu de sérieux, même s’il n’exclue pas l’humour! Dire « les hommes aussi », n’a jamais été une analyse politique ou sociologique valide! par ailleurs, je ne sais d’où sortent ces 40% de violences infligées par des femmes dans le cadre domestique, mais il s’agit (peu importe le chiffre) de violences de RÉACTION, c’est à dire en effet de femmes qui se défendent; et défendent leur vie; elles ne sont pas à l’origine de l’agression dans une majorité de cas. Pénalement, il est très différent d’être l’agresseur délibéré, ou d’être en état de légitime défense.Enfin, certaines pourraient elles comprendre la différence entre ETRE une victime de par son statut, comme les victimes de guerre, et SE TROUVER VICTIME d’une agression isolée, qui ne fait pas de vous une victime à vie? Tout ce que je lis est affectif, irrationnel, et ne peut nous mener bien loin, hélas….

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Meg 7 février 2014 - 12:19

Merci 09 Aziza je suis aussi très lasse de voire que « victime » est une insulte même dans la bouche de certaines féministe. J’ai été victime de nombreuses agressions, ça ne fait pas de moi un paillasson et je n’ai pas honte d’utiliser ce mot. Et je souffre à chaque fois qu’on me renvoie cette idée qu.etre victime est une honte. J’ai été victime d’agressions sexuelles et on a nier que j’étais victime on m’a dit que j’avais chercher ce qui m’est arrivée. Si je suis victime d’une agression dans la rue la nuit on me reprochera d’être sortie seul dans tel ou telle tenue, de n’avoir pas crier, de ne pas m’être défendu. J’ai même pas le droit de dire que j’ai peur la nuit seul dans la rue car ça détrange le petit confort des freds. Et je n’ai pas le droit de dire que je subit du harcèlement de rue parce que ça ne correspond pas au vécu de Cécile qui est bien plus forte que moi vu qu’elle n’a jamais été agressée et ne rate pas une occasion de me rappeler à quel point le fait que j’ai été victime fait de moi une grosse merde ambulante qui ferais mieux de rester caché pour pas dérager les gentils freds et les courageuse Céciles.

Sinon Fred ne change rien, c’est claire que c’est écrit sur ton front que tu es un gentil garçon inoffensif et c’est bien connu que les violeurs sont facile à reconnaître. ils ont des cornes immenses et leurs yeux crachent des éclaires de lubricité et ils sont tout à fait incapable de sourire. Merci pour tous les efforts que tu concède aux femelles que nous sommes. Tu es trop bon, tu es la perfection doté de couilles, on oubliera pas d’ériger un monument à ta glorieuse bite qui ne change jamais de trottoirs.

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taranis 7 février 2014 - 13:28

Bien sûr Fred vous êtes un Saint et bien sur vous portez votre masculinité en étendard contre toutes ces femmes qui fabriquent leur propre peur. Il n’y a forcément que des légendes urbaines et le harcèlement de rue est un fantasme, votre déni ne fait que consolider le fond de l’article… Les filles n’apprennent hélas que trop que « la rue est dangereuse pour les femmes » et tout – leur famille, les médias, la justice quand elles sont victimes d’une agression sexuelle – leur enjoint de restreindre leur liberté de mouvement. Alors, si ce guide permet de mettre au jour un phénomène que d’aucuns ne veulent pas voir, tant mieux ; si vous l’utiliser pour justifier l’enfermement ou la fuite des femmes, ou pour dédouaner, une fois de plus, notre propre société de son machisme bien vivace, cela ne nous découragera pas de nous défendre et comme ici faire de la prévention. Tous les hommes ne sont pas arrogants
Même dans un quartier tranquille, le harcèlement sexuel survient tout de même assez souvent. Hier soir, Je sortais d’un bar, et un gars a soudain soulevé ma jupe. Je lui ai lancé un regard noir, et il a alors reculé un petit peu. Son ami, qui était avec lui, a alors dit “ t’inquiète pas, C’est juste que tu l’intéresse, c’est un compliment.” Ma réponse fut alors “ok.. fait gaffe à ce qu’il ne recommence pas, sinon je le frappe.” Mais après ça, Je me sentais en colère envers son ami d’avoir appelé ça un ‘compliment’. Sérieusement !? Donc parce qu’il pense que je suis jolie, il a le droit de me harceler?? Je ne comprends vraiment pas cette sorte de “logique”.
Si tout le monde peut s’entendre sur le fait que le respect et la sécurité est un Droit Humain inaliénable, nous pouvons tous ensemble combattre les violences sexuelles et l’intimidation.

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taranis 7 février 2014 - 15:55

Des résultats, que répètent à satiété les masculinistes depuis des années pour justifier leur vendetta contre les centres d’aide aux victimes, qui concluent à la symétrie de la violence conjugale subie par les conjoints et les conjointes; en incitant certains à supposer que les hommes sont plus souvent « battus » dans des relations intimes .On peut étaler toutes les statistiques qu’on voudra en prétendant cela, il faudrait les accueillir avec beaucoup de réserve : elles ne correspondent pas à la réalité vécue par les femmes victimes de violence conjugale ni à la connaissance qu’en ont les centres d’aide qui les soutiennent dans leurs démarches pour se soustraire à des situations pénibles. Peut-on considérer équivalents une gifle donnée par une femme à un homme et un coup de poing au visage ou une bousculade (qui provoque une chute) provoquée par un homme contre une femme ? La force physique en jeu n’est pas équivalente, et si on comptabilise les actes de violence sans tenir compte de ce facteur, oui, il faut s’interroger sur la méthodologie des enquêtes.
Pour qui veut éviter de nouveaux drames, il faut même se demander dans quelle mesure la politique masculiniste de présentation des hommes comme victimisés en tant qu’hommes n’est pas un facteur qui concourt au désarroi et au suicide de certains hommes. En plus de noircir systématiquement le tableau de la  » condition masculine « , cette politique donne lieu à des cas repérés de suicides (et aussi de meurtres de femmes et d’enfants, hélas) commis par des hommes divorcés que des masculinistes avaient incités à une guerre à finir contre leur ex-conjointe.

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Prune 17 février 2014 - 16:10

« Cécile »
(…) N’oublions pas que 40 % des violences conjugales, (…) sont perpétrés par des femmes (…), un homme meurt sous les coups de sa compagne tous les 10 jours. Bien sûr, pour les femmes, c’est une femme tous les 3 jours, ce qui est un scandale mais cela montre que les femmes peuvent se défendre et faire preuve d’autant de violence que les hommes

Le premier chiffre que vous avancez est faux, produisez moi les études qui ont abouties à ce chiffre ridicule, et non les sites masculinsites qui ne sourcent pas les études ne sont pas une source fiable.
Franchement le deuxième chiffre me paraît faux aussi, cependant même s’il s’avérait être véridique, je vous rappelle que dans deux tiers des cas, ce sont des femmes battues qui se défendent et non pas qui attaquent et martyrisent. Comme vous l’avez si bien fait remarquer, les femmes peuvent se défendre contre la violence masculine.

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véhaime 19 février 2014 - 13:34

Route de campagne :
1) Je fais mon jogging seule : des voitures klaxonnent parfois, parfois ralentissent,
2) Je fais mon jogging avec des copines : des voitures klaxonnent,
3) Je fais mon jogging avec mon mari : des voitures ne klaxonnent jamais. ne ralentissent jamais.
Evidemment, ces voitures ont des conducteurs

NB : je ne fais plus mon jogging seule pourtant c’est :
– de jour
– à la vraie cambrousse (loin de la ‘racaille urbaine’)
– avec la meme tenue de sport que lorsque je cours avec mon homme

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