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Pour les Saoudiennes, des ouvertures trop symboliques

par La rédaction

Derrière les annonces de réformes en faveur des droits des femmes en Arabie Saoudite, des ONG dénoncent une « répression systématique des défenseurs des droits humains », en particulier des femmes.

L’automne dernier, les Saoudiennes obtenaient enfin le droit de prendre le volant (dans les prochains mois). Vendredi dernier, elles pouvaient enfin se rendre dans un stade pour assister à un match de football. Mais « loin de l’emballement médiatique suscité par l’annonce de réformes symboliques », les femmes saoudiennes « continuent d’être confrontées à des restrictions importantes de leurs droits », tandis que les voix des militantes sont réprimées, dénonce un rapport publié mercredi 17 janvier par l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme1.

Ces annonces, note l’Observatoire, sont autant de signaux d’ouverture envoyés par le jeune prince héritier Mohamen bin Salman, et une réponse à « une mobilisation sans précédent des femmes pour la défense de leurs droits les plus élémentaires », depuis 2016, « grâce notamment aux possibilités nouvelles offertes par les réseaux sociaux.

Outre le droit de conduire et celui d’entrer dans les stades, les Saoudiennes pourraient se réjouir d’un assouplissement – prévu par une circulaire d’avril 2017 – du « tutorat mâle », qui fait des femmes des éternelles mineures soumises à un régime patriarcal.

Mais à ce jour, « peu de choses ont changé dans les faits, les femmes devant toujours obtenir l’autorisation de leur tuteur mâle pour voyager à l’étranger ou obtenir un passeport », note l’Observatoire.

Si depuis quelques années les voix militantes affluent sur les réseaux sociaux, au point que l’Arabie Saoudite compte aujourd’hui « des milliers de cyber-militantes », leur portée politique est restreinte par l’impossibilité de créer des associations indépendantes et de se réunir librement.

Lire aussi : Les Saoudiennes veulent s’affranchir de la tutelle masculine

Sans compter que « les promesses de réforme des responsables saoudiens se heurtent encore à la réalité concrète de la situation des droits humains dans un pays qui continue de réprimer toute voix divergente », dénonce l’Observatoire. Des dizaines de défenseurs, militants, intellectuels, journalistes, blogueurs, subissent « une répression croissante ». Pas d’exception pour les femmes militantes qui « font l’objet d’arrestations, de menaces de poursuites devant le Tribunal pénal spécialisé et autres intimidations ».

Mariam Al-Otaib, Alaa Al-Anazi, Loujain Al-Hathloul, Aziza Al-Youssef, Nassima Al-Sadah, Samar Badawi, Naimah Al-Matrod… le rapport cite en exemple ces femmes, de toutes générations, qui ont été inquiétées par le régime, souvent incarcérées, pour avoir réclamé davantage de droits. Une répression facilitée par ce même système de tutorat qu’elles dénoncent. Elles peuvent ainsi, contrairement aux hommes, être poursuivies pour « désobéissance ».

Ce n’est qu’en mettant un terme à ce paradoxe – d’un côté « annonce de réformes en faveur des droits des femmes » et de l’autre « répression systématique des défenseurs des droits humains » – que « l’Arabie saoudite pourra devenir un acteur crédible d’instances onusiennes telles que le Conseil des droits de l’Homme », conclut l’Observatoire. En 2015, la promotion d’un Saoudien au Conseil des droits de l’Homme avait en effet provoqué de nombreux remous. Au printemps dernier encore, l’admission du royaume à la ‘Commission de la condition de la femme’ des Nations Unies avait suscité de nombreux grincements de dents…

 


1/ Un partenariat entre la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT).

 

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