Accueil Sport Serena Williams et Nike pour les rêves fous des sportives

Serena Williams et Nike pour les rêves fous des sportives

par La rédaction

Parce que les compétitrices sportives sortent des codes imposés de féminité, elles sont traitées de folles. Dans un nouveau spot publicitaire, Serena Williams et son sponsor Nike invitent les femmes à retourner la critique.

« Dream Crazier » (Rêvez plus fou): c’est le titre du spot féministe réalisé par l’équipementier de sport Nike. La voix off est celle de Serena Williams, la joueuse la plus titrée du tennis féminin, qui a gagné 23 grands chelems. Les images défilent sur les larmes de la paratriathlète Sarah Reinertsen ou les exploits de la gymnaste Simone Biles, de la championne olympique de snowboard Chloe Kim  ou encore l’engagement de l’entraîneuse de NBA Becky Hammon.

Et la voix de Serena Williams égrène les clichés. Notre œil a été habitué à voir de la folie dans l’engagement sportif des femmes là où il voit de l’héroïsme chez les hommes. Elle déroule :  « Si nous montrons nos émotions, on dit qu’on est « drama ». Si nous voulons jouer contre les hommes, on nous traite de dingues Et si on rêve à des opportunités égales, on délire. Si on on se bat pour une cause, on nous dit instables, déséquilibrées.
Quand nous sommes trop fortes, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez nous. Et si l’on s’énerve, quand on exprime notre colère, nous sommes alors considérées comme hystériques ou irrationnelles ou juste folles. Une femme qui court un marathon, c’était de la folie. Une femme qui boxe, c’était de la folie. Une femme qui dunk ? Folie. Une femme coach d’une équipe de NBA ? Folie. Une femme en compétition avec un hijab, en train de révolutionner son sport, capable d’atterrir après un double cork 1080, folie.

Puis la championne parle d’elle-même : « Remporter 23 grands chelems, avoir un bébé et revenir encore plus forte. Folie, folie, folie, folie et folie.! Alors, s’ils veulent dire que tu es folle, très bien. Montre-leur tout ce qu’une folle peut faire !… Ce n’est une folie que jusqu’à ce que tu le réalises »

Serena Williams sait de quoi elle parle. Cette championne exceptionnelle a cristallisé les critiques adressées aux sportives. En septembre dernier, en finale de l’US open, elle finissait tout de même par remporter une deuxième manche contre le sexisme. Victime d’une erreur d’arbitrage qui lui avait coûté cher, elle protestait. Face au refus de l’arbitre de ré-examiner sa décision, elle s’énervait et jetait sa raquette, ce qui lui valut une sanction encore plus forte. La joueuse estimait alors qu’un homme n’aurait pas eu la même sanction pour un même comportement. Et la WTA, l’association mondiale du tennis féminin, l’avait suivie, déclarant «qu’il ne devrait pas y avoir de différence de degré dans la tolérance face aux émotions exprimées par les hommes et les femmes et s’engage pour s’assurer que tous les joueurs soient traités de la même façon. Nous ne pensons pas que ça a été le cas hier soir ». Quelques mois plus tôt, à Roland Garros, elle avait mis le public de son côté lorsque le président de la Fédération Française de Tennis avait voulu imposer des restrictions aux tenues vestimentaires des femmes. Elle avait alors porté une combinaison noire près du corps avec ceinture rose et observait que les excentricités vestimentaires des tennismen n’avaient jamais été l’objet d’un tel traitement.

Bref, Serena Williams est très bien placée pour connaître toutes les critiques qui peuvent entraver les carrières sportives des femmes et les dénonce pour mieux en affranchir les sportives. Il faudra sans doute bien d’autres spots publicitaires et bien d’autres actions d’éclat pour en finir avec le double standard qui fait des hommes des héros et des femmes des folles. Dans le sport comme dans bien d’autres activités perçues comme masculines.

Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

0 commenter

Laisser un commentaire