Accueil CultureCinémaCannes 2017 Ces six réalisatrices primées à Cannes

Ces six réalisatrices primées à Cannes

par Valérie Ganne

© Louis Fauquembergue / FDC

Clôturons ces chroniques partisanes du 70ème Festival de Cannes en mettant l’accent sur les films réalisés par des femmes qui ont été récompensés par les différents jurys. Sofia Coppola est la deuxième réalisatrice à obtenir le prix de la mise en scène… 56 ans après.


 

Lors de la cérémonie de clôture du Festival de Cannes, dimanche 28 mai, les actrices ne se sont pas contentées de passer les plats : Diane Kruger a étrenné son premier prix d’interprétation pour son rôle dans In the Fade de Fatih Akin, où elle joue une mère vengeresse dans sa langue d’origine, l’allemand.

Mais un prix d’interprétation féminine, il y en a tous les ans. En revanche un prix spécial du 70ème anniversaire du Festival a été créé pour Nicole Kidman, sans doute parce qu’elle était omniprésente à l’image cette année. Dans la seconde saison de la série de Jane Campion Top of the Lake ainsi que dans trois longs métrages en sélection officielle : Les Proies, Mise à mort du Cerf sacré, et How to Talk to Girls at Party.

Sofia Coppola, Lynne Ramsay, Léonor Serraille…

Derrière la caméra, la réalisatrice de Les Proies, justement, a mis un terme à une très longue disette. Lauréate du Prix de la mise en scène, Sofia Coppola est la deuxième femme dans l’histoire du festival à obtenir cette récompense  : la première depuis… 56 ans. La soviétique Ioulia Solntseva en avait été la lauréate pour Récit des années de feu en 1961.

Dans Les Proies, Sofia Coppola met en scène un huis clos sous tension, maniant l’ironie avec autant de talent que la réalisation (Voir notre critique).

La britannique Lynne Ramsay a quant à elle été doublement récompensée pour le portrait brillamment réalisé d’un vengeur urbain élevé dans la violence, qui sauve une jeune fille de la prostitution. Présenté en toute fin de festival, You were never really here a reçu le prix du scénario ex æquo. Avec ce Taxi Driver moderne, Lynne Ramsay plonge dans la violence masculine avec délice en suivant un quasi mort-vivant, Joaquin Phoenix, récompensé par un prix d’interprétation mérité pour ce rôle furieux.

Alors que cette édition ne mettait pas plus que d’habitude les femmes à l’honneur dans sa sélection officielle – 3 sur 19 – la question s’est à nouveau posée cette année. « Souhaiteriez-vous qu’il y ait davantage de réalisatrices en compétition à l’avenir ? », demandait un journaliste aux femmes membres du jury, à l’issue de la cérémonie de clôture. C’est nécessaire pour une meilleure représentation des personnages féminins, soulignait Jessica Chastain… et des personnages masculins, ajoutait Maren Ade, tandis qu’Agnès Jaoui évoquait le test de Bechdel.

 

La Caméra d’Or est un prix remis à un premier film, toutes sélections confondues : le jury était présidé cette année par Sandrine Kiberlain, actrice mais aussi réalisatrice : son court métrage Bonne figure présenté à la Semaine de la critique l’année dernière devrait être suivi d’un premier long sur le même thème, soit le décalage que vivent les actrices entre leur vie médiatique et leur vie personnelle…

Cette Caméra d’Or a, pour la deuxième année consécutive, consacré la vitalité des jeunes réalisatrices françaises. Après Houda Benyamina pour Divines, c’est un autre genre de jeune femme qui emporte le morceau : la réalisatrice Leonor Serraille pour Jeune femme, film à petit budget porté par une bande de filles enthousiastes autour de l’épatante Laetitia Dosch (Critique enthousiaste aussi ici).

Et aussi Chloé Zhao, Claire Denis et Léa Mysius

Varda, évidemment

Après la Palme d’honneur décernée par le Festival en 2015, Agnès Varda empoche un nouveau prix à Cannes. Le documentaire Visages, Villages, présenté hors compétition en sélection officielle, qu’elle a signé avec le photographe-plasticien JR, a reçu L’Œil d’or -­ Le Prix du documentaire, créé en 2015 par la Scam (Société civile des auteurs multimedia).

Si la Quinzaine des réalisateurs n’est pas une sélection compétitive, il existe tout de même des prix, remis par des partenaires. L’Art Cinema Award est allé à The Rider de Chloé Zhao, un western féminin dont le héros est un cow-boy indien. Cette réalisatrice chinoise exilée aux États-Unis s‘intéresse depuis longtemps aux questions d’identité et aux communautés marginalisées comme dans son premier film, sorti en 2015 (Les chansons que mon frère m’a apprises). Elle revient au cœur de l’Amérique dans un lieu hors du temps où existent encore des chevaux sauvages et des hommes qui tentent de les dompter.

Le prix SACD (Société des Auteurs Compositeurs Dramatiques) a été remis ex æquo à une réalisatrice et un réalisateur de la Quinzaine : Claire Denis avec Un beau soleil intérieur doit en effet partager son prix avec Philippe Garrel.

La SACD a également primé un film de réalisatrice projeté à la Semaine de la critique, sélection qui privilégie les premiers et deuxièmes films de réalisateurs prometteurs du monde entier : il s’agit d’Ava, de Léa Mysius, chroniqué en début de festival.

Reste maintenant à espérer que ces jeunes cinéastes, remarquées souvent pour leur premier ou deuxième film, réussiront enfin à grimper les marches qui permettront de rejoindre Jane Campion dans le cercle très sélect des femmes ayant reçu une Palme d’Or, sommet où la réalisatrice australienne est encore bien seule.

 

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