Accueil Politique & SociétéElections 2022 Sophie Reynal face à Eric Woerth : vieille politique chez « Ensemble! »

Sophie Reynal face à Eric Woerth : vieille politique chez « Ensemble! »

par Isabelle Germain

Militante LREM de la première heure pour faire de la politique autrement, Sophie Reynal reste candidate dans l’Oise… Les hommes cadres de la majorité présidentielle lui ont préféré Eric Woerth, transfuge de LR. Politique à l’ancienne.

Après l’élection présidentielle, qui a vu son parti Les Républicains (LR) dégringoler encore, le député sortant de la quatrième circonscription de l’Oise, Eric Woerth a senti le vent du boulet. Pour les législatives, l’ex-ministre de Nicolas Sarkozy a demandé à courir sous les couleurs du groupe du parti Ensemble ! avec Emmanuel Macron… Et les ténors de la majorité présidentielle ont illico donné l’investiture à celui qui s’est opposé à eux ces dernières années.

Face à ce calcul politicien, symptomatique d’un vieux monde politique de copains qui se cooptent entre hommes, une militante LREM de la première heure maintient sa candidature et affronte les foudres de son camp. Sophie Reynal se présente, sous la bannière de l’UCE, les écologistes avec la majorité Union centriste, comme 84 candidat.es en France, et elle s’engage à rejoindre la majorité en cas de victoire.

« Je ne suis pas un lapin de six semaines »

Sophie Reynal est une femme engagée au sein du parti créé par Emmanuel Macron depuis ses débuts. Conseillère municipale de Senlis (Oise) où elle est élue depuis 2014, elle a aussi porté les couleurs de LREM lors des élections sénatoriales et mené campagne pour Emmanuel Macron lors de l’élection présidentielle 2022. Quand elle s’est engagée avec les Marcheurs et Marcheuses dès 2016, Sophie Reynal voulait faire de la politique autrement. Et, notamment, en finir avec les baronnies masculines qu’elle avait fuies en quittant l’UMP – ex LR- lorsque ce parti préférait payer de lourdes pénalités plutôt que d’investir des femmes.

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Cette campagne pour les législatives, elle la préparait depuis longtemps et avait posé les jalons qu’une responsable politique avertie peut poser en amont pour se donner toutes les chances de gagner. « Je ne suis pas un lapin de six semaines, j’ai commencé très tôt, j’ai réuni une équipe avec un directeur de campagne, obtenu les financements nécessaires à la campagne et j’avais adressé très tôt ma candidature à Stanislas Guerini » déclare-t-elle aux Nouvelles News (NDLR : Stanislas Guerini est  le délégué général de LREM décidant des investitures, devenu aujourd’hui ministre).

Sophie Reynal fait partie des bons réseaux et milite pour l’égalité femmes-hommes depuis longtemps. Comme Stanislas Guerini, elle est passée par HEC et a été présidente d’HEC au féminin. Issue d’une famille de responsables politiques -son grand-père et son père, proches de Jacques Chirac, ont été des élus de Corrèze – elle connait bien les arcanes du pouvoir. Et, compte tenu du grand nombre de candidatures dans sa circonscription (13 !) et du déclin de LR, le danger de voir Eric Woerth l’emporter avec l’étiquette LR n’était pas si grand… Même s’il bénéficie d’une notoriété nationale construite depuis l’époque où les femmes étaient mises à l’écart de la politique.

Mais les hommes de la majorité présidentielle semblent vouloir revenir à cette époque. Ils continuent la bataille contre la candidate dans un rapport de force totalement déséquilibré. Non contents de revenir à des pratiques d’adoubement de candidats claniques opaques, non contents d’avoir écarté la candidature de Sophie Reynal sans même en parler avec elle, les leaders de Ensemble! se sont fendus d’un communiqué de presse pour soutenir Eric Woerth et signifier que « si d’autres candidats se revendiquent comme appartenant à la majorité présidentielle, il s’agit alors d’une usurpation. » Le communiqué, visant clairement Sophie Reynal, est signé par les quatre chefs qui avaient fait sensation sur la photo du lancement de Ensemble ! : Richard Ferrand, François Bayrou, Edouard Philippe et Stanislas Guerini. Une belle brochette d’hommes qui soutiennent un homme.

Où sont les femmes dans les décisions d’investiture ? Il semblerait qu’il n’y en ait pas.

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En 2017, pour les élections législatives, alors que « En marche » voulait faire de la politique autrement, Marlène Schiappa faisait partie de l’équipe décidant des investitures. Elle avait poussé son parti à investir beaucoup de femmes… Elle ne fait pas partie du quatuor qui décide des candidatures en 2022 et ne fait plus partie du gouvernement. L’exclusion : est-ce toujours le prix à payer pour un engagement féministe ?

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