Accueil Eco & SocialEnvironnement Sortie du nucléaire pour Anne Lauvergeon, pas pour la France

Sortie du nucléaire pour Anne Lauvergeon, pas pour la France

par Isabelle Germain

anne lauvergeon

Celle qui a bâti l’empire industriel Areva n’a pas été reconduite à son poste par le Président de la République. Fin de sa bataille contre le nucléaire « low cost, low safety ». Fin de la parenthèse de la féminisation des hautes sphères de l’industrie.


Elle était la seule femme à diriger une entreprise d’une telle ampleur en France. Celle qui a fait d’Areva l’entreprise la plus puissante de son secteur arrivait au terme de son mandat… Mais n’a pas été reconduite par le président de la République qui lui a préféré son directeur général Luc Oursel. Anne Lauvergeon a eu le culot de tenir tête à Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’Economie et des Finances en 2007 et à son ami Henri Proglio, patron d’EDF, sur l’indépendance d’Areva vis-à-vis de EDF dans la mise en place de la filière nucléaire. Et elle n’a cessé de revendiquer son indépendance depuis… Sanctionnée.

Luc Oursel n’est pourtant pas très apprécié des syndicats notamment qui lui reprochent une part de responsabilité dans les échecs d’Areva sur la vente des centrales nucléaires à Abou Dhabi, les retards dans la construction de la centrale EPR nouvelle génération ou les déficits financiers de l’entreprise. Mais il sera certainement plus coulant qu’ « Atomic Anne » pour permettre à Henri Proglio de devenir le maître de la filière nucléaire. Et peut-être d’engager une stratégie de construction de centrales « low-cost » pour rivaliser avec ses concurrents, tandis qu’Anne Lauvergeon misait sur une stratégie hight-tech, et contre le nucléaire «low cost, low safety.»

Emblème pour les femmes managers

Peut-on imaginer qu’un homme ayant bâti un tel empire industriel aurait été éjecté de son poste de la même façon ? Difficile à dire. Mais difficile à imaginer aussi. En tout cas, avec le départ d’Anne Lauvergeon, la France ne compte plus aucune femme à la tête d’un très grand groupe industriel. Une femme emblématique. Car elle n’est pas du genre à accepter de jouer les alibis ou à dire que si elle y est arrivée, toutes les femmes peuvent y arriver. Au contraire, elle s’est investie dans la création du Women’s forum auquel elle a participé presque chaque année. Dans son entreprise, elle avait mis en place tout ce qu’il était possible d’imaginer pour faire tomber les barrières dressées devant les carrières des femmes et n’a jamais hésité à faire des déclarations fracassantes pour servir la cause des femmes comme ce jour où elle a affirmé, qu’à compétence égale elle préfèrerait nommer une femme ou une personne issue de la diversité, bref autre chose que l’éternel mâle blanc. Déclaration qui lui a  valu un procès qu’elle a gagné d’ailleurs (lire ici).

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18 commentaires

Hurle 18 juin 2011 - 18:51

Elle a eu raison de coucher avec Mitterrand. Ca l’a aidée à avancer.

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Joke 19 juin 2011 - 12:34

À propos de Mme Lauvergeon, je demandais si les femmes salariées de AREVA avaient tiré des bénéfices du fait d’avoir une femme comme chef d’entreprise.
C’est possible. Mais ce n’est pas certain.
(Il semblerait qu’on n’ait pas le droit de poser ce type de questions ici car mon commentaire a été effacé…)
Nous avons tous connu beaucoup (trop) de femmes en situation de responsabilité dont le comportement envers leurs subordonnées était particulièrement dur (1) – tout en étant « aux petits soins » pour leurs subordonnés…

(1) dur = « vous feriez mieux de vous occupez de vos gosses », par exemple

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Lora 19 juin 2011 - 13:29

« Joke »
À propos de Mme Lauvergeon, je demandais si les femmes salariées de AREVA avaient tiré des bénéfices du fait d’avoir une femme comme chef d’entreprise.
C’est possible. Mais ce n’est pas certain.
(Il semblerait qu’on n’ait pas le droit de poser ce type de questions ici car mon commentaire a été effacé…)
Nous avons tous connu beaucoup (trop) de femmes en situation de responsabilité dont le comportement envers leurs subordonnées était particulièrement dur (1) – tout en étant « aux petits soins » pour leurs subordonnés…

(1) dur = « vous feriez mieux de vous occupez de vos gosses », par exemple

Vous n’avez pas tort il me semble. Et je pense que tant que la parité ne sera pas une réalité au sommet du secteur marchand (et dans la société), celles qui y arrivent (Anne Lauvergeon était la seule à ce niveau!) auront dû utiliser les codes machistes en vigueur, donc, je parie que pour les salariés, femmes et hommes, ça n’avait pas changé en mieux.
Mais « petits soins pour les subordonnés », faut pas pousser…

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isabelle germain 19 juin 2011 - 15:25

@Joke si si, vous avez parfaitement le droit de poser ce genre de question, Pour une raison que j’ignore (mystère de la technologie) votre commentaire a disparu mais il est toujours dans notre base de données: le voici : « Je ne sais pas quelle compétence il faut avoir pour diriger AREVA ou une entreprise semblable. Mais c’est une autre question.
« La question que je me pose c’est ce qu’a apporté aux salariés d’AREVA le fait que leur « patronne » ait été une femme.
Plus de femmes ont-elles été promues à de hautes fonctions ?
Les salariées « de base » ont été traitées avec plus d’humanité, en particulier lorsque leurs enfants étaient malades ?
Moins de machisme dans l’entreprise ? »

Pour vous répondre, ce qui me semble important est qu’Anne Lauvergeon incarne l’idée toute simple que le partage du pouvoir économique entre hommes et femmes est possible. Ensuite, qu’a-t-elle fait pour les femmes ? Areva fait partie du petit groupe d’entreprises qui changent les règles du jeu écrites et non écrites qui pénalisent les femmes. Une entreprise n’est pas un lieu fait pour et par des hommes dépourvus de vie privée. C’est un lieu fait par et pour des femmes et des hommes qui ont aussi une vie privée. Les horaires tardifs ne doivent pas être la condition d’une promotion (plutôt la compétence), le fait de refuser une mobilité géographique quant on a des enfants en bas âges ne doit pas être pénalisant pour l’ensemble d’une carrière, les managers ont l’obligation d’examiner l’ensemble des candidatures potentielle avant d’accorder une promotion et pas seulement celles de leurs copains d’apéro, une crèche d’entreprise ne fait pas de mal…

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Joke 19 juin 2011 - 16:38

« Si si, vous avez parfaitement le droit de poser ce genre de question »...
Ouf !
J’ai eu peur !

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isabelle germain 19 juin 2011 - 18:50

@joke, les mystères de la technologie me font perdre mon sens de l’humour

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Claudius 20 juin 2011 - 06:18

Peut-être que, maintenant que son train de vie ne dépend plus du nucléaire, elle va s’engager dans l’écologie pour diminuer les risques inhérents à ce qu’elle a contribué à mettre en place.
Des fois que le dépit amène à une prise de conscience, sait-on jamais …

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Joke 20 juin 2011 - 08:02

Il y a le principe : égalité d’accès des femmes et des hommes à toutes les fonctions, principe avec lequel je suis, bien évidemment, d’accord.
Et il y a la traduction pratique de ce principe.
Permettez-moi de vous conter une anecdote qui m’a beaucoup marqué.
J’avais 25 ans à l’époque.
Un jour, notre fils était malade et la solution que nous avons trouvée était que je n’aille pas travailler ce jour-là pour m’en occuper.
Le lendemain, j’ai dû expliquer mon absence.
Et je me suis retrouvé dans le bureau de notre « grande cheffe » avec une jeune collègue qui s’était aussi absentée la veille pour la même raison.
Devant moi, ma collègue a été sommée de choisir entre assurer son travail et s’occuper de son bébé, sur un ton qui la fit fondre en larmes.
Quant à moi, j’ai donné l’excuse que j’avais prévu de donner : « J’étais souffrant. Mal de tête effroyable ».
Notre cheffe m’a dit, pleine de compassion, qu’à mon âge je devais prendre les choses au sérieux et consulter un médecin, faire des examens, des analyses, etc.
J’ai bien entendu dit à ma collègue la vraie raison de mon absence, et tous nos collègues « sûrs » ont été informés.
Je n’entends pas généraliser et je pense (du moins j’espère) que les choses ont évoluées.
Mon désir de voir une vraie égalité d’accès aux responsabilités entre les hommes et les femmes tiédit si les cheffes n’apportent rien de spécifique, ou sont même la caricature des plus machos des chefs.

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De profundis 20 juin 2011 - 08:14

Mais Joke,pourquoi une femme devrait-elle être moins con qu’un homme ? l’égalité c’est ça aussi. Hommes et femmes doivent lutter ensemble contre la connerie. La connerie n’a pas de sexe, la lutte contre la connerie non plus.

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amblard 20 juin 2011 - 09:18

Anne Lauvereon a eu le courage de présenter EPR qui est le réacteur tel qu’il doit être construit, avec une sécurité passive externe. Bien sur c’est plus cher mais il faut savoir que les profits boursiers ne doivent pas influencer de façonabusive ces grands programmes.
L’AIEA n’a pas pour seule fonction de controler le développement militaire mais aussi de surveiller les développements civils.
Le dernier directeur était ou est toujours un japonais. Et on implante des réacteurs bouillants en zone sismique au bord de la mer!
Elle serait peut-être une bonne directrice de l’Aiea anne lauvergeon

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ChrisVox 20 juin 2011 - 09:18

@De profundis : tout à fait d’accord avec le fond. Toutefois, j’aurais plutôt utilisé le mot « abruti(e) » ou « stupide » plutôt que « con » qui, rappelons le est une insulte totalement sexiste puisqu’elle désigne très élégamment le sexe de la femme !

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Annie GH 20 juin 2011 - 09:34

Dans l’article, vous vous demandez

Peut-on imaginer qu’un homme ayant bâti un tel empire industriel aurait été éjecté de son poste de la même façon ? Difficile à dire. Mais difficile à imaginer aussi.

Oui il y a un précédent ; qui d’ailleurs ressemble un peu aux conditions dans lesquelles Anne Lauvergeon a été débarquée d’Areva. Il s’agit d’Alain Gomez, patron de Thomson de 1982 à 1996.

Nommé par un gouvernement de gauche, il a su se maintenir à la tête de Thomson pendant 8 gouvernements et deux cohabitations !!! Il était considéré comme indéboulonnable, mais son énième bras de fer avec un énième gouvernement en place (Jacques Chirac, président et Alain Juppé, premier ministre) a abouti à son éviction. Ensuite, il a connu quelques déboires…

Souhaitons à Anne Lauvergeon un destin plus enviable. Son intelligence, sa compétence, sa force de caractère l’aideront à rebondir.

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Annie GH 20 juin 2011 - 09:40

Oui Anne Lauvergeon mérite notre respect. A son niveau, à sa façon, elle a, par ses prises de positions, fait progresser la cause des femmes comme en témoignait votre article « L’homme blanc ne saurait être discriminé » que j’ai relu dans la foulée.

Et je suis effarée du rejet que suscite la discrimination positive. Car enfin, quand Anne Lauvergeon déclarait « A compétences égales, eh bien désolée, on choisira (…) la femme, ou on choisira (…) autre chose que le mâle blanc pour être clair », Gabrielle blogueuse (10-10-2010 14:47) avait raison de préciser que cela veut dire :

s’il y a un meilleur CV la personne sera évidemment recrutée, homme ou femme.

Mais Gabrielle le rappelait aussi avec justesse

à compétences égales ? … en face de deux CV équivalents, sur quels critères se base-t-on pour en choisir un? c’est forcément subjectif: jusqu’à maintenant, on prenait le candidat qui avait fait la même école, qui faisait le même sport que le recruteur, ou un homme parce-qu’il-ne-fera-pas-d’enfants (c’est connu un enfant se fait toute seule)…

Ce qui revient à dire que depuis très longtemps (depuis toujours ?) les entreprises (et les recruteurs) pratiquent de façon massive et quasi-systématique une discrimination positive à l’avantage des hommes.

En quoi pratiquer la discrimination positive à l’avantage des femmes traditionnellement exclues(et autres traditionnellement exclus…) serait-il plus scandaleux que cette discrimination positive ancestrale à l’avantage des hommes ?

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rochel 20 juin 2011 - 12:20

Ecoutez, je ne comprends pas trop le problème là. je ne dénie rien de la sagacité et l’intelligence d’Anne Lauvergeon, mais bon, défendre le nucléaire, est-ce bien raisonnable ?

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Marie2 20 juin 2011 - 14:43

Anne Lauvergeon est un personnage médiatique qui a dit des choses qui déplaisaient. Elle n’a pas été virée. Au moment du renouvellement de son mandat, elle n’a pas été renouvelée.
Point.

Si elle avait été un homme, qui aurait dit de manière médiatique des choses qui fâchent le pouvoir, il aurait été remplacé aussi.
Je me demande même s’il n’aurait pas été rappelé à l’ordre plus violemment avant d’en arriver à une mise à l’écart qui respecte malgré tout les formes.

Etre une femme ne donne aucun droit particulier à être maintenue en poste quand on gêne les gens qui ont le pouvoir de vous nommer.

@GH : à compétence égale, on choisit comment? on tire au sort?

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Joke 21 juin 2011 - 07:10

@ #13 Rochel

« Défendre le nucléaire, est-ce bien raisonnable ? »

D’accord avec vous.
Au nom de l’égalité femme/homme va-t-on revendiquer pour les femmes le droit de faire les mêmes folies que les hommes ?
À l’époque du Service Militaire obligatoire, je n’ai jamais entendu (mais peut-être étais-je sourd)de féministe réclamer le Service Militaire obligatoire pour les filles. Et c’est heureux !
Mais il s’agissait bien d’une discrimination.
On me dira (probablement) que ça compensait les inégalités liées aux maternités.
Mais il s’agirait là d’une justification a posteriori.
Quid des femmes célibataires et/ou sans enfants ?
Les femmes doivent apporter leur spécificité et non simplement permettre de satisfaire le principe de l’égalité, de manière purement comptable.
C’est aussi vrai pour les hommes, d’ailleurs.
Trouve-t-on positif qu’il y ait si peu d’hommes « institutrices » en maternelle, en particulier ?
Cela ne contribue-t-il pas à ancrer dans l’esprit des très jeunes enfants qu’il y a des métiers « pour les hommes » et des métiers « pour les femmes » ?

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Annie GH 21 juin 2011 - 09:03

@Marie2.

« Marie2 »
Anne Lauvergeon est un personnage médiatique qui a dit des choses qui déplaisaient. Elle n’a pas été virée. Au moment du renouvellement de son mandat, elle n’a pas été renouvelée. Point.

Si elle avait été un homme, qui aurait dit de manière médiatique des choses qui fâchent le pouvoir, il aurait été remplacé aussi.

Etre une femme ne donne aucun droit particulier à être maintenue en poste quand on gêne les gens qui ont le pouvoir de vous nommer.

Je suis OK avec vous. Et l’exemple d’Alain Gomez débarqué de Thomson en 1996 que je cite dans un précédent billet va dans ce sens. La seule question résiduelle reste alors celle des raisons du remplacement (et des critères de choix du remplaçant):

– la personne débarquée a-t-elle atteint voire dépassé ses limites de compétences ?

– freine-t-elle la mise en place d’une nouvelle politique (de l’énergie, pour Anne Lauvergeon)? Et que pensent les citoyens et leurs représentants de cette nouvelle politique quand il s’agit d’une entreprise contrôlée par l’Etat ?

– est-elle seulement victime d’une « guerre des chefs », voire d’une « guerre des ego », et dans ce cas, le remplaçant est-il vraiment le meilleur choix ?

– ou bien s’agit-il simplement du déplaisir ou du plaisir de ceux qui, comme vous le dites, « ont le pouvoir de la nommer« ?

S’agissant d’Anne Lauvergeon, qu’en est-il ?

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Annie GH 21 juin 2011 - 09:28

« Marie2 »

@GH : à compétence égale, on choisit comment? on tire au sort?

A long terme, si l’on en croit les statistiques, le choix au hasard finirait par établir un équilibre de type égalitaire entre les femmes et les hommes, sous réserve bien sûr, que le nombre de candidats soit également partagé entre les hommes et les femmes.

Cela implique évidemment que soient levés les obstacles préalables à la candidature des femmes aux emplois traditionnellement occupés par les hommes. Levée des stéréotypes, transformation des systèmes éducatifs, levée des inhibitions chez les femmes, j’en passe et des meilleurs! il y a du pain sur la planche!!!

Certain(e)s pensent que cela se fera avec le temps. « Laisse faire le cours des choses, cela viendra » me disait ma grand-mère; oserai-je le dire à ma petite-fille de 12 ans?

Actuellement et depuis fort longtemps (très fort longtemps…), le choix, à compétence égale, se porte majoritairement sur un candidat homme. A mon sens, les hommes ont toujours, de fait, bénéficié d’une discrimination positive.

Inverser ce processus en faveur des femmes accélérerait le rééquilibrage de la société entre les hommes et les femmes. Comme le déclarait Anne Lauvergeon, cela vaudrait également pour les autres exclus, mâles et femelles!

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