Accueil Médias Spéculations autour du remaniement : des personnalités et « des femmes »

Spéculations autour du remaniement : des personnalités et « des femmes »

par Isabelle Germain

Les médias imaginent les «personnalités qui pourraient entrer au gouvernement». Beaucoup d’hommes quasi-sûrs et des femmes « peu crédibles ». Sexisme ordinaire.

Les spéculations sur les personnalités à nommer à des postes de pouvoir en disent plus sur ceux qui les formulent que sur les personnalités en question. L’exercice révèle le (mal)traitement journalistique des femmes politiques. Et ça ne date pas d’aujourd’hui (lire -en 2010- : Lundi on remanie. Les femmes, on les oublie.)

Le 23 juin 2020, dans un long article reprenant des noms qui circulent pour le futur gouvernement voulu par Emmanuel Macron, CNews cite huit hommes venant de la droite. A la fin seulement surgissent deux noms de femmes. Mais elles sont présentées comme des incongruités : « Face à des profils marqués à droite et masculins, des personnalités de gauche et des femmes émergent néanmoins. » A noter que l’expression « des personnalités de gauche » se résume à un homme, Jérôme Guedj, ami du ministre de la Santé, Olivier Veran. Quant aux femmes, elles sont deux députées LREM, Olivia Grégoire, à Paris et Aurore Bergé dans les Yvelines, et ont pour caractéristique, selon CNews d’être « fidèles parmi les fidèles ».

Première ministre ?

Le lendemain, le même journal en ligne se ravise d’une certaine façon et spécule sur des noms de femmes qui pourraient devenir Première ministre puisqu’une rumeur circule en ce sens. La bonne nouvelle, c’est que le journal arrive à en trouver. Mais beaucoup d’entre elles sont présentées comme improbables par le même journal. Marlène Schiappa ? Après avoir décrit ses forces et faiblesses, le journal mise sur un élargissement de son portefeuille, pas cheffe du gouvernement donc. Florence Parly ? Elle est la seule à sembler crédible dans le récit de CNews. La ministre des Armées serait un Edouard Philippe de centre-gauche. Curieux cependant quand les spéculations sur les personnalités susceptibles d’entrer au gouvernement viennent de la droite. Christiane Taubira ? Le journal le dit lui-même : « ce serait une surprise »… et il déroule des arguments rendant une telle nomination impossible. Laurence Tubiana ? Celle qui fut « la cheville ouvrière de François Hollande lors de la COP21 » n’est « ni de gauche ni de droite ». Sa faible expérience politique peut être un atout autant qu’un handicap. Cinquième personnalité : Marisol Tourraine… mais CNews semble ne pas y croire.

Là-dessus, le très droitier et anti-féministe Valeurs actuelles n’hésite pas à titrer : « remaniement : l’Elysée cherche une Marlène Schiappa de droite »… Tout un programme selon lui.

Les autres journaux sont partagés sur les pronostics de départ d’Edouard Philippe mais le nom qui revient le plus souvent pour lui succéder à Matignon est celui d’un homme, Jean-Yves Le Drian ministre des Affaires étrangères. Et les spéculations d’entrée d’hommes au gouvernement se fondent sur une piste assez sérieuse donnée par l’Elysée : le président de la République veut intégrer des personnes qui sont ou ont été maires de grandes villes de France… Et, à part Anne Hidalgo à Paris, il n’y a pas beaucoup de femmes.

Les journaux voient les femmes… sur le départ

Ce qui est frappant aussi à la lecture des spéculations sur le nouveau gouvernement, c’est que les noms de femmes apparaissent plus souvent pour évoquer celles qui pourraient partir. Comme dans cet article de LCI qui suppose : « plusieurs ministères pourraient être amenés à changer de patron. Les noms de Christophe Castaner (Intérieur), en froid avec les syndicats de police sur le dossier des violences et du racisme, de Muriel Pénicaud (Travail), de Nicole Belloubet (Justice) ou d’Elisabeth Borne (Transition écologique) sont régulièrement cités, ainsi que celui de Franck Riester (Culture) » En revanche, parmi les ministres rendus incontournables pendant la crise du coronavirus, le même article ne voit que des hommes : Le Maire, Darmanin et Véran…

La place des femmes en politique, vue par les journaux est encore sur un strapontin. Ils ne sont plus aussi aveugles qu’en 2006, quand l’insubmersible chroniqueur politique Alain Duhamel écrivait un livre sur « Les prétendants 2007 » et oubliait Ségolène Royal qui devait gagner haut la main la primaire socialiste puis arriver au second tour de l’élection présidentielle 2007. Mais le récit des pronostics de remaniement considère encore, en filigrane, que les femmes en politique sont des exceptions. Et le problème avec les exceptions c’est qu’elles confirment les règles « men only » (lire « UNE FEMME », L’EXCEPTION QUI CONFIRME LA RÈGLE « SANS FEMME »)

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