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Sportives : ce n’est qu’un début

par Isabelle Germain

Les sportives sont un peu plus médiatisées mais les misogynes n’ont toujours pas rendu l’antenne et veulent dicter aux femmes leur conduite.

Mardi 11 juin, lors du match de la Coupe du monde de foot Chili-Suède, près de 600 femmes et hommes ont chanté L’Hymne des femmes, dans le Roazhon Park à Rennes, le projet avait été initié par la mairie avec la compagnie DiciLà. (https://twitter.com/MenilFCfem/status/1138493338561241088)

« Le temps de la colère, les femmes. Notre temps est arrivé. Connaissons notre force, les femmes. Découvrons-nous des milliers ! » dit l’hymne créé en 1971 par les mouvements féministes. Temps de colère pour l’égalité dans le sport ?

Les sportives et celles et ceux qui les encouragent auraient tort de croire que le match contre le sexisme est gagné. La route est encore très longue. Même si un premier jeu a été remporté avec une Coupe du monde médiatisée (voir Les Bleues existent dans les médias. Enfin ! ). Ceux qui dictent aux femmes la conduite à tenir ne lâchent pas l’affaire.

« Ce n’est pas comme ça que j’ai envie de voir les femmes » : en disant cela sur CNews, Alain Finkielkraut a résumé ce qui entrave des sportives et des femmes en général. La séquence rappelle que l’homme est sujet désirant, la femme est objet de son désir. Les hommes définissent ce que doivent être les femmes, comment elles doivent se comporter, quels sports elles peuvent pratiquer. Tant que les médias leur demanderont leur avis, ils imposeront leurs désirs.

Quand les misogynes doivent rendre l’antenne

Mais aujourd’hui ce monopole de la parole est fissuré par Internet, par des citoyennes, femmes journalistes et des femmes politiques qui se battent pour imposer une autre vision du monde. Ceux qui veulent bouter les femmes hors des stades de sport et les réduire à «mama ou putain» vont devoir au minimum éviter certains excès. La liberté d’expression ne doit plus bénéficier exclusivement aux misogynes.

Et ça commence. RMC Sport a décidé de suspendre deux commentateurs sportifs qui ont infusé la culture du viol à l’antenne.  Rappel des faits : une jeune femme accuse un joueur de foot, Neymar, de viol. Et les compères, à l’antenne, croient faire de l’humour en parlant de l’accusatrice : « de la deuxième division » … « La nana, tu l’as vue la nana ? » « Je m’attendais à ce que ce soit un avion de chasse intersidéral, j’étais vachement déçu ». Un vomi qui rappelle les heures sombres de l’affaire DSK, quand les commentateurs fusillaient la victime de l’ex directeur du FMI. « Culture du viol » disent des internautes et Marlène Schiappa, la Secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, a voulu siffler elle-même la fin de la récré en signalant la séquence au CSA. La direction de RMC Sport a donc décidé de suspendre d’antenne les deux hommes jusqu’à nouvel ordre.

Grandes et petites humiliations

Deux misogynes en moins pour commenter le sport, c’est toujours ça de pris ! Mais les semaines qui viennent de s’écouler ont été émaillées de petites et grandes humiliations pour les sportives qui réagissent comme elles le peuvent.

La Coupe du monde de foot a été l’occasion de rappeler les différences de salaire abyssales entre joueuses et joueurs. Au point que la Norvégienne Ada Hegerberg,  Ballon d’Or en 2018 (le tout premier de l’histoire pour les femmes) a refusé de participer au Mondial – ce qui la punit elle aussi. Puis une polémique a éclaté lorsque les Bleues de l’équipe de France féminine ont dû quitter le château de Clairefontaine, le centre d’entrainement réservé par La Fédération française de football (FFF) à l’équipe masculine qui devrait se préparer à des matchs amicaux sans grands enjeux. Corinne Diacre la sélectionneuse, a beau avoir tenté d’éteindre l’incendie en disant qu’elle s’était mise d’accord avec Didier Deschamps, l’entraineur de l’équipe masculine, elle n’a pas convaincu. Au final, l’équipe féminine qui avait dû déménager avant son premier match de coupe du monde a gagné contre la Corée 4-0 tandis que l’équipe masculine qui avait bénéficié du confort du château n’a pas vraiment brillé…

A Roland Garros, les femmes ont été priées d’aller jouer sur des courts annexes, leurs demi-finales ayant dû être reprogrammées en raison de la pluie. Amélie Mauresmo et la WTA ont manifesté leur colère. Il y avait des solutions pour ne pas reléguer les joueuses.

Au chapitre des mesquineries contre les sportives, une handballeuse Béatrice Edwige n’a pas laissé passer. Le 7 juin, les héros de la Coupe de monde de foot masculin 2018 ont été reçus à l’Elysée pour recevoir la légion d’honneur. Médaillées d’argent aux Jeux olympiques en 2016, championnes du monde en 2017, championnes d’Europe en 2018, les handballeuses affichent un palmarès exceptionnel. « Avec l’ensemble des titres remportés par l’équipe de France féminine de handball (….) sommes nous, nous aussi, légitimes à recevoir la Légion d’honneur ? », a-t-elle demandé à l’adresse du compte officiel de L’Elysée

Sexy, c’est tout !

Comme le dit la sociologue du sport Béatrice Barbusse interviewée par So Foot, « il vaut mieux être un gars qui perd qu’une fille qui gagne ».  Si les sportives sont un tout petit plus médiatisées ces derniers temps, elles sont toujours attendues au tournant  du sex-appeal. Dans son livre Du sexisme dans le sport. (Anamosa 2016) Béatrice Barbusse pointe d’ailleurs l’obligation pour les sportives de sur-jouer la féminité pour complaire aux médias, aux sponsors, aux fédérations sans lesquelles elles ne pourraient pas pratiquer la compétition. Catherine Louveau, professeure émérite à l’université Paris-Sud, explique, dans l’Obs pourquoi les filles de l’équipe de France de foot ont les cheveux longs : la FFF inciterait les joueuses à « se montrer ‘plus féminines’ » afin « de rendre cette pratique sportive plus attractive aux yeux des médias, du public et des sponsors. » Car, explique-t-elle « Le monde de la performance et de l’effort étant encore considéré comme masculin, les sportives très performantes demeurent suspectes. Elles doivent donc prouver qu’elles sont ‘quand même’ féminines, au sens de la norme dominante, c’est-à-dire sexy, séduisantes et sexuellement disponibles. »  C’est comme ça sans doute qu’Alain Finkielkraut et les autres veulent voir les femmes…

Les sportives sont dans la même situation que les femmes qui veulent être dirigeantes dans le monde politique ou économique. Rien ne s’oppose officiellement à leur accession à de hauts postes mais les mentalités sont verrouillées par les médias qui donnent la parole à une poignée d’hommes dominants. Le film Free to run, racontait d’ailleurs que le combat des femmes pour faire du sport a été comparable au combat pour le droit de vote. (voir Free to Run : Courir pour des idées) Aujourd’hui le combat pour accéder aux mêmes niveaux que les hommes est loin d’être gagné. Et L’Hymne des femmes peut résonner dans les stades.

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