Accueil Politique & Société Stéréotypes : la piste des financements publics

Stéréotypes : la piste des financements publics

par Isabelle Germain

Rapport stereotypes 256Ce lundi 20 octobre, le HCEfh remet son rapport stéréotypes aux ministres Marisol Touraine et Pascale Boistard. Un principe : les financements publics ne doivent pas entretenir les stéréotypes de sexe.

Dès la création du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) en 2013, la ministre des Droits des femmes de l’époque, Najat Vallaud Belkacem, avait demandé des recommandations sur une politique à mener pour faire reculer les stéréotypes de sexe. Un rapport est remis ce lundi à Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits de femmes et Pascale Boistard, secrétaire d’Etat chargée des Droits des femmes.

La directrice des Nouvelles NEWS que je suis, nommée présidente de la commission stéréotypes du HCEfh a immédiatement proposé d’axer la réflexion sur une idée simple : les finances publiques ne doivent plus alimenter des activités qui alimentent les stéréotypes. Je connais trop bien les travaux de grande qualité, réalisés d’ailleurs pour beaucoup par des membres de la commission, pour savoir que les recommandations de « sensibilisation » ou les « pactes » ne s’appliquent pas très longtemps.

Le stéréotype, dommage collatéral

Pourquoi l’axe des financements publics ? Quelques exemples. Une municipalité attribue 100 000 € à un club de foot dont 95 % des licenciés sont des hommes mais refuse de payer les déplacements de l’équipe féminine de basket. Les équipes de foot masculines gagnent des matchs, sont très visibles dans les médias tandis que l’équipe féminine de basket a du mal à assurer ses compétitions et n’intéresse pas les journaux. Du coup le sport collectif, et le sport de compétition en général, restent perçus comme l’apanage des hommes. Stéréotype dont les conséquences sont lourdes. Une étude montre que sur les 20 femmes les plus puissantes de la planète, 19 ont pratiqué un sport de compétition à haut niveau  Parce que pratiquer le sport de compétition développe des qualités qui permettent d’accéder à des postes de pouvoir bien plus sûrement que coiffer une poupée… (Voir : La compétition sportive favorise le leadership des femmes).

Stéréotypes omniprésents

Les manuels scolaires sont truffés de messages subliminaux présentant comme une évidence le fait que papa travaille tandis que maman s’occupe de la maison, 5 % seulement des personnages cités dans les livres d’Histoire sont des femmes et, en général des saintes ou des femmes cruelles. Les fonds publics doivent-ils alimenter des livres qui proposent de tels modèles ? Le HCEfh dit non.

La communication des institutions publiques propage aussi parfois des messages sexistes. Le rapport montre par exemple une pleine page de publicité figurant au dos du magazine d’un Conseil Général pour promouvoir une rationalisation des déchets : corps découpé et sexualisé d’une femme, et mis dans un sac poubelle. Le marché de la communication institutionnelle est estimé à 880 000 euros par an. Une communication financée à 100 % par des fonds publics.

Autres puissants propagateurs de stéréotypes : les médias d’information et de divertissement. Les femmes occupent moins du tiers du temps de parole à la télévision et moins d’un cinquième des experts invités à faire partager leur savoir et leurs opinions. Et pourtant, le financement du service public de l’audiovisuel représente 3 milliards d’euros (Voir notre dossier – Cherche femmes à l’antenne).

Liberté d’expression de qui ?

« Liberté d’expression  » plaident en général ceux à qui on demande de faire reculer les stéréotypes dans les médias d’information. Mais liberté d’expression de qui ? De ceux qui ont les moyens de s’exprimer dans des médias puissants. De ceux qui détiennent les cordons de la bourse. Créer un média puissant a un coût, la liberté d’expression a un coût. Or tous les médias, qu’ils soient de service public ou non, bénéficient de fonds publics. Et les fonds sont attribués par une commission constituée d’un aréopage de représentants de patrons de presse bien installés, dont la priorité n’est pas la lutte contre les stéréotypes de sexe. Sera-t-il possible d’ajouter aux critères auxquels ils doivent se conformer pour attribuer ces fonds un critère d’équilibre hommes-femmes dans le contenu de l’info ?

Pas d’égalité, pas de fonds publics ?

Une fois posé le principe, reste à le mettre en application. Pas simple. Il faut délimiter les stéréotypes et identifier les financements publics sur lesquels il est possible d’agir. Les membres de la commission du HCEfh, dans le volumineux rapport que nous remettons aux ministres ce jour, ont réalisé un remarquable travail de recherche pour guider les politiques publiques sur le principe:  pas d’égalité femmes/hommes, pas de subvention.

Les ministres ont promis de s’en emparer. Pascale Boistard s’est engagée à aller au-delà du constat pour agir. Et Marisol Touraine veut que l’« éga-conditionnalité » fasse partie de la politique au même titre que l’« éco-conditionnalité ».

 

Lire aussi :

DOSSIER – STÉRÉOTYPES PARTOUT

 

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3 commentaires

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Theryca 23 octobre 2014 - 08:18

J’apprécie cet exemple du sexisme ordinaire : les subventions accordées au foot sous prétexte que le foot fait rentrer de l’argent, contrairement au basket. Je voudrais parler des droits qu’on accorde aux agriculteurs en zone rurale ; chaque fois qu’on augmente leurs droits, on réduit les droits des femmes qui vivent sur le même territoire : par exemple, pour obtenir le droit de construire un abri à outils sur une parcelle agricole, on nous dit qu’il faut être agriculteur patenté. Une femme qui cultive un champ en bio pour nourrir ses enfants ne peut construire un abri à outils, c’est-à-dire qu’elle doit posséder une voiture pour transporter les outils nécessaires à l’exploitation de son propre bien. Cette loi pro-agriculteurs est selon moi aussi une loi sexiste qui contrevient en plus aux droits fondamentaux de l’individu, à savoir le droit de vivre de son propre bien. Oui, le sexiste détourné est partout et je suis heureuse de lire qu’on regarde en face toutes ces situations qui devraient appartenir à un autre âge.

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flo 23 octobre 2014 - 11:59

Bravo pour ce travail, et excellente idée en effet de lier la distribution de l’argent public à l’ « éga-conditionnalité ». La lecture du rapport m’amène 2 petites observations : d’abord, sur la partie 1 « médias » je trouve dommage que le HCE/fh ait concentré son analyse essentiellement sur le média TV, alors que les jeunes, acteurs du futur en matière d’égalité et de comportements non sexistes, consomment en masse et prioritairement du web, pornographie comprise, et du jeu vidéo. Ne vous trompez-vous pas de cible en vous focalisant sur le média TV, média certes vecteur de stéréotypes de genre, mais média « vieillissant » et somme toute assez sage comparativement aux horreurs diffusées sur le web ou via les jeux vidéo ? N’est-ce pas là qu’il faut dénoncer et agir en urgence, en concentrant l’énergie, l’argent, et des sanctions adaptées ?
2e observation : il est écrit dans le rapport : « « Le choix a été fait de se concentrer sur la seule question des enjeux de représentation qui se jouent dans les programmes et contenu des médias et non sur la place des femmes dans les organigrammes des médias et aux postes à responsabilité ». Pour moi au contraire les 2 problèmes sont étroitement liés, c’est à mon sens la sur-représentation des hommes dans les instances dirigeantes qui amène la sous-représentation des femmes dans les programmes et les contenus… l’obligation de mixité dans les organigrammes de direction me semble être le meilleur levier pour ré-équilibrer la visibilité femmes/hommes dans les programmes.. Il suffit de mettre en corrélation la composition d’un jury d’attribution de prix littéraires, avec le sexe des personnes primées, pour s’en convaincre !

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isabelle germain 28 octobre 2014 - 06:53

« Theryca »
J’apprécie cet exemple du sexisme ordinaire : les subventions accordées au foot sous prétexte que le foot fait rentrer de l’argent, contrairement au basket. Je voudrais parler des droits qu’on accorde aux agriculteurs en zone rurale ; chaque fois qu’on augmente leurs droits, on réduit les droits des femmes qui vivent sur le même territoire : par exemple, pour obtenir le droit de construire un abri à outils sur une parcelle agricole, on nous dit qu’il faut être agriculteur patenté. Une femme qui cultive un champ en bio pour nourrir ses enfants ne peut construire un abri à outils, c’est-à-dire qu’elle doit posséder une voiture pour transporter les outils nécessaires à l’exploitation de son propre bien. Cette loi pro-agriculteurs est selon moi aussi une loi sexiste qui contrevient en plus aux droits fondamentaux de l’individu, à savoir le droit de vivre de son propre bien. Oui, le sexiste détourné est partout et je suis heureuse de lire qu’on regarde en face toutes ces situations qui devraient appartenir à un autre âge.

Exemple très intéressant, je le soumettrai à la commission

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