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Télé-réalité et clips musicaux dans le viseur du CSA

par Arnaud Bihel

CSAEn 2014, le CSA entend se pencher sur l’image des femmes dans les clips musicaux et la télé-réalité et l’impact de ces programmes auprès des jeunes. Une approche en douceur : cela commencera par le « dialogue ».


Le groupe de travail « droits des femmes » du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) présidé par Sylvie Pierre-Brossolette, a du pain sur la planche. « Inégalité de traitement, absence féminine, stéréotypes etc. sont encore trop souvent le lot des médias », souligne-t-il dans le bilan de sa première année de travail, publié mercredi 11 février.

Le sixième baromètre annuel du CSA, publié le même jour, montre « la sous-représentation constante des femmes à la télévision »1. Les dernières observations sur la place des femmes à la radio, publiées à l’automne dernier ne sont pas plus reluisantes (Voir : Toujours des miettes pour les femmes dans les médias).

« Abaisser le seuil de tolérance »

L’ensemble des groupes de télévision et de radio auditionnés par le CSA en 2013 – à l’exception de Skyrock, resté muet – ont fait montre de bonne volonté, promettant d’améliorer la place des femmes à l’antenne. Mais sans engagement chiffré, à l’exception des deux groupes publics, France Télévisions et Radio France2.

La loi pour l’égalité femmes/hommes qui entrera prochainement en vigueur poussera les acteurs de l’audiovisuel à se montrer plus attentifs encore, en les obligeant à fournir chaque année au CSA « des indicateurs qualitatifs et quantitatifs sur la représentation des femmes et des hommes dans leurs programmes » (Voir : Femmes dans les médias : trois leviers dans la loi).

Les chiffres sont nécessaires, mais ne prennent pas en compte l’ensemble de la problématique. Il ne renseignent pas sur la « qualité » de la présence des femmes à l’écran, souligne le groupe de travail du CSA. C’est pourquoi il ouvre de nouvelles pistes de réflexion pour 2014. Son objectif premier : « abaisser le seuil de tolérance aux propos à caractère sexiste et aux images dégradées de la femme ». Ce que la loi lui permettra bientôt, en intégrant à son champ d’action la lutte contre les « images dégradantes ».

Contre la « surenchère » dans les clips

C’est uniquement au titre de la protection de la jeunesse que le CSA peut aujourd’hui agir contre de telles images. Il l’avait fait en novembre dernier en intervenant auprès de plusieurs chaînes musicales qui avaient diffusé en cours de journée les clips Work b**ch de Britney Spears et Wrecking Ball de Miley Cyrus ; des clips qui peuvent « heurter la sensibilité des plus jeunes ».

Mais le groupe de travail le souligne aujourd’hui : c’est aussi, désormais, au titre de la protection de l’image des femmes qu’il se penchera sur ces clips musicaux – ou « vidéomusiques » comme les appelle le CSA. Le groupe de travail déplore en effet « la surenchère à laquelle se livrent certains artistes, masculins ou féminins, afin d’assurer leur notoriété dans un univers très concurrentiel » Une surenchère qui conduit « souvent à une forme de banalisation, voire de valorisation, de la pornographie, au regard notamment de la mise en scène de femmes dans des codes de soumission. »

Si le constat est violent, l’action que le groupe de travail entend mener est pour l’instant mesurée : il « souhaiterait engager avec les acteurs un dialogue sur ce sujet ».

Télé-réalité : alerte aux « modèles » de séduction

Autre sujet de préoccupation : « certains programmes de divertissements qui mettent en compétition des personnes et/ou les suivent au quotidien dans leurs faits et gestes ». En somme, les émissions dites de télé-réalité, dans lesquelles les femmes « sont souvent valorisées principalement au travers de leur apparence physique et de leur capacité à séduire. »

Déjà en 2008 la Commission sur l’image des femmes dans les médias déplorait de n’avoir pas eu le temps de se pencher sur ces programmes où les femmes « sont des enjeux de séduction », tout en estimant que « ce sujet, à lui seul, mériterait une mission de réflexion ».

Plus de 5 ans après, le CSA lance donc la réflexion, en s’interrogeant tout particulièrement sur l’impact de la télé-réalité auprès des jeunes, en remarquant que certains personnages deviennent même des « modèles » – on ne peut s’empêcher de penser à la surexposition, ces derniers mois, de la bimbo Nabilla.

Mais là encore, le groupe de travail ne sort pas pour l’instant l’artillerie lourde. Il estime qu’« une étude qualitative pourrait être menée sur l’impact des modèles féminins véhiculés par ce type d’émissions auprès du jeune public sous la forme de tables rondes organisées avec des enfants et adolescents. »

 

Image : capture d’écran du clip Work b**ch de Britney Spears

 

 


 

1En 2013, les femmes représentaient globalement 37% des personnes ou personnages apparaissant à l’écran (hors publicité). C’est deux points de plus qu’en 2012, et c’est le cas dans tous les types de programmes. Le pourcentage passe de 34 à 37% dans les programmes de fiction ; de 33 à 35% dans les émissions d’information ; de 35 à 37% dans les documentaires et magazines ; de 40 à 41% dans le divertissement… et de 14 à 15% dans le sport.

 

2 Le 16 octobre, devant le CSA, le président de Radio France Jean-Luc Hees s’est engagé à ce que les matinales accueillent 30% de femmes en 2014. En juillet, France Télévisions se fixait ces objectifs : 30% d’expertes sur les plateaux à la fin 2014, et un taux de rédactrices en chef d’un tiers en 2015 – contre un quart en 2012 (Voir : Parité : France Télévisions se pique de bonnes intentions).

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1 commenter

catherine@thibaux.com 27 avril 2014 - 06:59

je regardais hier soir la demie finale de VOICE, des voix magnifiques, de vrais talents, mais que diable font toutes ces femmes très dénudées ou sottement déguisées gesticulant autour des artistes pendant les chansons? cela coûte cher, cela n’apporte rien, au contraire, et cela donne à nouveau une image de la femmes réduite à son corps, #CoupDeGueule

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