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The Guardian : les femmes journalistes maltraitées par les commentaires en ligne

par La rédaction
Via Public Domain Pictures

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Sur les 10 journalistes les plus maltraités dans les commentaires en ligne sur The Guardian, 8 sont des femmes et deux sont des hommes noirs. Alors que la majorité des journalistes sont des hommes blancs. 


 

Quand on est journaliste, mieux vaut ne pas lire les commentaires publiés sous son article. Racisme, sexisme, homophobie, les auteur.e.s de commentaires en ligne jouissent d’une totale impunité. Certains journaux ont d’ailleurs préféré supprimer cet espace plutôt que de jouer constamment les modérateurs, ce qui n’est pas le cas du journal britannique The Guardian pour qui l’interaction entre ses lecteurs/trices et ses journalistes est une « richesse ». Mais le problème reste le même : que faire des commentaires injurieux, haineux ? 

« Nous avons estimé qu’il était temps d’examiner le problème plutôt que de s’en détourner », explique le journal qui a décidé de traiter les 70 millions de commentaires laissés sur son site.

Et le résultat de cet examen est révélateur. « Bien que la majorité de nos journalistes réguliers soient des hommes blancs, nous avons constaté que ce ne sont pas eux qui ont connu les plus hauts niveaux de violences et de mépris. » Pour cause,  depuis 2006, sur les 10 journalistes les plus maltraités, 8 sont des femmes – « 4 blanches et 4 non-blanches », précise The Guardian, et deux sont des hommes noirs.

Les articles sur le féminisme et le viol sont les plus visés 

Au total, 1,4 millions de commentaires, soit 2% du total, ont été bloqués par les modérateurs parce qu’ils ont violé les normes de la communauté. Et les commentaires les plus bloqués se trouvent justement dans les rubriques où dominent les femmes, comme la mode, l’environnement, les « nouvelles du monde ». Quelques sujets monopolisent les commentaires injurieux : le conflit israëlo-palestinien mais également le féminisme ont « un niveau très élevé de commentaires bloqués » ou encore le viol. « Les minorités ethniques et religieuses, et les personnes LGBT semblent également connaître une quantité disproportionnée de violence. »

Et pour les journalistes, ce harcèlement en ligne pèse au quotidien : « Imaginez que chaque jour, en vous rendant au travail, vous deviez vous frayer un passage à travers une foule hostile qui vous lance : “Vous êtes stupide”, “Vous êtes lamentable”, “Vous êtes nul.le”, “Je ne peux pas croire que vous êtes payée pour ça”. C’est un parcours éprouvant. »

Plusieurs sortes d’abus existent : le plus extrême « prend la forme de menaces de mort, de viol, ou de mutilations. Heureusement, de tels abus sont extrêmement rares sur The Guardian », d’autres, moins extrêmes, sont définis par « des discours humiliants et insultants ciblés contre l’auteur.e ».

Les commentaires resteront partiellement ouverts 

« Tu es si laide que si tu tombes enceinte, je te conduirai moi-même à la clinique d’avortement », pouvait ainsi lire une journaliste sous son article relatif à une manifestation devant une clinique où ont lieu des avortements. Même chose version raciste avec l’article d’un correspondant noir surnommé « le raciste qui déteste les blancs ».

Pour autant The Guardian ne compte pas revoir sa politique d’ouverture de commentaires : « Les journalistes doivent pouvoir se remettre en question », estime Nesrine Malik, journaliste. Alors quelle solution ? Et bien justement, « partager publiquement ce qui a été découvert », comme ici, « est une tentative d’être ouvert. Nous espérons faire plus de recherches pour creuser plus profondément le problème ».

Autre piste : réduire le nombre d’espaces où les commentaires seront ouverts, selon les sujets. Car « la plupart des lecteurs enrichissent le journalisme. Il s’agit seulement de 2% des commentaires, la majorité sont respectueux et beaucoup sont merveilleux ».

 

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4 commentaires

flo 13 avril 2016 - 10:27

Il paraît que Le Guardian a dû bloquer les commentaires sous l’article sur les commentaires…
une internaute faisait un commentaire intéressant dans le Monde hier : elle suggérait que les commentaires soient classés par catégorie « sexiste » « raciste »  » injurieux » (avec un rappel automatique à la loi) ou « ok » pour la grande majorite des autres, , avec un menu déroulant permettant à chaque internaute de choisir de tout voir ou de trier…

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flo 13 avril 2016 - 10:29

Il paraît que Le Guardian a dû bloquer les commentaires sous l’article sur les commentaires…
une internaute faisait une proposition intéressante dans le Monde hier : elle suggérait que les commentaires soient classés par catégorie « sexiste » « raciste » « injurieux » (avec un rappel automatique à la loi) ou « ok » pour la grande majorite des autres, avec un menu déroulant permettant à chaque internaute de choisir de tout voir ou de trier…

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flo 13 avril 2016 - 10:31

Là c’est moi que vous allez bloquer c’est parti deux fois.. 😉

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Emilie 13 avril 2016 - 11:47

Je pense que les commentaires des harceleurs en ligne cités par The Guardian ont été mal traduits…
“You’re terrible » et « You suck » = vous êtes naze/nul-le, mauvais-e, etc. Et surtout pas « vous sucez » ^^

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