Accueil Culture Théâtre : lever de rideau sur les discriminations envers les femmes

Théâtre : lever de rideau sur les discriminations envers les femmes

par La rédaction

En même temps que #MeTooThéâtre, une étude montre que les femmes sont toujours sous-représentées aux postes clefs dans le spectacle vivant. Le Syndeac réclame l’éga-conditionnalité des financements publics.

Nouvelle étude et nouvelles promesses de changement dans le spectacle vivant. Les inégalités entre femmes et hommes sur les scènes, dans les coulisses et à la tête des théâtres sont criantes. Et les violences sexistes et sexuelles, dénoncées depuis le début du mois d’octobre par le mouvement #MeTooThéâtre, n’y sont sans doute pas pour rien. Les témoignages et accusations recueillis autour de ce mouvement racontent, comme pour tous les mouvements #MeToo, des histoires d’hommes de pouvoir qui profitent de leur position dominante pour agresser des femmes -et d’autres hommes- et faire régner l’omerta. Et des histoires de femmes qui préfèrent renoncer à certains projets pour ne pas s’exposer à des représailles sexistes. Résultat : comme partout, c’est un regard masculin qui s’impose dans le spectacle vivant et forge l’opinion du public.

Pire : au moment où #MeTooThéâtre battait son plein, Bertrand Cantat refaisait son apparition en haut de l’affiche. L’homme qui a tué Marie Trintignant, engagé comme compositeur pour le spectacle « Mère » au théâtre national de la Colline, veut encore être présenté au public comme un héros au lieu de se faire oublier. Dans ce même théâtre, est aussi programmée une pièce de Jean-Pierre Baro, visé par une plainte pour viol classée sans suite. Et Wajdi Mouawad, directeur de l’établissement, n’a pas de mots assez durs contre les féministes qui crient à l’indécence. Il voit dans leur discours les « scories d’un catholicisme rance »et emploie les mots « inquisition » ou « dictature »… Au moment où sont révélées les violences sexuelles dans l’église catholique, l’argument est mal choisi. Dans un billet savoureux, Valérie Rey, allias Crêpe Georgette, lui suggère : « Programmez Tartuffe, cela ne vous mettra pas à l’abri des critiques, mais vous y gagnerez en cohérence. »

65 % des spectacles programmés sont réalisés par des hommes

A côté de ce directeur de théâtre qui n’a pas l’intention de se remettre en question, un syndicat avance, et c’est nouveau dans le milieu. Pour la première fois, les chiffres des inégalités sont produits par le Syndeac – Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles et non par des associations féministes.

La première étude mettant des chiffres sur ces inégalités qui pourtant crèvent les yeux, date de 2006 avec le rapport de Reine Pratt, puis plusieurs rapports ont été publiés par la SACD et FH-Île-de-France (voir ci-dessous) sans donner lieu à des changements spectaculaires.

Cette fois-ci, le Syndeac a souhaité prendre les chose sen main. Il a voulu assurer lui-même le comptage en voyant que la feuille de route ministérielle pour l’égalité adoptée en 2018 n’était toujours pas mise en œuvre, faute d’une remontée des chiffres. Le comptage a été réalisé avec « Les archives du spectacle » de la saison 2019/2020, soit 280 établissements (scènes nationales, centres dramatiques nationaux, etc.) et 26 festivals subventionnés par le ministère de la culture.

Et il apparaît que, dans le réseau des scènes publiques seuls 35 % des spectacles programmés sont réalisés par des femmes. Et, les créatrices ne présentent leurs spectacles qu’à 31 % du public potentiel, soit 2,5 fois moins que les hommes car elles ont accès à des salles plus petites que les hommes.

Le stéréotype assignant les femmes à l’éducation des enfants a la peau dure : les seules disciplines dans lesquelles règne la parité sont– la marionnette, avec 47 % de spectacles programmés mis en scène par des femmes et les spectacles « jeune public », avec également 47 % de spectacles programmés mis en scène par des femmes.

Les seuls endroits où les autrices sont majoritaires sont les centres nationaux des arts de la rue (57 %). Dans les centres de développement chorégraphique nationaux elles occupent 48 % des places. En revanche, elles ne sont pas les bienvenues dans les festivals qui programment à 65 % des artistes masculins, ou les pôles nationaux de cirque qui programment des spectacles mis en piste par 70% d’hommes.

Quid des autrices ? Elles ne représentent que 29 % des spectacles diffusés dans le réseau des scènes publiques, 37 % dans le secteur chorégraphique. Et même le secteur de la marionnette les boude : 37% des spectacles ont une femme pour autrice.

Pour les « artistes au plateau » c’est à peine mieux  : 41 % de femmes et 59 % d’hommes.

Côté direction, la situation s’est un peu améliorée : 34,2 % des scènes nationales et 44,7 % (ou 36,8 %, si on ne tient pas compte des codirections) des centres dramatiques nationaux sont dirigés par des femmes. Et ça n’a pas été facile d’en arriver là. (voir ci-dessous)

Ega-conditionnalité

Alors pour aller plus loin, le Syndeac se montre très déterminé : sa feuille de route pour l’égalité prévoit, d’abord de systématiser le comptage. Elle veut accélérer la cadence : une augmentation de 20 % au lieu de 10 % de femmes par an pour les lieux et festivals qui en comptent moins de 25 %.

Le syndicat réclame aussi, de la part des pouvoirs publics, un rééquilibrage des financements publics accordés aux équipes artistiques dirigées par des femmes.  Parce que, au final, 82% des budgets de conventionnements du ministère et des directions des affaires culturelles sont alloués à des  équipes artistiques masculines. Le Syndeac invite les institutions publiques à considèrer que le non-respect de la progression attendue et la non-atteinte de la parité devront constituer un critère d’évaluation du renouvellement des directions. L’éga-conditionnalité des financements publics en quelques sortes…

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2 commentaires

2 commentaires

Lili 29 octobre 2021 - 18:47

Une plainte pour viol classée sans suite, ça veut dire que la personne est réputée innocente. Il n’y a donc pas de raison de refuser de la programmer. Ca s’appelle la justice, et aucune femme n’a a gagner à ce que la plainte vaille culpabilité.
Condamnons les coupables et laissons les autres tranquilles. Dommage de faire de tels mélanges dans un article qui soulève une situation suffisamment grave pour mériter qu’on s’y attaque avec toute l’énergie requise.

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Isabelle Germain 3 novembre 2021 - 15:12

Sans suite veut dire qu’il n’y a pas assez de preuves. Mais on sait que dans les affaires d’agressions sexuelles il est difficile d’établir des preuves. C’est souvent parole contre parole et le doute profite à l’accusé…

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