Accueil CultureCinéma Thierry Frémaux : « Cannes n’est que le bout de la chaîne »

Thierry Frémaux : « Cannes n’est que le bout de la chaîne »

par Arnaud Bihel
Fremaux

Thierry Frémaux, Festival de Cannes 2009, par Plyd – Travail personnel. Liences GFDL, via Wikimedia Commons.

Le délégué général du festival de Cannes était l’invité d’une rencontre Women in Motion, où il s’est défendu une nouvelle fois de discriminer les femmes cinéastes.

Invité jeudi 21 mai d’une des rencontres de Women in Motion, Thierry Frémaux a brandi à nouveau l’expression déjà utilisée un an plus tôt : il en a marre du « marronnier médiatique » de la place des femmes dans sa sélection. Sans compter la récente polémique des talons : « Qu’est-ce que j’ai pris sur Twitter ! ».

Avec 10% de films de réalisatrices – 2 sur 19 – la compétition cannoise de Thierry Frémaux cuvée 2015 est des plus masculines (voir plus bas les statistiques du Deuxième Regard)… comme c’est le cas depuis des années (9% de réalisatrices en moyenne depuis 11 ans, voir : Les femmes de cinéma en campagne à Cannes).

« Mais de quoi le festival est-il coupable ? Si une seule femme a reçu une Palme d’or (Jane Campion en 1993 ndlr) il faut se plaindre aux membres de tous les jurys », lance Thierry Frémaux. « Le festival de Cannes n’est que le bout de la chaîne : mieux vaut se demander quels sont les maillons qui empêchent les femmes d’avoir leur place dans le cinéma ! »

Frémaux rêve même de « faire un festival de Cannes sans les génériques des films. Et même toute notre sélection sans génériques ! ». Un fantasme qui permettrait en tous cas de poser la question de la spécificité – ou non – de la réalisation féminine.

Et il n’a pas manqué de renvoyer la balle dans le camp des journalistes : « Je trouve que les femmes cinéastes sont maltraitées par les critiques. Par exemple, cette année, j’ai été choqué de la violence contre Emmanuelle Bercot ou Valérie Donzelli. »

De même que les attaques contre Isabelle Huppert lorsqu’elle était présidente du jury (en 2009), accusée d’avoir poussé à l’attribution de la Palme d’Or à Michael Haneke (Le Ruban Blanc) cinéaste avec qui elle avait reçu un prix d’interprétation à Cannes pour La Pianiste sept ans plus tôt. « Elle a été victime d’une cabale qu’on n’aurait jamais faite à un homme.»

Et en aparté, en parlant de journalistes, on devrait regarder de plus près la proportion des femmes dans les critiques de cinéma…

Pour donner des gages concrets, Frémaux a ajouté qu’il avait fait entrer des femmes dans ses comités de sélection à son arrivée au Festival, que les membres des jurys cannois sont depuis longtemps paritaires et assure que comme directeur de l’Institut Lumière de Lyon, il veille à la parité et à l’égalité des salaires. Et même que sa mère était « un peu féministe ». N’en jetez plus !

En chiffres

Le Deuxième Regard, association de femmes du cinéma français, réalise bien des choses, dont des statistiques. Voici les proportions qu’elle a relevées dans toutes les sélections du festival de Cannes 2015 (à noter que les délégués généraux de la Semaine de la Critique et de la Quinzaine des réalisateurs sont Edouard Waintrop et Charles Tesson). A lire en gardant en tête que les femmes représentent 7% des cinéastes dans le monde et environ 23% en France.

Cannes Compétition : 10,5%
Cannes Un Certain Regard : 21%
Cannes Courts Métrages : 20%
Cinéfondation (courts métrages d’écoles) : 30%

Sélections parallèles :
Quinzaine des Réalisateurs
Longs : 18%
Courts : 23%
Semaine de la Critique
Longs : 0%
Courts & Moyens : 30%
L’ Acid : 33%

Des chiffres sur les sélections dans d’autres festivals, en France et dans le monde, sont disponibles aussi sur le site du Deuxième Regard.

 

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