Accueil Politique & SociétéElections 2017 TRIBUNE – Présidentielle 2017 : quatre candidat.e.s, le féminisme et le genre

TRIBUNE – Présidentielle 2017 : quatre candidat.e.s, le féminisme et le genre

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TRIBUNE. Par Marlène Coulomb-Gully


quatreDernières heures avant le premier tour d’une campagne qui aura déjoué tous les pronostics. Quatre candidat.e.s semblent faire la course en tête : quelle lecture peut-on faire de leur programme et de leur rapport au genre ? Nous adopterons ici le seul ordre qui vaille : l’ordre alphabétique.


 

François FILLON : le paterfamilias

Avec ses 12 mesures organisées en 4 rubriques (Monoparentalité, Violences, Parité, Islam radical), François Fillon consacre un long développement à la question des droits des femmes dans son programme. Rien de bien original pour autant dans ces propositions qui visent à aménager l’existant (le télétravail pour favoriser la compatibilité entre vie professionnelle et familiale pour les femmes) plutôt que de le repenser : rien par exemple sur le congé parental partagé. Ce catholique, père de cinq enfants, soutenu par « Sens Commun » et qui « à titre personnel » n’est pas favorable à l’IVG, reste ancré dans une vision patriarcale de la société. En témoigne la place des femmes dans son comité stratégique de campagne (2 sur 23), en phase avec les 36% de femmes investies par Les Républicains pour les élections législatives : en matière de parité, on fait mieux. L’épisode dit du « PenelopeGate » rappelle également que dans la petite entreprise familiale, c’est l’homme qui fait la loi.

Marine LE PEN : être une femme ne suffit pas

Le vote des femmes représente pour Marine Le Pen un enjeu électoral décisif. Bien que ses engagements à leur égard tiennent en deux lignes et demie dans son programme (un record de brièveté), elle se qualifie volontiers de « féministe » et ne manque pas une occasion de mettre en avant la défense des intérêts des femmes. Un exemple parmi d’autres : sa mise en scène du refus de se voiler lors de sa visite au grand mufti de Beyrouth en février dernier. « Un magnifique message de liberté et d’émancipation envoyé aux femmes de France et du monde » a twitté Florian Philippot. Le « féminisme » de Marine Le Pen n’est que le masque de la xénophobie du Front national. Et si la Présidente du FN fait de la parité un objectif pour les investitures aux législatives, son équipe de campagne est, elle, massivement masculine. Marine Le Pen nous rappelle qu’être une femme ne suffit pas pour être féministe.

Emmanuel MACRON : peut mieux faire

Le candidat d’En Marche! rompt avec l’incarnation virile traditionnellement associée à l’image du pouvoir. En témoignent les commentaires sur son physique – un traitement généralement réservé aux femmes -, les rumeurs d’homosexualité dont il a été l’objet, de même que le couple qu’il forme avec une épouse de 20 ans son aînée : l’inverse est plus courant ! Il met en avant une équipe de campagne paritaire (même si une analyse plus fine nuance ce constat) et fixe comme objectif la parité des élu.e.s aux législatives.

Il faut s’interroger sur les conséquences pour les travailleuses les plus modestes, du positionnement économique très libéral d’un programme qui propose par ailleurs un congé de maternité unique, l’individualisation de l’impôt sur le revenu, des sanctions accrues pour les entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale, etc. « Une grande cause nationale sera mise au cœur de cet engagement : l’égalité entre les femmes et les hommes », écrit Emmanuel Macron dans son introduction. On aimerait que ce ne soit pas une simple figure de style.

Jean-Luc MELENCHON : féministe et… dopé à la testostérone

« Le féminisme est dans l’ADN de ma famille politique », déclare Jean-Luc Mélenchon qui dans un entretien au magazine Elle, évoque sa rencontre avec Colette Audry (militante de gauche, romancière , féministe, amie de Simone de Beauvoir) : elle lui aurait appris ce qu’est le patriarcat et révélé les ressorts parfois invisibles de la domination. L’équipe de campagne du candidat est strictement paritaire, comme les investitures de La France Insoumise pour les législatives à venir.

Les inégalités entre les femmes et les hommes en entreprise figurent dans la rubrique « Urgence sociale » de son programme, qui aborde également la question de la PMA, du congé parental partagé, de la fiscalité, de la précarité, des violences ou de la prostitution, autant de marqueurs forts du féminisme et de la gauche. «  Abolir le patriarcat », un livret rédigé par deux Insoumis, détaille en outre l’ensemble des mesures nécessaires à l’instauration d’une société égalitaire.

Comment toutefois ne pas être interpellé.e par l’incarnation ostentatoirement virile du candidat qui joue et jouit si volontiers du rapport de forces, voire de la violence et de l’intimidation ? Cette culture de la testostérone est-elle bien compatible avec l’ADN du féminisme ?


On l’a vu : si la question des droits des femmes – parfois réduite à la portion congrue – est désormais une figure obligée de tout programme électoral, les propositions des candidat.e.s ne se valent pas. Et quel que soit le vainqueur de la compétition (mieux vaut ne pas espérer qu’une femme remporte le trophée), ne nous y trompons pas : rien ne se fera sans la mobilisation massive et continue des féministes. Alors, en avant toutes et tous !

 

Marlène Coulomb-Gully est Professeure en sciences de la communication à l’Université de Toulouse 2-Jean Jaurès, spécialiste du genre, des médias et de la politique.
Son dernier ouvrage publié : Femmes en politique, en finir avec les seconds rôles, dans la Collection « Égale à Égal » en partenariat entre le Laboratoire de l’Égalité et les Éditions Belin.

 

2 commentaires

adela 22 avril 2017 - 16:49

le problème c’est qu’aucun n’est crédible:
Marine parle de justice quand elle bénéficie de l’immunité,
Fillon n’est qu’un pauvre con qui retourne sa veste tous les quarts d’heure, vole, méprise les femmes,
macron n’a aucun programme : c’est sa femme qu a écrit les 40 « non mesures » à la con… ce crétin se réfugie dans les jupons de sa femme qui pourrait être sa mère !
mélenchon fera comme tout le monde… il sera égoiste s’il est élu…

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flo 23 avril 2017 - 10:29

Je me réjouis personnellement qu’il y ait peu de femmes dans les partis représentés par Le Pen et Fillon. Ces courants politiques portent des valeurs patriarcales, je trouve très sain que nous nous en détournions ! Pour ce qui est de Mr Mélenchon, son programme, son attitude, ses actes, me semblent au contraire être les plus éloignés des valeurs du système patriarcal. C’est cela qui m’intéresse. Et associer la colère à la virilité me semble un peu sexiste, tout comme associer la douceur à la féminité 😉

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