Pour présenter « En avoir pour mes impôts », le ministre des Comptes publics parle du coût des accouchements et enchaîne sur l’idée de gabegie. Il ignore certains coûts autrement inutiles- comme le coût de la virilité- et dévoie quelques idées républicaines.
Mardi 25 avril, le ministre délégué chargé des Comptes publics, Gabriel Attal, annonçait sur RTL le lancement d’une initiative gouvernementale étrange : « en avoir pour mes impôts ». Il expliquait benoîtement que cette initiative, que beaucoup jugent démagogue, populiste voire poujadiste, avait, selon lui, deux objectifs. Le premier : informer les Français.es sur le montant de certaines dépenses publiques. Il citait alors quelques exemples comme le coût de la scolarité des enfants et l’accouchement. C’est ce dernier point que la radio retenait pour twitter, citant Gabriel Attal : « « En avoir pour mes impôts » : « C’est une grande opération de transparence ! Tout le monde ne sait pas qu’un accouchement coûte 2.600 d’euros d’argent public » » Dans sa présentation, le ministre enchaînait sur le deuxième objectif : donner la possibilité, aux contribuables des classes moyennes « surtout ceux qui paient l’impôt sur le revenu », de dénoncer en donnant des « exemples de gabegie qui pourrait nous permettre de faire des économies ».
Une bonne façon de monter les Français.es les un.es contre les autres en opposant celles et ceux qui coûteraient cher ou ne rapporteraient pas beaucoup à des contribuables qui en veulent pour leur argent. Au septième jour du reste des 100 jours d’apaisement décrétés par le président de la République, son ministre des Comptes publics excelle dans l’art de choisir les chiffres et les cibles.
Pourquoi le ministre n’a-t-il pas parlé du coût des prisons remplies à 96% d’hommes en raison de la virilité toxique ? Rappelons que Lucile Peytavin dans « Le coût de la virilité » évalue à plus de 100 milliards d’euros le coût des comportements asociaux des hommes et que le gouvernement ne fait pas grand-chose pour baisser ce coût pour l’Etat.
Lire : Violences sexuelles : impunité quoi qu’il en coûte
Au-delà du glissement des concepts de « service public » et de « solidarité » vers l’idée de rentabilité, le biais sexiste est énorme.
Pour attiser les braises en invitant à crier à la gabegie, le ministre mélange impôts et cotisations sociales… Son site met en exergue certains « coûts sociaux » mais il omet de citer les aides aux entreprises et à la création d’entreprise, -le plus souvent dirigées par des hommes- qui ne produisent pas forcément des biens ou service à haute valeur sociale. Le site Statista note qu’en 2019, avant la crise sanitaire, près de 160 milliards d’euros ont été versés aux entreprises, plus que les aides aux ménages ! #EnavoirPourMesImpôts ne cite pas, non plus, les coûts d’activités sportives, souvent réservées aux hommes, comme la construction et l’entretien de gigantesques stades de foot ou de rugby. Et l’on pourrait citer des tas d’exemples.
Le choix des exemples par Gabriel Attal n’est pas le seul sujet à polémique. En s’adressant en priorité à ceux qui « paient l’impôt sur le revenu », le gouvernement méprise (et met en accusation ?) bien des contribuables et personnes qui s’acquittent d’autres impôts et cotisations sociales sans se demander s’ils en auront pour leur argent. Moins de 50 % des Français.es paient l’impôt sur le revenu. Mais tous et toutes payent de la TVA qui rapporte beaucoup plus à l’Etat (plus de 100 milliards d’euros) que l’impôt sur le revenu des ménages (86 milliards) et les contributions des entreprises (58 milliards d’Impôts sur les sociétés) et beaucoup paient de la CSG.
Parmi celles et ceux qui ne paient pas d’impôts sur le revenu, combien exercent des métiers précaires dans les secteurs du soin et de l’hygiène, combien consacrent beaucoup de temps à l’éducation des enfants, au travail domestique ou à des activités associatives indispensables ?
Avec « en avoir pour mes impôts » le gouvernement prône une vision consumériste et belliqueuse, là où il devrait prôner avec apaisement, l’organisation du bien commun et la solidarité, Les questions de la « consultation » proposée sont biaisées comme celle-ci : après avoir précisé que moins de 50 % des Français (sans écriture inclusive) payent l’impôt sur le revenu :: « Seriez-vous favorable à un impôt universel, même symbolique (quelques euros par exemple), payé par tous les Français indépendamment de leurs revenus ? »… Et pas une question sur un impôt pour les très riches dans une perspective de préservation de la planète par exemple !
Faut-il que les femmes cessent d’accoucher pour permettre à chacun.e d’ « en avoir pour mes impôts » en finançant davantage d’entreprises privées et de prisonniers ?
