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Un bébé ne fait pas le bonheur

par Arnaud Bihel
Par Vic sur Flickr (CC BY 2.0)

Par Vic sur Flickr (CC BY 2.0)

C’est l’une des conclusions de l’enquête sur le bien-être subjectif, menée pour la première fois par l’INSEE et dévoilée ce mercredi. Les conditions de vie matérielles, la santé et le travail sont les facteurs qui jouent le plus sur la satisfaction des Français.e.s.


 

Pour la première fois, suite aux recommandations du rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi, l’INSEE a interrogé les Français-es en 2010 sur leur bien-être ressenti. L’institut statistique a posé la question : « Sur une échelle allant de 0 (pas du tout satisfait) à 10 (très satisfait), indiquez votre satisfaction concernant la vie que vous menez actuellement ». La satisfaction moyenne est de 7,3. Un chiffre dévoilé, mercredi 12 octobre, lors de la conférence sur les nouveau indicateurs de richesse qui se déroule à l’OCDE, à Paris (1).

Le chiffre, en soi, ne veut pas dire grand chose. Et l’INSEE recommande la plus grande prudence à la lecture des résultats détaillés, puisqu’il est question de subjectivité. Le FAIR, Forum pour d’autres indicateurs de richesse, particulièrement remonté contre cette conférence « en vase clos », critique pour sa part l’intérêt de ces indicateurs subjectifs, « inutilisables pour mener des politiques de bien-être. » C’est en effet un outil « difficile à rendre opérationnel politiquement », admettait l’an dernier Martine Durand, directrice des statistiques de l’OCDE. « En dépit de la persistance de plusieurs questions non résolues, ces mesures subjectives fournissent des informations importantes sur la qualité de la vie », jugeait toutefois la Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi.

Le poids des difficultés matérielles

Sans surprise, les informations recueillies par l’INSEE laissent voir que la satisfaction dans la vie « tend à s’accroître avec le niveau de vie ». Mais plus le niveau de vie s’élève, moins le gain de satisfaction progresse. Et l’écart, finalement, n’est « pas spectaculaire ». Le taux de satisfaction est de 6 en moyenne pour les 10 % de personnes les plus modestes, il s’élève à 7,8 pour les 10 % les plus aisées. Parallèlement les difficultés matérielles – budgétaires, de logement, de consommation – « pèsent fortement » sur le sentiment de bien-être. Elles sont même le facteur qui joue le plus sur le sentiment de bien-être, conclut l’INSEE. Le deuxième facteur le plus impactant est la santé, et en particulier le renoncement à voir un médecin. Ce qui ramène aux difficultés matérielles.

Diplôme et « frustration »

Le niveau de diplôme, lui, a peu d’impact sur le niveau de satisfaction. Et même, toutes choses égales par ailleurs, « un non diplômé est plus heureux qu’un diplômé pour un même revenu. » L’INSEE se permet de spéculer pour y déceler l’expression d’un « sentiment de frustration, en particulier chez les individus nés après 1960. » Des générations sur-diplômées qui occupent des emplois pour lesquels ils sont trop qualifiés.

Le rôle positif du CDI

Car l’INSEE observe que « la reconnaissance sociale passe apparemment par le travail ». Le fait d’être au chômage pèse sur la satisfaction (les personnes au chômage déclarent en moyenne un niveau de satisfaction de 6,1, celles qui sont en emploi de 7,5). Le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi relevait déjà les « coûts très élevés du chômage en termes de qualité de la vie des individus qui en souffrent ». Mais les conditions de travail pèsent tout autant. Les résultats valident par ailleurs « l’idée qu’un contrat à durée indéterminée, pour la quiétude qu’il apporte comme un gage sur l’avenir, aurait un impact positif sur le bien-être. » En outre, « les difficultés à concilier travail et vie familiale ont l’impact le plus fort (négatif) sur le bien-être dans la vie en général. »

Bébé à impact indéterminé

La famille est un autre élément en relation avec la satisfaction. Une personne en couple a ainsi 1,6 fois plus de chance de se déclarer plus satisfaite dans la vie qu’un célibataire. « Mais il faut se méfier ici des interprétations causales », avertit l’INSEE : « est-on plus heureux parce que l’on est en couple ? Ou bien est-ce l’inverse : la satisfaction dans la vie augmente-t-elle la probabilité d’être en couple ? Les données ne permettent pas de conclure. »

Les données ne permettent pas non plus de conclure sur l’effet d’une naissance sur le sentiment de bien-être des parents. Il n’est pas significatif chez ceux qui ont deux enfants ou plus. Et le fait d’avoir un seul enfant a même « un impact négatif et significatif sur la satisfaction dans la vie par rapport à n’en avoir eu aucun ». Pour l’INSEE, « il ne va pas de soi que la satisfaction liées au fait d’avoir des enfants l’emporte sur les soucis qu’elle engendre. »

 

Lire l’étude de l’INSEE sur la « satisfaction dans la vie »

 


(1) Selon une enquête non officielle réalisée pour l’OCDE par l’institut Gallup, le taux de satisfaction à l’égard de l’existence, en France, est de 6,8 sur 10. Juste au dessus de la moyenne de l’OCDE. Les taux les plus élevés se retrouvent dans le pays nordiques (un maximum de 7,8 pour le Danemark).

 

 

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4 commentaires

Lili 12 octobre 2011 - 10:33

C’est rare chez vous, mais le titre de votre article est complètement à côté du contenu. Céderiez-vous aux sirènes du titre aguicheur pour faire lire un contenu moins « polémique »?

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arnaudbihel 12 octobre 2011 - 10:59

@Lili : vous êtes cruelle 🙂 Le titre est un exercice délicat et il ne peut pas toujours résumer un article. Surtout celui-ci où les informations sont multiples. Tenez, le Figaro titre : « les Français sont satisfaits de leur vie ». C’est tout aussi réducteur. Et notre titre n’est tout de même pas « complètement à côté du contenu » : voir la fin. Ce n’est peut-être pas l’aspect essentiel mais c’est celui qui nous a paru le plus étonnant au vu de l’étude, et c’est donc celui-ci que nous avons préféré mettre en exergue.

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Camo 13 octobre 2011 - 06:26

Je l’aime bien ce titre car je m’y reconnais. Et les sous-titres résument aussi fort bien mon état d’esprit. (Du subjectif bien observé).

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Manso 13 octobre 2011 - 16:49

Pour la planète, un ou deux bébés ça va, mais trois bébés ou plus : bonjour les dégâts…

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