Accueil Politique Perchoir, candidates et complexe de Cendrillon

Perchoir, candidates et complexe de Cendrillon

par Isabelle Germain

perchoirIls s’affirment candidats chevronnés. Elles évoquent leur disponibilité. La culture du pouvoir est masculine. Les quotas la feront-ils changer ?


 

« Je me présente comme un parlementaire assidu et investi » : c’est ainsi que Jean Glavany a officialisé sa candidature au « Perchoir » dès le lendemain des élections législatives. Tandis que Claude Bartolone affirmait avoir « le profil et la densité politique » pour prendre la présidence du Palais-Bourbon. Et chacun de dérouler les qualités personnelles qui font de lui le meilleur des candidats… Et d’afficher bruyamment ses alliés en déambulant en meute dans la salle des Quatre-Colonnes, lieu de rencontre des députés avec les journalistes.

Et les femmes ? Marilyse Lebranchu, pressentie en un premier temps, a décliné l’idée, préférant rester au gouvernement. Elisabeth Guigou s’est d’abord  contentée d’évoquer sa « disponibilité » pour le job, précisant qu’elle ne serait candidate que si cela rendait service. Puis elle a fait acte de candidature discrètement sur France Info, précisant qu’elle avait demandé plusieurs avis avant de se lancer… Consultations dont Jean Glavany et Claude Bartolone n’ont manifestement pas senti l’utilité. Quant à Laurence Dumont, dont le nom a aussi été évoqué, elle ne se manifeste pas. La députée a pourtant le profil. Elue du Calvados depuis 1997, elle était vice-présidente de l’Assemblée Nationale depuis la rentrée 2011.

Culture du pouvoir très mâle

Il en va du pouvoir politique comme du pouvoir économique. Il y a une dizaine d’années, une étude anglaise a montré que, lorsqu’une femme a 80% des compétences pour un poste, elle ne pose pas sa candidature, se focalisant sur les 20% qui manquent. Tandis qu’un homme qui a 50% des compétences postule. L’explication est à trouver du côté du « complexe de Cendrillon », titre d’un livre de Colette Dowling qui montre comment l’éducation différenciée des filles et des garçons conduit les unes à la passivité et les autres à l’action. Dans les contes de fée, la princesse attend le prince. Puis la poupée Barbie prend le relais, puis les magazines féminins… La moitié féminine de l’humanité attend le prince, puis le mari, puis le patron, puis la nomination. Les femmes travaillent consciencieusement en attendant d’être nommées, tandis que les hommes demandent, exigent. Être féminine, c’est se faire désirer. Pendant ce temps, les petits garçons jouent à la guerre, à la compétition. « C’est moi le chef ! »… Le masculin est associé à l’action, à la prise de décision. Pas étonnant que, quelques années plus tard, les candidats masculins s’imposent tandis que les candidates, même aguerries à la politique comme Elisabeth Guigou, se fassent attendre.
 

Ont-elles tort ou raison ? La culture du pouvoir est masculine. Faut-il se résoudre à l’adopter ou tenter de la faire évoluer ? Entre un chef qui s’impose à grands coups de menton, d’alliance, de copinage et de démonstration de force et un.e autre qui propose et attend que le peuple dispose, qu’est-ce qui est préférable dans une démocratie ? Toute la difficulté est d’amorcer ce changement de culture. Et cela passe par les quotas, par le respect de la parité.

Mais les coups fusent pour empêcher cette parité. Selon France TV, le député Christophe Caresche aurait tiré le premier : « Ce n’est pas parce que l’Elysée aimerait une présidente qu’on aura une présidente. C’est aux députés socialistes de choisir le président », aurait dit l’élu parisien, qui « redoute » à ce sujet « des discussions d’arrière-cuisine ». Puis bien sûr Jean Glavany, qui engage un combat loyal avec son adversaire Claude Bartolone mais lâche les coups bas envers sa concurrente Elisabeth Guigou expliquant, dans Libération, que c’est « l’adéquation d’un homme pour le poste » qui compte, et que « cela ne se mesure pas à la longueur des cheveux ou de la jupe »…

En choisissant son/sa candidat.e, le PS décidera ou non de changer la culture du pouvoir.

 

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

2 commentaires

@rbella24 20 juin 2012 - 14:24

Faut avoir finalement l’ego sur-dimensionné que l’on reproche tant à Ségolène Royal pour pouvoir s’affronter à ce machisme ambiant et lui résister malgré les injures, les humiliations, et les persécutions.
Elizabeth Guigou, si elle insiste trop et si elle gagne, ne tardera pas à devenir une cible des attaques machos dont souffre Ségolène Royal surtout depuis 2006!

Répondre
Lili 21 juin 2012 - 08:32

« Entre un chef qui s’impose à grands coups de menton, d’alliance, de copinage et de démonstration de force et un-e autre qui propose et attend que le peuple dispose, qu’est-ce qui est préférable dans une démocratie ? »

Euh, là le peuple ne dispose de rien du tout, alors il vaut mieux d’imposer. Du reste je ne comprends pas la stratégie de Guigou. Entre s’imposer à coup de force et ne rien faire, il reste la place d’une candidature assumée et posée… Désolée mais si des femmes aussi expérimentées que Guigou en sont encore à attendre, il faut aussi qu »elles se posent des questions. Quand il faudra faire la discipline dans les débats de l’Assemblée, faudra pas attendre que ça vienne tout seul.

D’accord avec @rbella24, si elle gagne elle va devenir une cible et je comprends que ça puisse faire peur… Faut être prête à ne rien laisser passer, prendre des sanctions disciplinaires à chaque mot de trop et encaisser…

Répondre

Laisser un commentaire