Un tiers des collégiennes se trouvent trop grosses

par Arnaud Bihel
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Image : Hapster Magazine, 1883

Si une adolescente sur dix est en surpoids, elles sont trois fois plus à se trouver trop grosses, selon la dernière enquête sur la santé des collégiens en France. En classe de troisième, une sur cinq est au régime.


 

Le malaise du rapport au corps chez les adolescents, et surtout les adolescentes. C’est l’un des aspects soulevés dans le « bilan de la santé des collégiens en France en 2010 », publié au début du mois de septembre par l’Inpes, Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (1).

Dans certains cas, collégiens et collégiennes se distinguent par leurs habitudes alimentaires. Globalement, « les filles ont généralement de meilleures habitudes alimentaires et font plus attention à ce qu’elles mangent », note l’Inpes. A une grande exception près : seules 60% des filles, contre plus de 70% des garçons, prennent un petit déjeuner le matin avant d’aller en cours. « Il est possible que les filles sautent plus souvent le petit déjeuner que les garçons dans un but de contrôle ou de perte de poids », commentent les chercheurs qui ont tiré le bilan français de l’enquête.

La moitié des filles ont une mauvaise image de leur corps

Car, plus que celles sur les habitudes alimentaires, les réponses des collégien-ne-s aux questions de l’enquête sur la perception de leur corps montrent des différences plus sensibles entre filles et garçons. « À cet âge, le poids constitue une composante centrale de l’image de soi », observent les auteurs de l’étude. Et si les garçons sont 62% à juger que leur corps est « à peu près au bon poids », les filles ne sont que 53% à avoir cette bonne image d’elles-mêmes.

Moins d’un quart des garçons se trouvent « un peu », voire « beaucoup trop gros ». Les filles, elles, sont plus d’un tiers à se trouver trop grosses, et cette perception augmente avec l’âge : en 6ème, elles sont 31% à se trouver trop grosses ; le pourcentage atteint 42% en 3ème. Pourtant, d’après les données poids/taille déclarées par les mêmes collégien-ne-s, on constate que seulement 10 % des collégiens sont en surpoids – et les filles encore moins que les garçons. La France est un des pays aux taux de surpoids les plus faibles.

Le poids du régime

Les collégiennes ayant un poids normal ou insuffisant sont aussi près d’un tiers (31%, deux fois plus que les garçons) à déclarer faire un régime ou avoir besoin de perdre du poids. En 3ème, elles sont 19% à déclarer suivre un régime (5% chez les garçons). Attention, avertissent les auteurs de l’étude : « les régimes amaigrissants chez les jeunes ne sont pas sans risque, tant au plan physique que psychologique », comme le soulignait l’Anses en 2011.

Les chercheurs soulignent donc : « Il semble donc important de dépister l’insatisfaction corporelle chez les jeunes au vu des conséquences qu’elle peut entraîner sur le bien-être psychologique, en particulier en termes d’estime de soi. »
Un récent rapport parlementaire britannique sur l’image du corps tirait des conclusions similaires. Il observait que « dès l’âge de 5 ans, des filles s’inquiètent de leur taille et leur aspect » et qu’à l’adolescence un tiers des garçons et la moitié des filles ont déjà eu recours à un régime.

Pour les auteurs de l’étude française, il importe de mettre en place au sein de l’école des actions éducatives sur la « désidéalisation » de la minceur, avec une sensibilisation particulière aux médias. Ils rappellent que divers professionnels de la mode, de la publicité et des médias ont signé en 2008 une charte sur l’image du corps et disent « espérer que la mise en place de cette charte contribuera à modifier favorablement l’idéal corporel des jeunes. » En deux ans, en tout cas, elle n’a pas eu le moindre effet au collège, puisque « la pratique du régime chez les jeunes n’a pas significativement évolué depuis la précédente enquête de 2006. »

 


(1) Ce bilan s’appuie sur les derniers résultats de l’enquête HBSC (Health Behaviour in School-aged Children), menée tous les 4 ans sous l’égide de l’OMS. En France, près de 12 000 élèves y ont participé.

 

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3 commentaires

hic 11 septembre 2012 - 09:41

A part pour le dernier paragraphe, je suis presque étonnée de l’écart que je trouve relativement faible au regard des normes auxquelles sont soumises les filles. Comme quoi il ne faut pas complètement désespérer, maintenant, les garçons auront eux aussi droit aux complexes! Beau progrès…

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EG 11 septembre 2012 - 11:54

Je vous invite à découvrir « TV Lobotomie » de monsieur DESMURGET, ouvrage magnifique sur les conséquences de la TV sur la santé publique et, entre autres, sur le rapport de nos adolescentes à leur corps et à leur poids du fait du matraquage des images.
Ce n’est pas de la propagande mais un recueil d’analyses de la littérature scientifique à ce sujet !

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Lili 11 septembre 2012 - 12:09

D’un côté le nombre d’adolescente « au régime » (c’est quoi « être au régime »?) augmente, d’un autre côté les statistiques de l’obésité augmentent aussi, et la pratique du sport chez les adolescentes baisse d’années en années…
Alors la désidéalisation de la minceur pourquoi pas, mais il y a quand même un problème de fond à se trouver trop grosse et à ne pas faire de sport parce qu’on se trouve trop grosse, alors que c’est un bon moyen de perdre des kilos (si besoin est) mais aussi de se sentir bien dans sa peau.

A l’adolescence on manque de confiance en soi, et c’est bien sur cette notion de confiance qu’on devrait travailler, car elle ne se limite pas à la question du poids.

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