Une préfète limogée, un préfet conciliant et beaucoup de questions

par Isabelle Germain

Marie Lajus a été évincée de ses fonctions de préfète d’Indre-et-Loire par Gérald Darmanin. Rigoureuse, elle subissait les foudres d’élus locaux. Son successeur dit vouloir travailler en bonne entente avec ces élus locaux. Interrogations sur l’Etat de droit.

Le 7 décembre dernier, en Conseil des ministres, Gérald Darmanin annonçait, sans explication, le limogeage de la préfète d’Indre-et-Loire, Marie Lajus, en poste depuis juillet 2020. Dans un article paru le 14 décembre, le Canard Enchaîné expliquait qu’elle devait cette éviction à ses réserves concernant un projet immobilier en Indre-et-Loire. « Il est vrai qu’elle est atypique cette préfète, elle applique la loi » écrivait ironiquement le volatile. Il lui est reproché de ne pas entretenir de bonnes relations avec les élus locaux.

Normalienne, elle a notamment été nommée en 2012, préfète déléguée à l’égalité des chances dans les Bouches-du-Rhône, puis, en 2015, préfète de l’Ariège, puis en 2018, en Charente, et Gérald Darmanin l’avait nommée préfète d’Indre-et-Loire en 2020.

A l’annonce de ce limogeage, de nombreux soutiens se sont manifestés, essentiellement parmi les élus des territoires dans lesquels elle avait exercé auparavant.

La sénatrice PS de la Charente, Nicole Bonnefoy, a adressé une lettre ouverte exprimant sa « consternation » au ministre de l’Intérieur, lettre  publiée sur les réseaux sociaux. Dans Le Mondeune cinquantaine de personnes, dont beaucoup d’élus, dénoncent « une profonde injustice ». Et assurent que « Marie Lajus est une préfète dont le professionnalisme est unanimement salué dans les territoires où elle a eu à exercer. A travers son impartialité, sa probité et son humanité, elle incarne ce que la société attend de l’Etat. » Plus de 3 500 personnes ont signé une pétition pour soutenir la préfète déchue. Et dans Info-Tours.fr, le collectif Elues Locales 37 voit une pointe de misogynie dans cette affaire : « Le sexisme en politique est toujours bien présent dans notre département. Comme l’a souligné en off une élue tourangelle, membre du réseau : « si Marie Lajus n’avait pas été une femme, certains élus auraient montré plus de respect envers ses décisions et arbitrages ». » 

Au dessus des lois urbanisme et climat ?

Plusieurs élus Renaissance et LR avaient envoyé des messages au ministre de l’Intérieur pour se plaindre de la rigueur de Marie Lajus tandis que les soutiens de la préfète rappellent que le projet d’incubateur de start-ups sur lequel elle avait émis des réserves était non conforme à la loi : « la zone d’installation projetée étant boisée et proche d’un monument historique, elle n’est pas constructible, tant aux termes du code de l’urbanisme qu’au regard des principes de la loi Climat et résilience de 2021. »

Après que le ministère de l’Intérieur a simplement évoqué « le pouvoir discrétionnaire du gouvernement concernant les nominations » pour expliquer l’éviction de la préfète, dimanche 1er janvier, Gérald Darmanin s’est exprimé depuis Mayotte sur la polémique, sans rien dire de très précis sur les raisons du limogeage. « Je crois qu’il y a beaucoup de mensonges qui sont dits, et ce n’est pas digne de la part de ceux qui servent l’État ». Il a aussi tenu à rappeler qu’il était à l’origine de la décision de placer Marie Lajus « d’un petit département à un plus grand département »(Il avait opposé une réponse similaire à Sandrine Rousseau : RÉPONSE VEXATOIRE DE DARMANIN À ROUSSEAU) Avant d’ajouter : « Un représentant de la République doit être inattaquable et respectable. » Cette dernière déclaration a ému bien des féministes sur les réseaux sociaux qui ont rappelé que le ministre de l’Intérieur était visé par des accusations de viol et avait reconnu un abus de pouvoir. (voir ci-dessous)

Le successeur de Marie Lajus a pris ses fonctions début janvier. Patrice Latron, 61 ans, un ancien militaire qui a occupé toutes les fonctions de l’administration préfectorale depuis une vingtaine d’années a assuré vouloir travailler en bonne intelligence et bonne entente avec les élus locaux. Selon la presse locale il a affirmé que  « La difficulté et le caractère passionnant de ce métier préfectoral, c’est que le représentant de l’État est là pour faire respecter la loi et il est là aussi pour accompagner les projets et les élus des territoires. »

Cela reviendrait-il à placer certains élus au-dessus des lois ? Emmanuel Denis, maire écologiste de Tours déclarait dans La Nouvelle République « Ça pose des questions. Si ce sont les élus des territoires qui choisissent leur préfet, on n’est plus dans un Etat de droit. »

C’est aussi en fin d’année dernière qu’une librairie a été censurée pour plaire au ministre de l’Intérieur (lire : LIBRAIRES EN LUTTE POUR LA LIBERTÉ D’EXPRESSION FÉMINISTE APRÈS LE PASSAGE DE G DARMANIN ) Quid de l’Etat de droit ?

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