Accueil Politique Une « première dame » qui pose question

Une « première dame » qui pose question

par La rédaction
VT

Valérie Trierweiler, sur le site de l’Elysée

Valérie Trierweiler n’aime pas le terme de « première dame ». Mais les questions sur son rôle ne sont pas que sémantiques. Certain(e)s s’indignent que la compagne du chef de l’État reste journaliste. D’autres s’en prennent à son rôle à l’Élysée, où elle dispose d’un cabinet.


 

Faut-il tordre le cou au terme de « première dame » ? La question rebondit à la suite d’une interview feutrée de Valérie Trierweiler, ce jeudi matin sur France Inter. La compagne du chef de l’État, sitôt François Hollande élu, avait fait part de sa volonté de trouver un substitut à cette appellation – qui n’a d’ailleurs rien d’officiel. « Je trouve ça un petit peu désuet », a-t-elle confié à France Inter. Désuet, certes. Mais alors, pourquoi évoquer à l’antenne, sans rire, cette proposition qui lui a été envoyée par courrier : « Atout cœur de France » ? Et en attendant, le site internet de l’Élysée affiche toujours une page consacrée à « la Première Dame de France ». (Mise à jour : la page a finalement disparu le 14 juin.)

Elle évoque également les critiques, qui ont fusé ces derniers jours, sur le fait qu’elle continuera d’exercer ses fonctions de journaliste au magazine Paris Match – en prenant garde de ne pas s’occuper de politique. « Cela ne pose pas de problème aux Français », plaide Valérie Trierweiler, qui entend continuer d’exercer son métier pour « ne pas vivre aux frais de l’État, ne pas être financièrement dépendante d’un homme ».

Rester journaliste ? « Inacceptable »

Mais ce choix de continuer à exercer son métier de journaliste divise ses confrères. Le plus virulent est le correspondant de Libération à Bruxelles Jean Quatremer. Sur son blog, le 21 mai, il dénonçait une « confusion déontologique ». Une critique adressée à Audrey Pulvar, compagne du ministre Arnaud Montebourg, et à Valérie Trierweiler : « Il est évident qu’elle ne sera absolument pas une journaliste comme une autre, quel que soit son domaine d’intervention », argumente Jean Quatremer. « Dans les pays étrangers, par exemple en Allemagne, lorsqu’un journaliste tombe amoureux d’un politique, il arrête tout simplement d’exercer sa profession. »

En Islande, la question se pose d’ailleurs pour un homme : le mari journaliste d’une candidate à la présidentielle envisage de mettre son métier entre parenthèses si elle est élue à la tête du pays.

La correspondante à Paris du journal belge Le Soir, Charline Vanhoenacker, juge même « inacceptable » que Valérie Trierweiler « demeure journaliste pendant le mandat de François Hollande, avec la complicité d’un magazine à grand tirage tel que Paris Match. »

Bénévolat ?

Pour d’autres, c’est moins son métier que son statut officieux mais bien réel à l’Élysée qui pose problème. « Quel éclatant symbole de normalité, si elle tuait symboliquement la fonction rétrograde et potichisante de “première dame” », s’exclamait Daniel Schneidermann le 5 juin sur Arrêt sur Images. Hervé Gattegno, du Point, estimait le même jour : « Il est normal qu’elle puisse travailler si elle le veut », mais « elle a tort de se mêler de la fonction officielle de son compagnon ».

Valérie Trierweiler conçoit son rôle à l’Élysée comme du « bénévolat au service des Français ». Bénévolat ? C’est oublier un peu vite qu’elle y dispose déjà d’un chef de cabinet et disposera à terme d’un cabinet de 4 à 6 personnes. Cette étrange situation n’avait pas échappé à René Dosière lors des précédents quinquennats. Le député spécialisé dans l’épluchage des comptes de l’Élysée a déjà appelé à plusieurs reprises à ce que la personne en couple avec le chef de l’État dispose d’un « statut lui permettant d’agir dans le respect des règles juridiques et comptables qui fondent les valeurs républicaines ». Une telle situation « mérite d’être éclaircie, aussi dans l’intérêt de l’intéressée elle-même », rappelait-il le mois dernier sur Slate.fr.

 

 

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2 commentaires

las vegas 7 juin 2012 - 17:08

Paris Match doit être ravi que cette affaire lui apporte une publicité gratuite et saura exploiter cette possibilité chaque fois
qu’un sujet même non politique se présentera!

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Elvira 9 juin 2012 - 06:59

Bonjour,

N’est il pas frappant de constater qu’il n’a pas été fait un tel foin de la « Première Dame  » Carlita ? Sans doute parce que ses professions de mannequin et chanteuse collaient parfaitement à ce que, dans ce pays, on attend encore d’une dame : du divertissement. C’est d’ailleurs ce qui permettait de l’appeler si affectueusement Carlita: c’est mimi, pas bien sérieux et surtout, pas menaçant du tout. Valérie Trierweiler n’est pas mimi ; elle dégage quelque chose qui en impose. On sent bien qu’elle pourrait remettre en question. On préfèrerait qu’elle soit seulement belle. On préfèrerait pouvoir l’appeler Vava.

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