Accueil Politique & Société Valéry Giscard d’Estaing n’avait pas le monopole du féminisme

Valéry Giscard d’Estaing n’avait pas le monopole du féminisme

par Isabelle Germain

Les hommages au président Valéry Giscard d’Estaing en font un grand féministe… Tout est relatif.

Droit à l’avortement, divorce par consentement mutuel, remboursement de la pilule contraveptive par l’assurance maladie, 1er secrétariat d’Etat à la condition féminine… Toutes ces réformes ont eu lieu entre 1974 et 1981, pendant le septennat de l’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing, décédé le 2 décembre 2020.

Des réformes déterminantes pour les droits des femmes. Des réformes cohérentes avec l’engagement de ce polytechnicien et énarque, issu d’une famille bourgeoise, qui voulait incarner la modernité. Il avait su gagner assez de voix au sein du puissant mouvement féministe en promettant les réformes pour lesquelles elles se battaient.

Et il a tenu une première promesse en mettant en chantier très vite la loi sur l’avortement. Connaissant l’adversité au sein de la majorité de droite, il avait lancé la réforme dès son arrivée au pouvoir pour bénéficier de la dynamique de son élection. La loi du 17 janvier 1975, portée courageusement par sa ministre de la Santé, Simone Veil avait été adoptée grâce au soutien de la gauche parlementaire après d’épouvantables débats. Et au prix de quelques concessions sans lesquelles Simone Veil n’aurait pas pu faire passer la loi : obliger les femmes à justifier « situation de détresse », accorder aux médecins une «clause de conscience»…

Mais le président connu pour sa célèbre petite phrase lancée à François Mitterrand « vous n’avez pas le monopole du cœur » n’a pas « le monopole du féminisme ».

Les innombrables hommages qui font de lui le sauveur des droits des femmes irritent les féministes. Parce qu’ils contribuent à rendre invisibles les combats des femmes et réduire les progrès de leurs droits au bon vouloir des hommes. Comme le droit de vote des femmes entièrement attribué à De Gaulle, ce qui jette un voile sur des années de durs combats féministes. En outre, comme beaucoup d’hommes de pouvoir, VGE avait la réputation d’être un insatiable dragueur tout en affichant une famille traditionnelle avec une épouse serviable et effacée. Pas un summum de féminisme.

Et surtout, il n’a pas été le principal moteur des réformes. « Bien sûr, il faut reconnaître que des réformes majeures ont été faites au début du septennat de VGE. Mais il n’avait pas le choix. Et ces réformes étaient poussées par un puissant mouvement. Des femmes et des médecins contrevenaient ouvertement à la loi. Il fallait la changer» rappelle la journaliste Martine Storti* qui a été de tous les combats du MLF et du MLAC (Mouvement pour la liberté de l’Avortement et de la contraception). Elle rappelle aussi que si les réformes ont été nombreuses au début du septennat, elles se sont ralenties par la suite. Le secrétariat d’Etat à la condition féminine, confié à Françoise Giroud en 1974 a disparu en 1976 avant de renaître sous forme de « Secrétariat d’État chargée de l’Emploi féminin », confié à Nicole Pasquier et rattaché au ministère du travail. Puis sous forme de Ministère déléguée chargée de la Condition féminine confié à Monique Pelletier. Avant d’ajouter la famille et de prendre un tournant à droite en vue de l’élection de 1981. Alice Saunier-Seïté fut alors nommée Ministre déléguée chargée de la Famille et de la Condition féminine.

Dans un article qu’elle avait écrit pour F Magazine, Martine Storti reprenait une déclaration de Valéry Giscard d’Estaing devant les déléguées régionales à la condition féminine en 1977 : « j’espère que sur les 10 ou 12 lignes que les futurs manuels d’histoire réserveront à mon septennat, une ou deux seront réservées à mes réformes de la condition féminine » souhaitait le Président. Ce sera sans doute le cas.


*Son dernier livre : Pour un féminisme universel, Martine Storti, Seuil, Sciences humaines

 
 
 

 

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