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Le viol de Steubenville et l’indulgence de la presse

par La rédaction
Steubenville

Capture d’écran CNN

Après des mois de scandale aux États-Unis, deux étudiants qui avaient violé une adolescente lors d’une soirée ont été condamnés. C’est maintenant la sympathie de la presse à leur égard qui choque.


 

Aux États-Unis, un scandale de viol collectif n’en finit pas. L’affaire remonte à l’été 2012. Des adolescents membres d’une équipe de football de la petite ville de Steubenville (Ohio) ont violé, lors d’une soirée arrosée, une jeune fille de 16 ans. Des images ont ensuite été diffusées sur les réseaux sociaux.

En décembre, l’affaire prenait une ampleur nationale quand le New York Times la relatait et des Anonymous menaçaient de dénoncer publiquement les responsables. La diligence des enquêteurs était également mis en cause, au point que la mairie et le procureur ouvraient un site recensant les faits sur l’affaire, les Steubenville Facts.

Ce genre de crime a lieu « à travers tout le pays »

Le procès de deux accusés, âgés de 16 et 17 ans, a eu lieu la semaine dernière. Reconnus coupables de viol et d’avoir diffusé des photographies de la victime nue, ils ont été condamnés le 17 mars à un et deux ans de détention dans un centre pour mineurs. D’autres footballeurs pourraient être jugés par la suite.

« Ce qui s’est passé est choquant, épouvantable. Mais ce qui est encore plus choquant et épouvantable, c’est que de tels crimes d’agression sexuelle se produisent chaque vendredi et samedi soir dans des petites ou grandes villes, à travers tout le pays », soulignait le procureur à l’issue du verdict.

Mais le procès n’a pas mis fin au scandale, au contraire. Au lendemain du verdict, le procureur annonçait l’arrestation de deux jeunes filles de 15 et 16 ans qui, sur les réseaux sociaux, avaient menacé de mort la victime.

Sympathie pour les violeurs

Le traitement du procès par la presse est également mis en cause. Comme le rapporte Arrêt sur Images, la journaliste de CNN qui a suivi le procès, tout comme la journaliste en plateau – deux femmes -, ont commenté le verdict en plaignant non pas la victime, mais les deux jeunes footballeurs condamnés, qui ont vu « leurs vies s’effondrer ». Une pétition pour demander des excuses à la chaîne a déjà recueilli plus de 250 000 signatures. Elle souligne que les commentaires de CNN « contribuent à perpétuer une culture de honte, dans laquelle les jeunes gens ne peuvent comprendre le concept de consentement et les victimes de viol sont rendues responsables ».

Comme le relève la journaliste Megan Carpentier dans The Guardian, de nombreux autres titres de presse ont fait preuve d’une « indulgence déplacée » à l’égard des violeurs dans leurs comptes-rendus du procès, en insistant notamment sur le fait que la victime était elle-même très alcoolisée, et sur les rêves brisés de ces champions sportifs en devenir. Ou quand l’avenir des violeurs compte plus que celui de la victime.

 

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4 commentaires

Lola 21 mars 2013 - 11:41

Quand ma plainte pour agression sexuelle a été classée, la policière m’a dit au téléphone:
« Ne vous inquiétez pas, rien ne sera écrit dans le casier de celui que vous accusez, ça n’aura aucun impact sur ses études ni sur son futur travail, il vous parlera même comme avant ».
Ah, super, merci, c’est vraiment sympa de sa part…

En soi, je ne voulais pas que « sa vie s’effondre » (cf réactions des journalistes US), juste lui dire Stop, lui dire qu’il ne pouvait pas profiter comme ça du corps des femmes et que s’il recommençait, il serait condamné. Je ne voulais pas détruire sa vie, je l’avais dit à la policière. Mais lui a détruit la mienne en grande partie, et cette petite phrase de la police ne m’a pas aidé à me reconstruire : je n’aurais pas dû porter plainte, j’avais mis son brillant avenir en danger, mais heureusement, heureusement pour moi, il ne m’en tiendrait pas rigueur. Quel beau message à toutes les victimes que l’on rend coupables et qui devraient se taire !

Mais c’est pareil partout… Ca me rappelle que c’est comme ça aussi quand Oscar Pistorius tue sa compagne. La moitié des articles ne sont que compassion à son égard : le pauvre, il a planté son avenir, quelle tristesse, une si belle carrière…
Mais mais mais, on s’en fout de son avenir ! Il a tué sa petite amie, n’allez pas le plaindre !!!

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Eric 21 mars 2013 - 18:19

Mon com est hors-sujet, il avait sa place sous l’article parlant de Mar_lard. Une histoire intéressante aux Etats-Unis dans la communauté « geek »: le « donglegate ».

En deux mots : Adria Richards (féministe radicale et héroïne de l’histoire) est attachée de presse pour une start-up. Pendant une conférence pro, elle entend deux gars derrière elle qui s’échangent des vannes grivoises sur le mot « dongle » (terme technique qui désigne une prise mâle je crois, et qui ressemble à « dong », synonyme de « c..k » ou « d..k »). Elle leur demande de se taire, fait tout un esclandre en public, devant des dizaines de pros, puis les prend en photo pour les jeter à la vindicte populaire sur Twitter, en rappelant les chartes anti-sexisme signées par les organisateurs de la conf. Un des deux geeks, père de trois enfants, est licencié sur le champ. La communauté n’apprécie pas trop, l’employeur d’Adria, qui gère un serveur, a sûrement subi des attaques informatiques non-stop dans l’intervalle, il vient d’annoncer à son tour le licenciement de celle par qui le scandale arriva.

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luce44 25 mars 2013 - 16:41

Il vaudrait mieux préciser que c’est la victime qui « voit sa vie s’effondrer » alors qu’elle n’a aucune responsabilité et a subi des violences inacceptables.
Que les responsables de viols voient leur »vie s’effondrer » est bien normal. C’est la conséquence de leus actes. S’ils voulaient continuer une vie de champion, ils n’avaient qu’à ne pas commettre ce délit.
Arrêtons d’inverser les responsabilités et de faire des violeurs les victimes.

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Lucette 26 mars 2013 - 09:44

Oh ! Aux États-Unis les viols en réunion mettent moins d’un an à être jugés ! Et les violeurs sont condamnés ! On peut bien critiquer les réactions des journalistes, mais au moins la justice a fait son travail… just saying…

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