Accueil Société Violences sexuelles : le « problème » de la prise en charge des plaintes

Violences sexuelles : le « problème » de la prise en charge des plaintes

par La rédaction

Le Groupe F et Paye Ta Police tirent un sombre bilan de leur appel à témoignages sur la prise en charge des plaintes pour violences sexuelles par les commissariats et les gendarmeries.


C’était en 1983. Le documentariste Raymond Depardon filmait la façon dont un policier rabaissait et culpabilisait une femme qui voulait porter plainte pour viol. Exhumée en novembre dernier par l’émission C Politique sur France 5, la vidéo avait fait son petit effet.

Trente-cinq ans après, les choses ont-elles changé ? Quelle prise en charge, dans les commissariats et gendarmeries, pour les victimes de violences sexuelles ? C’est pour le savoir que Le Groupe F, nouvelle association féministe, et Paye Ta Police, avaient lancé début mars un appel à témoignages. En dix jours, plus de 500 femmes y ont répondu.

Le bilan qu’en dresse Le Groupe F mardi 3 avril est sans appel. L’accueil peut souvent s’avérer mauvais, voire « catastrophique ».

 

Certes, il ne s’agit pas d’une étude statistique sur la façon dont les forces de l’ordre reçoivent les personnes qui portent plainte pour violences sexuelles : il ne s’agit que de témoignages de personnes qui ont voulu partager leur expérience. Mais ces témoignages viennent d’un peu partout en France, et leur nombre est parlant. « Nous avons un problème avec la façon dont les femmes victimes sont accueillies en commissariats et gendarmeries », résume Le Groupe F.

Dans 60% des témoignages reçus, les femmes racontent « avoir essuyé un refus ou avoir dû insister – parfois beaucoup – pour pouvoir porter plainte ». Pourtant, rappelle Le Groupe F, une circulaire l’interdit depuis 2001.

Vient ensuite la minimisation, la banalisation, des violences – en particulier quand il s’agit de violences conjugales. Les forces de l’ordre, dans plus de la moitié des cas, ont remis en cause la gravité des faits.

Troisième type de réaction le plus fréquemment rencontré (il revient dans 40% des témoignages) : la culpabilisation. « Tenue vestimentaire, comportement, consommation d’alcool, tout y passe ».

Dans un cas sur cinq, les femmes évoquent la solidarité des forces de l’ordre avec l’agresseur. Les moqueries, les propos sexistes, reviennent aussi dans près d’un témoignage sur cinq.

« Nous allons faire changer les mentalités, coûte que coûte », promet le Groupe F. « Nous irons dans chaque commissariat, chaque gendarmerie et proposerons des outils pour aider à changer les pratiques ». Tout en reconnaissant que la situation « changera aussi lorsque la justice se mettra à traiter correctement les plaintes. En effet, pour faire son travail correctement, il faut avoir le sentiment qu’il est utile. Or, quand un policier ou une gendarme sait que dans l’immense majorité des cas, la plainte pour violences sexuelles qu’il ou elle prend sera classée sans suite, ça démotive. Normal. »

Le dernier bilan statistique du ministère de l’Intérieur faisait état d’une hausse sensible des plaintes pour viol et agression sexuelle auprès des services de police et gendarmerie en 2017, tout en estimant que seules 8% des victimes portent plainte.

Ces dernières années, les pouvoirs publics ont promis de « systématiser » la formation des personnels, ainsi que la présence d’intervenants sociaux dans les commissariats et les gendarmeries, afin précisément de mieux prendre en charge les victimes de violences. Le Haut Conseil à l’Egalité avait pour sa part recommandé en 2016 – sans qu’il y soit donné suite – d’organiser une campagne nationale de testing auprès des commissariats et gendarmeries pour évaluer l’accueil de ces victimes.

 

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