Le G7, qui se tiendra en juin 2026 en France, passe sous silence les sujets liés aux inégalités entre femmes et hommes, renforcées par la crise climatique. La coalition féministe internationale Women 7 tire la sonnette d’alarme.

Le backlash masculiniste n’est-il pas source de « déséquilibres mondiaux » ? Les exemples confirmant cette corrélation se multiplient et pourtant le G7 n’a pas jugé bon de l’intégrer à son agenda.
Le haut sommet politique, qui a pour but d’émettre des recommandations aux gouvernements des sept grandes puissances économiques mondiales (France, Allemagne, Italie, Japon, Canada, Royaume-Uni et Etats-Unis), se tiendra dans quelques semaines en France. À l’approche de l’événement, Women 7, groupe de 260 organisations de la société civile engagées pour les droits des femmes et l’égalité, tire la sonnette d’alarme : les femmes sont les premières victimes du réchauffement climatique. Face à l’urgence d’agir pour la santé des femmes et à lutter contre les inégalités, la coalition d’organisations féministes interpelle le gouvernement français pour mettre le sujet sur la table.
La diplomatie féministe passe à la trappe
Le G7 revient en France. Cette année, il se tiendra à Evian-les-Bains (Haute-Savoie) du 15 au 17 juin prochain. Sept ans plus tôt, en 2019, le sommet s’était également déroulé en France, à Biarritz. Women 7 réclamait déjà que les considérations féministes pour l’égalité soient prises en compte lors du G7.
La mobilisation des ONG avait alors permis à ces problématiques d’être discutées lors du sommet. Malgré une perspective prometteuse, l’issue des discussions avait été décevante. Premier indice : sur la « photo de famille » rassemblant les chefs d’États et de gouvernement participant au G7, une seule femme était présente, Angela Merkel. « Les décisions prises sans les femmes sont en général prises contre les femmes » martelaient déjà les membres du Women 7.
Lire : Un G7 féministe, vraiment ?(2019)
Avec la crise climatique, le backlash se durcit
En 2026, le sujet des inégalités de genre n’est même plus à l’ordre du jour et Women 7 déplore « une ambition climatique encore largement insuffisante ». Pourtant, le dérèglement climatique se poursuit et les inégalités continuent de s’accroître. L’ONU estime que près de 160 millions de femmes et de filles risquent de basculer dans l’extrême pauvreté d’ici 2050 à cause de la crise climatique. C’est 16 millions de plus que les hommes.
Lire : La crise climatique aggrave les violences sexistes, l’ONU appelle à agir
Women 7 regrette que la France, pays hôte du G7, délaisse un dossier d’une telle urgence : « La France a décidé de fonder sa présidence du G7 sur un constat : « De profonds déséquilibres menacent la stabilité de l’économie mondiale : concurrence prédatrice, capacités industrielles excessives, sous-investissement, surendettement et dérégulation, recul de la solidarité internationale, faiblesse des investissements privés dans les pays en développement, etc. Ils ont pour conséquence de fortes tensions commerciales mais aussi géopolitiques ». Ce diagnostic passe sous silence un facteur majeur de déséquilibre : le backlash contre les droits des filles, des femmes et des personnes LGBTQIA+ », déplorent les ONG dans un communiqué.
Interpeller les États du G7
Les mouvements conservateurs et anti-avortement prennent de l’ampleur et les discours masculinistes pullulent sur les réseaux sociaux. Les conséquences sont désastreuses. Suite à sa réélection, Donald Trump a démantelé l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), qui agissait pour réduire la pauvreté et promouvoir la démocratie. Résultat (entre autres) : des millions de contraceptifs, stockés depuis un an dans des containers en Belgique, sont menacés de destruction alors qu’ils étaient destinés à 1,4 million de personnes vivant dans des pays africains.
Lire : Un braquage feministe pour sauver des millions de contraceptifs
Face à la menace pesant sur les droits des femmes dans le monde, la coalition féministe interpelle le gouvernement français : « La France, qui préside le G7 en cette année pivot, a un rôle majeur à jouer, qui implique du courage politique, d’assumer certains rapports de force et d’être cohérente, au regard de ses engagements nationaux et internationaux. ». Il y a une semaine, Women 7, représenté par Le Planning familial, est allé à la rencontre du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à Rambouillet.
Le but ? « Interpeller le Ministre sur la nécessité et l’urgence de reconnaître explicitement le rôle fondamental des organisations de la société civile, en particulier des associations féministes, dans la réponse aux déséquilibres mondiaux et la défense de la démocratie », précise Women 7 sur LinkedIn. Ainsi, les ONG appellent « la France et les Etats alliés à garantir les financements alloués aux organisations féministes, en créant ou en maintenant des fonds dédiés, à l’instar du Fonds de soutien aux organisations féministes (FSOF) en France, qui doit être pérennisé au-delà de 2027 et doté de ressources suffisantes ».
À l’issue de cette rencontre, Women 7 révèle que le ministre s’est engagé et que les ONG pourront « compter sur lui pour porter un message ambitieux, et que le ministère ne transigera pas avec les questions de droits [humains], tout comme d’autres Etats du G7 ». Reste à voir si la promesse sera tenue. Pour le moment, l’appel féministe du Women 7 résonne comme un cri dans le désert…
À lire dans LesNouvellesNews.fr :
DIPLOMATIE FÉMINISTE : DES QUOTAS POUR LA PARITÉ DANS LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES
EMMANUEL MACRON ET FRIEDRICH MERZ À BRÉGANÇON : LA POLITIQUE ENTRE HOMMES
COMMISSION SUR LE STATUT DES FEMMES À L’ONU : « NOTRE RÔLE D’ASSOCIATION FÉMINISTE EST DE TENIR LES GOUVERNEMENTS REDEVABLES »
DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE : LES FEMMES SUBISSENT, LES HOMMES DÉCIDENT
MIA MOTTLEY VEUT « UNE TRANSFORMATION ABSOLUE » DES INSTITUTIONS POUR FINANCER L’ACTION CLIMATIQUE
ENCORE UN G7 QUI FAIT MÂLE (2022)
DIPLOMATIE FÉMINISTE EN VUE DU G7 (2019)
LES TALIBANS OBTIENNENT L’EXCLUSION DES FEMMES D’UNE RÉUNION DE L’ONU
