L’égalité des sexes en marche ?

Avant même la passation de pouvoir, certains signaux envoyés par “La République en Marche” sont encourageants, d’autres un peu moins. Et quid de la philosophie générale ?


Le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, a promis de faire de l’égalité entre les femmes et les hommes la grande cause nationale de son quinquennat. Une louable intention qu’il n’est pas toujours aisé de mettre en musique, tant la culture de l’égalité est difficile à infuser. Un premier couac est apparu le soir de la victoire du candidat au Louvre. Avant son arrivée martiale sur la scène dressée devant la pyramide, un groupe de danseuses en bikini « hypersexualisées » se trémoussaient autour d’un homme habillé. Pas vraiment du meilleur goût féministe. La fonction décorative des femmes reste ancrée dans les mentalités au point de ne pas avoir dérangé les programmateurs de la soirée.

Puis la nomination de Catherine Barbaroux, comme présidente par intérim de “La République en marche” a envoyé un signal plus positif. Malgré une garde rapprochée très masculine autour d’Emmanuel Macron, c’est une femme qui l’a emporté. Et ça continue avec le casse-tête des investitures qui se joue en cette fin de semaine. Le parti d’Emmanuel Macron a promis de mettre en ordre de bataille législative 50% de femmes, ce qui est conforme à la loi, et il annonce être attentif à compter un maximum de femmes sur les circonscriptions gagnables.

Les associations féministes ont promis de ne pas le lâcher pour qu’il tienne les engagements  pris. Rappelons qu’il propose notamment de créer une autorité de lutte contre le sexisme. Ce que nous révélait Marlène Schiappa, sa conseillère en charge du volet égalité femmes-hommes de son programme, que beaucoup voient déjà ministre des Droits des femmes.

Reste un point de philosophie important. Le 8 mars dernier, journée internationale des droits des femmes, Emmanuel Macron justifiait son engagement par “l’altérité” : “La vraie altérité pour un homme, c’est la femme” …  “je suis profondément féministe parce que j’aime ce qu’il y a d’irréductible chez l’Autre qu’est la femme.” Ce qui faisait dire à Etienne Girard, dans Marianne, qu’il pratiquait un féminisme “à la Julio Iglesias”. Pour les plus jeunes, Julio Iglesias est un chanteur latino connu pour avoir susurré aux oreilles du monde « Vous les femmes, vous le charme… » La femme serait cette autre dévolue au charme et à la douceur.

L’altérité comme argument féministe est dangereux. On s’approche de la « complémentarité » qui conduit à ranger les femmes dans certaines cases, certains métiers ou rôles sociaux et les hommes dans d’autres. Le contraire de l’égalité, en somme. Ce qui doit motiver l’égalité des sexes, ce n’est ni l’altérité ni la complémentarité, mais la justice et l’enrichissement intellectuel. Reprenons cette citation de Stendhal : « L’admission des femmes à l’égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation, et elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain ».

 

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3 réflexions au sujet de « L’égalité des sexes en marche ? »

  1. Trouver 50% de candidates était une gageure pour En Marche, car ils n’ont reçu que 29% de demandes d’investitures féminines. Un point qu’il faut souligner.

    D’une part il y a eu donc sur-sélection féminine, et donc discrimination positive, et d’autre part parce que cela montre que même chez ce soi-disant mouvement “innovant”, on a des problèmes d’engagement féminin.
    Ont-ils réfléchi aux raisons et surtout aux changement d’organisation qui permettraient de sortir de cette impasse? Encouragé les femmes (nombreuses dans le mouvement EM)?

    1. Je m’auto-réponds ayant vu la vidéo un peu ancienne ou M. Macron lance un appel aux femmes, constate “l’échec” de sa recherche de parité (15% de candidatures féminines à l’époque, l’appel a donc été entendu). Il l’analyse en termes d’autocensure et d’organisation familiale avec je dois le dire beaucoup d’honnêteté et d’humilité.
      Dommage qu’il n’en profite pas pour annoncer des mesures pratiques sur les modalités de la vie politique (horaires…) qu’il souhaite mettre en oeuvre une fois élu. Mais au moins il est un peu lucide et préoccupé par la question, c’est bien.

      1. Deux choses m’avaient choquée dans cette vidéo :
        1/ la façon qu’il a d’accuser les femmes, de leur transférer la responsabilité sans se remettre en question. Si les femmes ne s’investissent pas dans son mouvement, ce n’est pas que ses idées sont moisies mais qu’elles n’osent pas (sic)
        2/ le mansplaining dans l’approche qu’il propose pour les femmes : réunissez votre famille pour leur demander la permission de vous lancer (sic).
        Le sexisme est encore manifestement bien ancré…

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