Touche pas au grisbi…

touche-pas-au-grisbiDe l’affaire Fillon à l’éducation des enfants, tant que le pouvoir et l’argent seront mal répartis entre hommes et femmes, on n’avancera pas.


 

Lorsqu’il a employé, ou plutôt rémunéré, ses enfants sur le compte du Sénat, François Fillon a payé son fils 27 % de plus que sa fille. Ses deux enfants avaient alors le même âge, 23 ans, et le même niveau d’études. Une façon sans doute pour sa fille de s’habituer à ce qui l’attend sur le marché du travail.

Quant à Pénélope Fillon, quel travail a-t-elle réllement effectué pour son mari ? C’est la question de fond dans l’affaire Fillon. L’émission Envoyé Spécial de France 2 a exhumé une archive dans laquelle elle déclare : “Je n’ai jamais été son assistante, ou quoi que ce soit de ce genre-là.” Pourtant, L’Obs et Le Parisien ont retrouvé un contrat de travail signé par Pénélope Fillon, faisant d’elle son assistante parlementaire de 1998 à 2002. A-t-elle signé les yeux fermés pour permettre à son époux de faire rentrer plus d’argent dans le foyer ?

Les réactions à cette affaire donnent un aperçu frappant de la division sexuée des rôles. Tout est dit par ce sénateur communiste, qui déclarait à FranceInfo : “Venez voir chez moi, si ma femme ne travaille pas ! Elle nettoie même les chiottes de la permanence !” Une épouse embauchée par son parlementaire de mari, c’est monnaie courante. Mais on cherche encore l’inverse, dans une République où les trois quarts des députés et sénateurs sont des hommes. 

Ces épisodes montrent une nouvelle fois que ce sont les hommes qui ont l’argent et le pouvoir. L’un ne va pas sans l’autre. C’est bien l’argent qu’ils parviennent à obtenir quand ils sont au pouvoir qui leur permet de s’offrir les campagnes qui leur permettront d’imposer leurs idées et de se faire élire.

Pour que le pouvoir soit mieux partagé entre hommes et femmes, seule la loi est efficace. Lorsque l’application de cette loi fait l’objet d’une extrême vigilance. La loi Zimmerman sur les Conseils d’administration (CA) a fait faire un grand bond en avant. Et il est clair que sans loi on n’avance pas : si les femmes ont progressé dans les CA, dans les comités exécutifs des mêmes entreprises, où la loi ne s’applique pas, elles n’ont gratté que quelques misérables places. Idem en politique, comme le souligne le nouveau rapport du HCE : la parité est là quand la loi l’impose ; et dès qu’elle s’efface, les hommes reprennent les commandes.

Dans le bilan plutôt favorable qu’il dresse du quinquennat de François Hollande, le Laboratoire de l’Égalité émet cependant certains regrets. La réforme du congé parental, restée insuffisante pour mettre à égalité les femmes et les hommes face aux employeurs. Ou le recul sur les ABCD de l’égalité. Une initiative indispensable pour éviter de mettre dans la tête des enfants l’idée que l’intelligence serait une qualité masculine et que les filles devraient limiter leurs ambitions, comme le montre une récente étude.

Apprendre à partager le pouvoir et l’argent dès le plus jeune âge, pour que les hommes arrêtent de dire aux femmes « Touche pas au grisbi, salope ! », comme dans Les Tontons Flingueurs. Cette époque du noir et blanc dont on n’est pas encore vraiment sorti.

 

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Une réflexion au sujet de « Touche pas au grisbi… »

  1. Pouvoir politique et accaparement des richesses est indissociable. L’argent n’est que le résultat d’une manifestation d’un pouvoir, d’une force. Donc les lois pour l’egalité sont indispensables à l’évolution de la société.

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