Taddeï invitant un proxénète, chroniqueurs accros aux stéréotypes, pub sexistes… En 2012, malgré quelques avancées, les gardiens du temple misogyne ont vaillament résisté.
1) Taddeï promoteur du proxénétisme
Champion de la misogynie mâtinée de branchitude cultivée, le présentateur vedette du « magazine culturel » Ce soir ou jamais sur France 3 a joué l’attaché de presse du proxénète « Dodo la Saumure ». Il lui a offert 20 minutes d’antenne le 11 décembre dernier, sans contradiction, pour faire la promotion de la prostitution et du proxénétisme. Oubliés les réseaux mafieux, la traite des femmes, la drogue, la violence et autre fléaux associés à la prostitution… Pour que la mise en scène soit parfaite, l’animateur opinait du chef face au « souteneur » belge, omettant de signaler sa condamnation pour proxénétisme ou passant un extrait du film « Les Bons Vivants », histoire de présenter le milieu du proxénétisme comme un monde de joyeux Bisounours. Sur une chaîne de service public…
2) L’avocat qui voulait un bâtonnier couillu
Pour la première fois le bâtonnier de Bordeaux est une femme. Et l’un de ses confrères, Pierre Blazy, se demande si Anne Cadiot-Feidt a les épaules assez larges pour ce poste. Il n’y a pourtant aucun examen de largeur d’épaules pour devenir avocat. L’homme se livre à des contorsions de langages pour ne pas dire franchement qu’il ne conçoit pas que son représentant n’ait pas de « couilles ». Il ne voit pas d’avocates de renom, de grandes pénalistes. Il n’a jamais dû entendre parler de Gisèle Halimi…
3) Chroniqueurs accros aux stéréotypes
Quand le gouvernement français a décidé de dispenser quelques séances de sensibilisation aux stéréotypes sexués dans les ministères, deux chroniqueurs de radios populaires à grande écoute ont rivalisé de ce qu’ils ont cru être des bons mots. Natacha Polony a ouvert le bal sur Europe 1 voyant des « camps de rééducation polpotiens » tandis que son confrère Eric Zemmour sur RTL, se plaçant sur le même registre, faisait référence aux camps de rééducation de Mao…
4) Zemmour et Slama, chafouinés par la loi sur le harcèlement sexuel
Eric Zemmour, encore lui, n’a pas supporté le vote d’une nouvelle loi sur le harcèlement sexuel, au printemps. Le chroniqueur vedette de RTL a surfé sur son créneau : les malheurs de l’homme blanc, le premier des discriminés. A ses yeux, la nécessité de légiférer face aux actes de harcèlement sexuel était l’expression d’une nouvelle attaque contre ce pauvre homme blanc.
Dans la même veine, et sur la même radio, Alain Gérard-Slama voyait dans cette loi une « mesure d’ordre moral », une forme de « contrôle social ». L’historien des idées se jugeant pour sa part victime de « harcèlement visuel » par les femmes qui portent des robes courtes dans la rue…
5) Pour Salviac, une journaliste doit « baiser utile »
Pierre Salviac, ce chroniqueur sportif, ne s’est pas distingué par une sortie à l’antenne, sur RTL où il officiait, mais par un tweet post-présidentielle : « A toutes mes consœurs, baisez utile, vous avez une chance de vous retrouver première Dame de France ». Cette sortie lui a coûté sa place à l’antenne. Après avoir accepté la sentence, il a décidé 6 mois plus tard d’attaquer la radio en justice.
6) Balkany rend hommage à une ministre en la sifflant
Dans la classe politique aussi, la vue d’une robe exacerbe le machisme. En prenant la parole à l’Assemblée Nationale vêtue d’une robe à fleurs, la ministre Cécile Duflot a été accueillie par des sifflets. Sifflement revendiqué par la suite par l’UMP Patrick Balkany, qui osait se justifier ainsi : « Nous n’avons pas hué ni sifflé Cécile Duflot, nous avons admiré. Tout le monde était étonné de la voir en robe. (…) D’ailleurs, peut-être avait-elle mis cette robe pour ne pas qu’on écoute ce qu’elle avait à dire »…
7) Raoult et la violence conjugale à géométrie variable
Battu en juin aux législatives, l’ex-député UMP Eric Raoult est accusé de violences conjugales. Il assure n’avoir jamais frappé sa femme et se défend ainsi : « Je l’ai insultée, c’est vrai (…) Mais dire à son épouse, qui a 15 ans de moins que vous, ‘tu t’habilles comme une salope’, ce n’est pas une violence conjugale. » Pour justifier l’interdiction du voile intégral, le même dénonçait le « rapport homme-femme fondé sur la domination… »
8) Les fantasmes de Patrick Besson ou de Lionel Luca
Un gouvernement maison close… c’est ce qu’a vu Patrick Besson. Le nouveau gouvernement paritaire a été pour le chroniqueur du magazine Le Point l’occasion d’aligner les clichés lubriques sur des ministres qu’il imagine, du moins le suggère-t-il fortement, comme des prostituées… de Najat Vallaud-Belkacem, « ingénue libertaire » à Fleur Pellerin, « geisha intellectuelle ».
Avec autant d’élégance, le député UMP Lionnel Luca avait fait preuve d’un sexisme hors normes lors d’un meeting de la campagne présidentielle, en attaquant le physique de femmes politiques. De Rachida Dati « moins moche » que Fadela Amara à Eva Joly, chez qui « le seul truc à récupérer (…), c’est ses lunettes ».
9) Les femmes du président, obsession des magazines
Le Point, mais aussi Le Nouvel Observateur et L’Express… de mai à septembre les hebdomadaires étaient obnubilés par deux femmes, aux parcours pourtant très différents, qu’ils ne pouvaient imaginer autrement qu’en « jalouses » indomptables. Ils ont multiplié les Unes sur la « jalousie » entre Valérie Trierweiler et Ségolène Royal,un thème dont le marché de l’édition a aussi fait ses choux gras. Ce qui permettait aussi de présenter un François Hollande dépassé par ce choc de mégères. Après deux Unes sur la rivalité, L’Express a voulu ratisser encore plus large avec « Ces femmes qui lui gâchent la vie », affichant en couverture, autour du chef de l’État, ce qu’il présentait comme un cheptel d’empêcheuses de tourner en rond. La Une de trop : un flot de critiques s’est abattu sur ce choix éditorial.
10) Festival de Cannes, le mépris
Vingt-deux films en lice pour la Palme d’or au festival de Cannes 2012 : 22 films réalisés par des hommes. A ceux et celles qui s’étonnaient de cette invisibilité des réalisatrices, le patron du festival, Thierry Frémeaux, s’est défendu par un syllogisme : « Je sélectionne des œuvres pour leurs qualités propres. Nous ne serons jamais d’accord pour sélectionner un film qui ne le mérite pas simplement parce qu’il est réalisé par une femme. » Première proposition du syllogisme: le festival de Cannes ne sélectionne que des œuvres de qualité. Deuxième : les œuvres de femmes ne sont pas sélectionnées. Conclusion : les femmes ne font pas d’œuvres de qualité…
11) Le dico des clichés de l’Éducation nationale
Le père, « chef de famille parce qu’il protège ses enfants et sa femme », tandis que « ma mère repasse les affaires de toute la famille » ; « Cendrillon redevient féminine quand elle se retrouve dans sa belle robe pour le bal »… Le « dictionnaire des écoliers », un outil mis en ligne par le CNDP (Centre national de documentation pédagogique), dépendant du ministère de l’Éducation nationale, fourmille de clichés sexistes. D’autant plus malvenu que le gouvernement a lancé la chasse aux stéréotypes à l’école. Là encore, un tollé a conduit à la mise au rebut de ce dico des clichés.
12) Pub : héros et ménagères

Image du film « Cif »
La publicité alimente toujours l’imaginaire collectif de clichés régressifs. Au-delà des annonces misogynes, plus perfides sont celles qui montrent implicitement aux femmes la direction du foyer. Retenons-en quelques unes :
– Microsoft sévèrement atteint du syndrome de la Schtroumpfette. Dans sa pub placée « sous le signe de la personnalisation », la marque associe sont nom à trois vrais héros hommes (Cyril Lignac, Florent Manaudou et Bilbon le Hobbit) tandis que les deux « personnalités » féminines sont des abstractions : une folle de shopping, une héroïne du quotidien.
– Cif, ambiance conte de fée. Le trône est pour le héros qui rendra son lustre au chaudron noirci… Et c’est une princesse déguisée en prince qui y parvient. Puis une femme dans son intérieur s’extasie sur la crème nettoyante.
– Mère sacrificielle pour les JO. Sponsor des Jeux Olympiques, Procter&Gamble (P&G) a réalisé un film dans lequel des mamans sont aux petits soins pour leurs sportifs en herbe.
– La science en rose pour les filles. Expérience malheureuse de la Commission européenne. Un spot destiné à promouvoir les carrières scientifiques pour les jeunes filles donnait surtout à voir tous les clichés du glamour chic. Devant les critiques, la Commission a dû rapidement remiser ce spot.
