Accueil Eco & SocialBien-être et richesses 20 mars, journée internationale du Bonheur… Ah bon ?

20 mars, journée internationale du Bonheur… Ah bon ?

par Isabelle Germain

Penser les politiques publiques en visant le bien-être avant la croissance économique, c’est le sens de la journée internationale du bonheur créée par l’ONU en 2012. Et ce serait une politique féministe.

Si les politiques publiques remplaçaient la quête du PIB, Produit intérieur brut, par le BIB, Bonheur intérieur brut, le monde tournerait autrement. C’est le sens de la journée du bonheur créée par l’Organisation des nations unies (ONU) en 2012 qui « reconnait ainsi que le bonheur et le bien-être devraient être pris en compte dans les objectifs politiques. » La résolution proclamant le 20 mars Journée internationale du bonheur veut que la politique des Etats « favorise le développement durable, l’élimination de la pauvreté, ainsi que le bonheur et le bien-être de tous les peuples ».

Et une telle politique serait féministe car elle reconnaîtrait comme une richesse la contribution des femmes à la marche du monde. Et si cette contribution à la production de bien-être était mieux reconnue, elle serait probablement davantage prise en charge par les hommes.

Explication : aujourd’hui, les gouvernements courent après la croissance économique, donc après le PIB. Or le PIB se limite à la somme de la production de biens et de services marchands. Il ignore, au passage, des destructions de l’environnement dues à certains modes de production ou mode de vie (une pollution ou un accident de la route sont bons pour le Pib puisqu’il faut payer des biens et services pour réparer). Surtout, le PIB néglige le travail familial et domestique et les soins apportés aux autres, indispensables au bien-être… et délégués aux femmes. Et quand ces travaux font l’objet de services marchands, ils sont très mal payés. Récemment Oxfam dénonçait le travail gratuit imposé aux femmes et parlait de « celles qui comptent » …pour au moins 10.800 milliards de dollars chaque année (voir : LE SEXE DE LA RICHESSE QUI COMPTE)

Des économistes « hétérodoxes » tentent depuis une cinquantaine d’années de faire passer l’idée d’une évolution des indicateurs de richesse. En 2009, Nicolas Sarkozy créait même une commission dirigée par le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz pour faire avancer l’idée (voir : COSMÉTIQUE DU PIB PAR LA COMMISSION STIGLITZ-SEN-FITOUSSI )… sans succès.

Depuis, l’ONU a à nouveau tenté de faire avancer cette idée en adoptant en 2015 17 objectifs de développement durable mettant l’égalité des sexes au cœur du programme.

La crise sanitaire actuelle montre de façon éclatante qu’en France, on est encore très loin de considérer la production de bien-être comme une richesse. Les professions qui se révèlent indispensables pour faire face à la crise du coronavirus sont, pour beaucoup, très féminisées, très mal rémunérées et mal protégées (voir LES SOLDATES DU « CARE » EN PREMIÈRE LIGNE FACE AU COVID-19 ).

Le président de la République, en annonçant la guerre contre le covid-19 a dit « quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour aux jours d’avant. »  Annonçait-il un changement profond de politique ? Les « foules sentimentales » qui applaudissent les soignant.e.s chaque soir à leur fenêtre ont-elles, comme dans la chanson d’Alain Souchon, « soif d’idéal » au point d’imposer des politiques indexées sur le Bonheur intérieur brut ? Voudront-elles qu’on arrête de «nous faire croire que le bonheur c’est d’avoir » ? Avoir pour faire croître des Produits intérieurs bruts au détriment du Bonheur intérieur brut…

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