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2021 : quelques accrocs à la domination masculine

par Isabelle Germain

Travail invisible, femmes peu visibles, violences…  en 2021, la pandémie a accentué les inégalités femmes/hommes. Quelques éclaircies sont apparues, mais pas assez pour annoncer une nouvelle ère d’égalité des sexes. Retour sur une année contrastée.

L’année s’achève sur un constat sans appel : les femmes comptent  pour moins de 20 % des personnalités citées par les médias français. Est-ce parce qu’elles n’occupent pas de postes de pouvoir ou parce que les médias donnent à voir le monde à travers un filtre de phallocentrisme ? Les deux !

Et la situation s’est aggravée avec la pandémie. Le Forum économique mondial a calculé qu’il faudrait attendre 36 années de plus qu’envisagé, soit 135,6 années pour combler les écarts entre femmes et hommes. Ce sont toujours essentiellement des hommes qui détiennent le pouvoir dans tous les milieux.

Tour d’horizon des événements marquants de 2021 en commençant par la politique, les médias et la culture. Puis le nerf de la guerre : l’économie et l’impossible relance féministe. Ensuite la question des violences machistes qui a pas mal occupé l’actualité, le sport et les femmes qui ont marqué l’année. Un tour d’horizon qui prolonge les analyses publiées dans « Journalisme de combat pour l’égalité des sexes. La plume dans la plaie du sexisme » 

Dans la sphère politique, bien que le gouvernement soit paritaire et l’Assemblée Nationale presque paritaire, ce sont presque toujours des hommes qui s’expriment dans les médias et dans les cercles informels du « vrai pouvoir ». Fin novembre par exemple, la majorité présidentielle a annoncé la création d’un nouveau mouvement en marche pour les prochaines élections. Et… Les hommes gardent les clefs de la maison commune ! Si les candidat.es à la présidentielle jouent parfois la partition « plus féministe que moi tu meurs », ils ont souvent une conception bien étrange du féminisme.

Les médias d’information tendent volontiers le micro à des hommes gardiens de l’ordre patriarcal. Mise en abyme ici dans une émission de C ce soir, consacrée à l’effacement des femmes dans l’Histoire -après 9 émissions ayant eu pour invités des hommes. Sur le plateau, des hommes parlent « crise de la masculinité » et « woke ». Parfois le système s’emballe comme ici : Mercredi c’est misogynie ou encore là : Leçons d’antiféminisme sur France-Inter.

Culture. La déflagration #MeToo dans le monde de la culture n’a pas eu pour effet de donner à voir autant d’œuvres de femmes que d’œuvres d’hommes. Si l’Académie des César est enfin paritaire, les premières nominations pour 2021 ne l’étaient pas. Les films sélectionnés pour la Palme d’or à Cannes étaient essentiellement réalisés par des hommes. Cependant c’est Julia Ducournau qui a reçue la Palme cette année. Puis, à Venise, Audrey Diwan a reçu le Lion d’or pour l’événement, un film sur l’avortement.

Egaconditionnalité. Les médias d’information et la production culturelle, qui forgent l’inconscient collectif, continuent d’infuser des messages sexistes dans la société. Pour endiguer le flot, de plus en plus de voix appellent à tarir une source de financement de ces messages et poser un principe d’égaconditionnalité des aides publiques. Autrement dit, soumettre les aides publiques à des critères d’égalité femmes /hommes. C’est le déjà un peu le cas au cinéma. Au théâtre, la demande est formulée par des représentants de la profession. Mais pour les médias d’information, la demande ne vient pas du monde du journalisme mais du HCE ou d’un rapport parlementaire. A l’exception, bien-sûr, des journalistes des LesNouvellesNews.fr qui militent pour ce principe.

Economie. Ils ont le pouvoir, ils ont l’argent, comme le disait une publicité dans les années 90 (une publicité pour voiture qui ajoutait : « il aura la femme »). Et la pandémie a fait reculer tout ce qui aurait pu permettre l’égalité professionnelle. Le télétravail s’est révélé délétère et s’est accompagné d’une forme de sexisme bienveillant qui finit par mettre les femmes à l’écart des promotions. En France, les écarts de salaires entre femmes et hommes cadres se sont creusés. Les hommes dominent l’économie : Quatre start-ups sur cinq sont fondées par un boy’s club. Les femmes ne comptent que pour 5 % des dirigeants d’entreprise. La compétition pour la féminisation des instances dirigeantes est peu disputée. Et globalement, les hommes sont encore plus riches qu’avant. Ce sont d’ailleurs des noms d’hommes qui sont apparus dans l’affaire des Pandora papers.

Mais surtout, le travail et les richesses des activités assignées aux femmes ne comptent toujours pas en France. Pourtant, des voix s’élèvent dans le monde pour compter le travail invisible. Dans certains pays, les riches contribuent à payer la production de bien-être. Il existe même une journée du travail invisible… elle-même invisible dans les médias.

Les métiers dévolus aux femmes continuent d’être sous payés et déconsidérés. Si les employées de l’Ibis Batignoles ont marqué quelques points contre la précarité, c’est au terme de longs mois de grèves et de manifestations. Les sage-femmes ont dû faire plusieurs journées de grève, lancer des alertes, des manifestations pour obtenir quelques avancées qui ne les situent toujours pas au niveau d’autres professions médicales exigeant des compétences équivalentes. Et celles qui exercent des métiers du lien n’ont pas vu leur statut s’améliorer vraiment comme l’a souligné le film Debout les femmes ! initié par le député François Ruffin.

Les mentalités évoluent peu. Sur l’allongement du congé de paternité, ce sont les femmes qui applaudissent la mesure. Les hommes se sentent peu concernés par le congé parental.

Pourtant, les appels à un plan de relance féministe se sont multipliés : ici, , ou encore ici. Mais lorsque la crème des économistes français -hommes- présente son rapport pour relever de grands défis économiques, le sujet n’est même pas effleuré.

Non seulement, les femmes apportent beaucoup de richesses à la société par le travail du soin, du care et la production gratuite de bien-être, mais elles coûtent moins cher à la société comme l’a démontré Lucile Peytavin dans « Le coût de la virilité ». Et, en plus, elles émettent 16 % de gaz à effet de serre de moins que les hommes.  

Seule consolation dans ce triste tableau de l’économie. En fin d’année a été adopté une loi imposant des quotas de femmes dans les directions exécutives des entreprises. Mais il est peu probable que cette loi ruisselle sur l’ensemble de l’économie.

Fin de l’omerta sur les violences machistes ?

L’année a commencé par l’Affaire Duhamel. Un livre de Camille Kouchner, la familia grande, dénonce des actes pédocriminels. Omerta autour d’un homme puissant entouré de gens influents qui n’avaient rien vu.  Olivier Duhamel est démis de plusieurs mandats. Mais si l’homme est déboulonné, qu’advient-il du système ?

Ce système a semblé vaciller lorsqu’Alain Finkielkraut a été remercié par la chaîne LCI après avoir soutenu Olivier Duhamel à l’antenne. Puis lorsque le directeur de Sciences Po, qui disait n’avoir rien vu, rien entendu, a quitté l’institution.

L’année a aussi été marquée par l’affaire Georges Tron. L’ex-maire de Draveil a été condamné à de la prison pour viol mais le Garde des Sceaux a qualifié d’« hérésie » la demande de destitution de celui qui continuait d’exercer les fonctions de maire de Draveil. Il a fallu attendre une décision de la Cour de cassation pour que le soutien d’hommes de pouvoir cesse de s’afficher.

Autre décision de justice encourageante : la condamnation pour diffamation de l’autrice de #balancetonporc a été effacée Puis l’affaire PPDA a éclaté. Là encore, il a fallu de longues et complexes enquêtes journalistiques pour que les victimes soient entendues. Les premières dénonciations avaient abouti à ce que le journaliste soit invité sur tous les plateaux à clamer son innocence et accuser ses accusatrices d’être des menteuses. Idem pour Nicolas Hulot qui s’est précipité sur BFMTV. Le 4ème pouvoir, celui de la presse, est en cause dans ces affaires.  

Dans ce contexte encore très permissif, les violences sexistes et sexuelles ont cru pendant la pandémie.

En 2021, la question de l’avortement n’est pas acquise. En France la loi « visant à renforcer le droit à l’avortement » n’est toujours pas passée. En Pologne ce droit est anéantit. Dans plusieurs Etats des Etats-Unis, il recule fortement comme en Arkansas ou au Texas. En revanche au Mexique l’IVG est dépénalisée

Et à l’étranger, la situation tragique des femmes afghanes a mobilisé les féministes partout dans le monde. Mais les talibans ne veulent plus les voir dans l’espace public.

Sport.

En mars 2021, « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste », le titre du documentaire de Marie Portolano, dénonçait le machisme dans le journalisme sportif. Le milieu du sport reste très masculin. Les femmes y sont encore considérées comme des objets de décoration. Il a fallu que les beach-handballeuses norvégiennes bataillent pour ne plus devoir jouer en bikini. Mais la fédération leur impose des « shorts serrés ». A Rennes, l’équipe de Foot a joué en culotte pour protester contre le manque de moyens dont disposent les équipes féminines .

Les femmes ne bénéficient pas d’autant d’installations sportives que les hommes (ici, les joueuses du PSG), n’ont ni les mêmes compétitions, ni les mêmes rémunérations qu’eux (ici le Paris-Roubaix au rabais).

Cependant quelques compétitions de femmes font enfin la Une de journaux sportifs et même grand public, comme le handball en cette fin d’année. Difficile de dire si c’est une tendance ou un phénomène isolé.

Au niveau international, les JO de Tokyo ont été marqués par le remplacement d’un président qui voulait que « les femmes restent à leur place », par une ex-ministre et médaillée olympique.

Elles ont fait 2021

Dans cette sélection de femmes de pouvoir dont nous avons parlé en 2021, beaucoup sont étrangères. Et nous avons tenu a rappeler que Christo, dont tous les médias ont parlé au moment de l’empaquettement de l’Arc de triomphe, travaillait avec Jeanne-Claude. Il faisait le maximum pour que les médias parlent d’elle, sans succès.

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