3 enfants, sur une classe de 30, victimes des violences conjugales

par vincimoz

NHenrygdTrois millions d’enfants grandissent dans la peur au milieu des brutalités au sein du couple. Des victimes souvent silencieuses. Entretien avec Natacha Henry, auteure de courts-métrages en 7 langues pour sortir des violences et de Frapper n’est pas aimer (Denoël).


 Quelles sont les incidences des violences conjugales sur les enfants ?

Sans être forcément victimes directes des coups portés, les enfants témoins de violences conjugales subissent toujours des violences psychologiques. On estime que 3 enfants sur une classe de 30 sont dans ce cas. Certains ont déjà soigné leur mère. Les plus grands l’ont protégée des coups. Les plus jeunes se sont parfois retrouvés enfermés toute une nuit avec elle dans les toilettes afin d’échapper à la violence. Quand ils n’ont pas dû fuir, en pleine nuit…

Des courts-métrages en 7 langues pour sortir des violences

Au programme : Comment faire pour déposer plainte ? Déposer une requête d’ordonnance de protection ? Reprendre confiance en soi ?…

Natacha Henry a écrit le scénario et co-réalisé – avec Clémence Godillot – une série de courts métrages d’animation en 7 langues pour Libres Terres des Femmes, association accueillant et accompagnant les femmes victimes de violences conjugales.

A visionner ici : ltdf-films.blogspot.fr ou voir ci-dessous.

Une deuxième série est prévue pour février 2014.

Je dis « leur mère », parce que les violences conjugales sont surtout exercées par un homme sur une femme. Le contraire existe, certes, mais reste exceptionnel. Et lorsqu’on y regarde de plus près, il concerne surtout des cas de légitime défense.  

Pourquoi est-il si difficile pour ces enfants de dire ce qui se passe à la maison ?

La plupart du temps, l’enfant se trouve pris dans un conflit de loyauté à l’égard de son père violent. Quand il n’a pas été prévenu que s’il en parlait cela irait plus mal. Ou même rendu responsable des coups portés à sa mère, pour une chambre mal rangée, une mauvaise note ou n’importe quoi d’autre… La peur empêche souvent la parole. Alors, il se tait. Et il n’est pas rare qu’il tente de faire de son mieux, d’être irréprochable, pour ne pas risquer de fâcher l’homme de la maison, père ou beau-père. C’est aussi ce que tentent de faire de nombreuses femmes battues. Mission impossible. Un repas tiède, une chemise mal repassée, tout est prétexte aux coups. Cette situation se résout chaque année de manière tragique pour environ 300 enfants qui perdent leur mère sous les coups de son conjoint. Une femme meurt ainsi en France tous les deux jours et demi.

Malgré le conflit de loyauté et la peur, il n’y a qu’en sortant du silence que l’enfant peut réellement aider sa mère, lui donner une chance d’échapper aux coups et cesser lui-même de souffrir sans dire un mot. Outre les adultes à l’écoute au sein de l’école, du collège ou du lycée, les mineurs peuvent aussi s’adresser directement à Violences conjugales infos au 3919 (2)

Un conjoint violent peut-il être un bon père ?

Cette question divise encore les spécialistes. Il y a ceux pour qui un père reste un père. Et ceux qui pensent qu’on ne peut pas envoyer sa femme aux urgences, imposer des scènes d’horreur et un climat de terreur à ses enfants, tout en étant un bon père. Ces derniers estiment que destituer ces pères-là de l’autorité parentale est le prochain combat à mener.

Depuis le 9 juillet 2010, les enfants sont cités dans la loi « relative aux violences faites spécifiquement aux femmes, aux violences au sein des couples et aux incidences de ces dernières sur les enfants » . Mais, en France, un père violent peut tout à fait conserver l’autorité parentale après une séparation, puisqu’il y a d’un côté une procédure pour violences conjugales et de l’autre celle du juge des enfants qui organise la garde. De gros progrès restent à faire en matière de recoupement des dossiers.

Propos recueillis par Isabelle Maradan 

 

Lire aussi dans Les Nouvelles NEWS

« Frapper n’est pas aimer »

Violences conjugales : 540 000 victimes, 20 000 condamnations

Le gouvernement resserre l’étau sur les violences de genre


(1) Frapper n’est pas aimer, enquête sur les violences conjugales en France, Editions Denoël, 2010.

 (2) Numéro gratuit depuis un poste fixe, sans surcoût depuis un portable.

 

Le dépôt de plainte 

Comment faire pour déposer plainte ? 

 

 

L’ordonnance de protection

Attention, nous vous conseillons de déposer plainte avant de déposer une requête d’ordonnance de protection

 

 

Reprendre confiance en soi

Oui, vous êtes une femme formidable

 

 

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14 commentaires

Eric 22 novembre 2013 - 12:10

« Un conjoint violent peut-il être un bon père ? »

Une femme qui fait des enfants avec un homme violent peut-elle être une bonne mère?

Une femme qui n’a pas été foutue de choisir soigneusement son conjoint peut-elle être une bonne mère?

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CWD 22 novembre 2013 - 13:29

« Eric »
Une femme qui fait des enfants avec un homme violent peut-elle être une bonne mère?

Une femme qui n’a pas été foutue de choisir soigneusement son conjoint peut-elle être une bonne mère?

Ben oui elles sont vraiment idiotes pour se laisser frapper sans rien dire…

MON.DIEU.

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M 22 novembre 2013 - 14:39

Eric, je vous envie. De toute évidence vous vivez dans un monde simple au fonctionnement très binaire.
Que la vie doit être plus paisible lorsque on SAIT que les Autres ne sont que des crétins…

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isabelle germain 22 novembre 2013 - 17:59

on en bloque un un autre arrive…

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Eric 22 novembre 2013 - 21:01

Pour moi le fonctionnement « très binaire » consiste à dire que la femme est une sainte victime et l’homme le diable incarné.

« elles sont vraiment idiotes »

Ce n’est évidemment pas une question d’intelligence.

On peut avoir intérêt à prendre le risque de se faire démonter la gueule.

http://www.youtube.com/watch?v=sqhKkyRvgjA

Un MMA fighter ne monte pas sur le ring pour se faire casser le nez, les pommettes, les arcades, ou mourir (ce qui arrive). Il monte sur le ring dans l’espoir d’en ramener de la gloire et beaucoup d’argent.

C’est ce que font ces femmes (avec une problématique qui leur est propre).

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Seb. 23 novembre 2013 - 07:21

C’est un curieux biais. Deux à trois enfants par jour meurent suite à des maltraitances, en France. La maltraitance infantile est un sujet en soit, je ne comprend vraiment pourquoi le traiter de manière accessoire, comme alibi d’un autre sujet.

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flo 24 novembre 2013 - 17:58

« Seb. »
C’est un curieux biais. Deux à trois enfants par jour meurent suite à des maltraitances, en France. La maltraitance infantile est un sujet en soit, je ne comprend vraiment pourquoi le traiter de manière accessoire, comme alibi d’un autre sujet.

« Seb. »
C’est un curieux biais. Deux à trois enfants par jour meurent suite à des maltraitances, en France. La maltraitance infantile est un sujet en soit, je ne comprend vraiment pourquoi le traiter de manière accessoire, comme alibi d’un autre sujet.

l’article évoque les situations spécifiques de violences faites aux femmes, lorsque les enfants sont victimes collatérales mais pas directement maltraités…

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taranis 25 novembre 2013 - 15:01

Citation en provenance du commentaire précédent de Seb. :
C’est un curieux biais. Deux à trois enfants par jour meurent suite à des maltraitances
Oui je pense qu’il sont victimes d’un ou 2 parents violents!!! Mais flo a raison on peut aussi traiter de la violence au quotidien sans attendre le crime…Qu’elles se dénomment violences faites aux femmes, violences domestiques, violences conjugales, elles
s’expliquent spécifiquement par les « rapports de genre », c’est-à-dire par la division historique des rôles entre hommes et femmes, basée sur des justifications philosophiques, politiques, biologiques ou sociales, qui ont varié au cours de l’histoire. Ce qui est indéniable c’est que la violence conjugale atteint également les enfants. Le risque pour les enfants de mères violentées d’être eux-mêmes maltraités est 6 à 15 fois plus élevée Avec pour conséquence des troubles somatiques (troubles sphinctériens, de l’audition ou du langage, retard staturo –pondéral) ; des troubles de la conduite et du comportement ; des troubles psychologiques. La séparation des parents dans un contexte de violences conjugales suscite chez l’enfant une grande insécurité qui génère en lui un sentiment d’impuissance, d’angoisse de se trouver abandonné et d’anéantissement .

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taranis 25 novembre 2013 - 15:02

Les violences conjugales au cours de la grossesse concernent dans les pays industrialisés 4% à 8% des grossesses. Dans une étude britannique récente la grossesse apparaît comme un véritable facteur de risque de violence : les femmes enceintes ont un risque d’être battues 2 fois plus élevé que les après ajustement sur l’âge, le statut marital, et le statut de l’emploi La séparation des parents n’interrompt pas forcément les violences conjugales et parfois même les exacerbe encore. L’enfant n’y échappe pas. Quitter sa maison avec sa mère, souvent à la hâte et sans préparation est, pour lui, une autre violence ; il vit une rupture avec ses points de repères habituels : école, amis, loisirs. Durant cette période de crise, la mère fait souvent des allers-retours entre le domicile conjugal et son nouveau lieu de résidence (souvent le centre d’hébergement et de Réadaptation Sociale, CHRS) avant de décider si elle va ou non rompre définitivement

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Lène 25 novembre 2013 - 21:11

« Eric »
Pour moi le fonctionnement « très binaire » consiste à dire que la femme est une sainte victime et l’homme le diable incarné.
(…)
Il monte sur le ring dans l’espoir d’en ramener de la gloire et beaucoup d’argent.

Oh, notre primatologue éclairé est de retour! Et il a encore une fois tout compris. Alors, Éric, on fait quoi? On va voir les femmes battues pour leur expliquer qu’elle l’ont bien cherché? Ah oui, idée brillante! Et les hommes battus, pareil?

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Eric 26 novembre 2013 - 04:07

« Alors, Éric,on fait quoi? »

Toi, absolument rien. Tu t’assieds, tu croises les bras et tu me regardes faire. Je m’occupe de tout.

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09 Aziza 26 novembre 2013 - 08:27

Il a fallu plus de 30 ans pour qu’en France , on COMMENCE à se demander si un homme violent pouvait vraiment demeurer un bon père!!!! C’est ce qu’on appelle l’aveuglement phallocentrique; Ah-mais-c’est son-père -tout-de-même! Pour l’enfant, ce n’est pas un père, c’est un affreux croquemitaine dont la seule approche le fait trembler. Il perd toute confiance en l’adulte, et plus tard risque d’avoir des conflits avec la loi.Les >Canadiens ont compris cela depuis 1973!!

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Lène 26 novembre 2013 - 15:38

« Eric »
« Alors, Éric,on fait quoi? »

Toi, absolument rien. Tu t’assieds, tu croises les bras et tu me regardes faire. Je m’occupe de tout.

LOOOOL
Tu me fais la cuisine (j’espère que ce sera bon), la vaisselle, le ménage (si c’est mal fait, tu recommences)? Pendant ce temps-là j’ai mieux à faire (j’ai plein d’idées)! Oh ouiiiii!!!

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Eric 28 novembre 2013 - 08:16

Une des femmes de Dekhar victime de violences conjugales:

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/11/28/97001-20131128FILWWW00042-la-passe-londonien-d-abdelakim-dekhar.php

Elle a eu deux enfants avec lui en 2004 et 2006. J’imagine qu’elle aussi raconte que « rien » n’aurait pu laisser présager qu’il deviendrait violent.

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