Dans sa nouvelle note, l’Observatoire de la Fondation des femmes alerte sur le risque de précarité pesant sur les familles monoparentales, représentées en grande majorité par des femmes. Un coût qui continue d’être ignoré par les pouvoirs publics.

« À l’heure où les discours natalistes reviennent avec force, comment tolérer que celles qui mettent au monde, élèvent et protègent les enfants paient un prix aussi élevé ? », s’insurge Anne-Cécile Mailfert. Dans sa huitième note de l’Observatoire de l’émancipation économique des femmes, la Fondation des femmes, avec le Crédit Municipal de Paris en partenariat avec ViveS Média, met en lumière la précarité qui frappe les familles monoparentales en France. Une situation qui concerne plus de 4 millions d’enfants.
« Un révélateur brutal de la précarité ».
Un quart des familles sont monoparentales en France, 82% d’entre elles sont assumées par des femmes. Rédigée par Elsa Foucraut, consultante spécialisée sur le droit des enfants et l’égalité parentale, et la journaliste Lucile Quillet, cette note évalue, à partir des budgets types de l’Union nationale des associations familiales et des données Insee sur les revenus disponibles moyens des ménages, que « ces familles disposent en moyenne de seulement 53 % des revenus d’un couple, alors que leurs besoins en représentent 83 % ». Concrètement, « l’écart entre besoins et ressources représente un déficit moyen d’au moins 3 000 euros par an, soit 250 euros par mois ». Résultat : 39% des enfants élevés dans une famille monoparentale vivent sous le seuil de pauvreté. Pour la Fondation des femmes, la monoparentalité, notamment féminine, est un « révélateur brutal de la précarité ».
Le coût de la monoparentalité s’inscrit dans un « continuum d’inégalités économiques de genre qui se construit sur l’ensemble du parcours de vie », notamment des femmes. L’Observatoire estime que le modèle du couple hétérosexuel tend à produire de nombreuses inégalités, et ce, bien avant la séparation. La note fait le bilan : « Les femmes subissent déjà le coût de la maternité, à savoir des carrières ralenties, des salaires plus faibles et une plus forte charge domestique ».
La norme du couple façonne les politiques publiques
La Fondation des femmes dénonce une « norme du couple » autour de laquelle se sont construites les politiques publiques. Résultat : une mère solo sur cinq dort dans le salon, faute d’accéder à un logement assez grand. « Derrière ce chiffre, c’est tout un système qui se révèle : marché immobilier calibré sur le double revenu, frais de garde disproportionnés, contraintes professionnelles, charge mentale démultipliée, isolement, conflits avec le coparent », détaille la note.
D’autres exemples viennent illustrer les conséquences bien réelles du coût de la monoparentalité. « Les femmes seules ont 4 fois plus de chance qu’une femme en couple de ne pas pouvoir remplacer un meuble hors d’usage, de ne pas chauffer suffisamment leur logement, ou de ne pas manger de viande ou d’équivalent protéiné au moins tous les deux jours », détaille la note. On peut également y lire qu’ «environ 26 % ne peuvent considérer acheter des vêtements neufs, contre 7 % des couples ». Un quotidien fait d’« arbitrages permanents entre alimentation, loisirs, garde d’enfants, chauffage ou vacances ».
« La diversité des familles [séparation, veuvage ou mère solo par choix] reste un angle mort des politiques publiques, qu’elles soient sociales, fiscales et du logement. », déplore la Fondation des femmes.
Dix recommandations pour éradiquer la précarité de la monoparentalité
Pour en finir avec la fatalité de la précarité, la Fondation des femmes adresse dix recommandations. Le but ? « Mieux compenser le coût de la monoparentalité et sécuriser les parcours de vie des femmes », assure l’Observatoire.
Le spectre de leurs recommandations est large, allant des droits sociaux aux droits fiscaux ou encore familiaux. La note suggère notamment des mesures qui impactent concrètement le quotidien des familles monoparentales, comme faciliter l’accès aux services publics municipaux afin de réduire les inégalités territoriales. La question du logement est également centrale. L’Observatoire souhaite instaurer une aide au maintien au logement pour les familles monoparentales propriétaires de leur logement ayant des difficultés temporaires à rembourser leur crédit, ainsi que de sécuriser juridiquement les mères ayant la garde exclusive de leurs enfants qui déménagent pour améliorer leur niveau de vie dans l’intérêt des enfants.
En outre, la Fondation des femmes estime nécessaire de réviser les règles relatives à la Contribution à l’Entretien et à l’Éducation de l’Enfant (CEEE – ou pension alimentaire), d’allonger le congé maternité et le congé de naissance pour les mères élevant seules leur enfant dès la naissance ou encore d’établir des mécanismes compensateurs de la monoparentalité dans le système d’assurance retraite, afin de réduire le risque de pauvreté à la retraite chez les mères isolées.
Alors que « la monoparentalité agit comme un puissant facteur de précarisation économique pour les femmes », la Fondation des femmes presse les pouvoirs publics d’agir.
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