L’artiste et réalisatrice franco-iranienne Marjane Satrapi s’est éteinte à Paris ce 4 juin. Une immense vague de reconnaissance salue celle qui a changé le regard sur les femmes dans les régimes autoritaires et inspiré tant d’artistes.
Marjane Satrapi, artiste franco-iranienne, cinéaste et autrice de bandes dessinées dont l’autobiographie Persepolis a contribué à redéfinir le regard sur l’Iran et les Iraniennes, est décédée à l’âge de 56 ans. Dans un communiqué, ses proches ont déclaré qu’elle était « morte de chagrin après le décès de Mattias Ripa, son mari et l’amour de sa vie »
Avec la bande dessinée Persepolis, elle a raconté l’expérience d’une jeune fille confrontée à la révolution islamique, à la répression et aux injonctions faites aux corps féminins. Son expérience est devenue un récit universel de l’émancipation, un outil politique permettant à de très nombreuses lectrices de se reconnaître dans une histoire collective. Elle a aussi rompu avec les représentations misérabilistes des femmes iraniennes et, plus largement, des femmes vivant dans des régimes autoritaires. Persepolis est rapidement devenu un classique, traduit dans le monde entier et étudié dans les programmes scolaires.
L’autrice de Persepolis a aussi été une des rares femmes primées au Festival de la bande dessinée d’Angoulême. C’était en 2001. Ce qui ne l’a pas empêchée de porter le combat féministe dans ce milieu.
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En 2007, elle se tourne vers le cinéma avec l’adaptation en film d’animation de Persepolis, coréalisée avec Vincent Paronnaud. Son film remporte le Prix du Jury au Festival de Cannes et deux César.
Elle réalise ensuite l’adaptation de Poulet aux prunes en 2011, The Voices en 2014 et le film biographique Radioactive consacré à la physicienne Marie Curie en 2019,
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En 2023, l’autrice de BD a accompagné le mouvement de protestation contre le régime en Iran, déclenché au lendemain de la mort de Mahsa Amini, le 16 septembre 2022
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En janvier 2025, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d’honneur, dénonçant « une attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l’Iran. »
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En quelques heures, les hommages ont afflué pour saluer le courage politique, l’humour et le génie graphique d’une femme qui affrontait les dictatures et les clichés occidentaux.
« J’ai perdu ma sœur jumelle »
Sur son compte Instagram Riad Sattouf est « sous le choc ». L’auteur de L’Arabe du futur a exprimé toute sa tristesse. Il a commencé dans la bande dessinée « à peu près au même moment qu’elle, alors qu’elle rencontrait un immense succès avec Persepolis »…« Son œuvre a ouvert une voie que beaucoup ont suivie, et moi le premier », écrit-il
L’autrice Pénélope Bagieu, elle, n’a « pas les mots ». « Je suis sidérée et très, mais alors très, très triste. Et même si à côté ce n’est rien du tout, je pense à nous toutes, à qui elle a ouvert une porte, un possible. Elle a été tellement décisive pour moi. » Louison ajoute : « Marjane Satrapi, tellement d’autrices te continueront. »
Son ami, le dessinateur Joann Sfar, a exprimé son chagrin sur ses réseaux sociaux : « Tu as changé le monde avec des bandes dessinées et tu t’en foutais des bandes dessinées. J’ai perdu ma sœur jumelle. »
« Punk, Vie, Liberté »
« L’écouter parler des femmes, de l’Iran, de la liberté d’expression, de la liberté tout court, donnait de l’énergie et de l’espoir. C’était une femme radicalement libre » écrit Catherine Meurisse.
L’auteur de BD Luz se dit « dévasté » par la nouvelle de sa mort Marjane Satrapi « est arrivée dans nos vies de dessinateurs et dessinatrices comme un boulet de canon, avec son noir si dense et son trait si volontaire… un boulet de canon avec un rouge à lèvres pétard ». Dans Libération il la dessine : « Punk, Vie, Liberté ».
La Fondation de la prix Nobel de la paix iranienne Narges Mohammadi a écrit : elle « a consacré son œuvre et sa voix à la défense des femmes iraniennes » et elle « laisse un héritage artistique et culturel majeur ».
Marjane Satrapi « était brute, sauvage, drôle, elle était à nu, faisant fi des partis et des avis divergents, une immense force de caractère », écrit l’actrice franco-iranienne Mina Kavani.
Emmanuel Macron a salué « une grande artiste qui avait transformé son enfance iranienne en fable universelle», soulignant l’importance de son combat pour la liberté et les droits humains. De nombreux responsables politiques lui ont emboité le pas.

