Syndicats, associations de parents d’élèves et artistes rejoignent la coalition pour la « loi intégrale ». Alors que des manifestations sont prévues à Paris et dans toute la France ce samedi 4 juillet, la mobilisation citoyenne promet de durer jusqu’à l’adoption d’un texte doté de moyens à la hauteur.
« Un mouvement citoyen, humaniste, s’est emparé de cette loi-cadre intégrale », se félicite Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif National pour les Droits des Femmes, heureuse de voir la mobilisation contre les violences sexuelles dépasser les cercles féministes. La coalition féministe et enfantiste pour la loi intégrale n’en finit pas d’accueillir de nouveaux membres.
L’association de parents d’élèves FCPE vient de la rejoindre, tout comme la CFDT, qui s’ajoute aux syndicats déjà engagés. Par ailleurs, une tribune signée par de nombreux artistes assure une forte participation du monde de la culture. Ce qui porte à près de 170 le nombre d’organisations appelant à adopter cette loi.
Renverser la table
« C’est exceptionnel ce que la coalition a réussi à faire », se réjouit Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes. Créée en 2023, la coalition a été rejointe par un mouvement citoyen d’ampleur lors du terrible drame qui a coûté la vie à la jeune Lyhanna, mettant en lumière les défaillances de l’État dans la lutte contre les violences sexuelles et la protection des mineur·es. Anne-Cécile Mailfert analyse : « La lutte contre le patriarcat et l’adultisme, c’est la lutte contre l’appropriation des femmes et des enfants par les hommes. Au-delà, c’est la nature qu’ils s’approprient aussi dans l’intérêt de quelques-uns. Les questions sont liées. Nous voulons renverser les choses. »
Le samedi 4 juillet, celles et ceux qui se rassemblaient jusqu’ici les lundis soir partout en France vont battre le pavé. À Paris, le cortège s’élancera à 15 h de Bastille à Nation, avant un rassemblement en musique. Partout dans l’Hexagone, des défilés auront lieu (parfois dès le matin), tous répertoriés sur le site de la coalition. Les rassemblements du lundi soir reprendront ensuite dès le 7 septembre.
Prévention, éducation, protection
Lors d’une conférence de presse ce 2 juillet, les membres de la coalition ont fermement rejeté les « solutions » bruyamment avancées par la droite et l’extrême droite. Peine de mort, castration chimique ou simple durcissement de l’arsenal pénal : autant d’idées qui ne dissuadent pas les agresseurs et ne protègent pas les victimes. À quoi servirait-il d’augmenter la répression si les criminels restent persuadés que le système leur assure l’impunité ? Rappelons que 90 % des plaintes pour inceste et 94 % des plaintes pour viol sont aujourd’hui classées sans suite.
Face à cela, la coalition prône un changement de paradigme : « La prévention et l’éducation, notamment avec l’EVARS (Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle) à l’école, sont fondamentales. Mais aussi l’accompagnement des victimes, la prise en compte de leur santé physique comme psychique, la garantie d’un parcours pénal protecteur, la lutte contre la récidive et la réparation. »
3 milliards
Elle rappelle aussi que, « une coalition parlementaire transpartisane (regroupant l’ensemble des groupes politiques, hors RN et UDR) a déjà élaboré une proposition de loi à partir de ces exigences, en étroite collaboration avec les associations expertes. Le texte est déposé depuis début décembre sur le bureau de l’Assemblée nationale. La coalition réclame sa mise à l’ordre du jour prioritaire, ainsi que les moyens financiers nécessaires à sa mise en œuvre : 3 milliards d’euros par an.»
Mais rien n’est encore gagné. Si le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a assuré que la loi serait débattue en octobre, il en a immédiatement limité la portée.
La coalition prévient : « Nous marcherons partout en France contre les violences sexuelles, pour cette loi et des moyens le 4 juillet et tout le temps qu’il le faudra. Nous ne lâcherons pas. »
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