Première ministre des Droits des femmes de plein exercice, Yvette Roudy a combattu les inégalités et – plus difficile encore ! – le mépris du féminisme.
A l’annonce de sa mort, le 18 août dernier, beaucoup ont découvert qui était Yvette Roudy. Le Parisien assure que, parmi les jeunes générations engagées dans la défense des droits des femmes, beaucoup ignorent son nom ou ce qu’elles lui doivent. C’est vertigineux : celle qui a lutté contre l’invisibilisation du féminisme ne tient pas une grande place dans la mémoire collective. Le système patriarcal d’invisibilisation des luttes féministes est toujours en forme.
« On a changé des lois, mais les mentalités n’ont pas suivi. »
Pourtant, comme l’écrit l’Assemblée des femmes qu’elle avait fondée en 1992 : « Le remboursement de l’IVG, la parité, l’égalité pro c’est elle. »
Mais, déplorait Yvette Roudy à la fin de sa vie : « On a changé des lois, mais les mentalités n’ont pas suivi. Le pouvoir reste profondément masculin, et notre société demeure intrinsèquement misogyne. »
Elle s’est cependant battue autant pour faire voter des lois que pour changer les mentalités.
Née en 1929 dans une famille modeste, Yvette Roudy s’est très tôt révoltée contre les injustices réservées aux femmes. Elle a commencé à travailler comme dactylo à 17 ans puis a vécu trois ans en Ecosse avec son mari. A son retour en 1955, elle passe son baccalauréat et rejoint Colette Audry, ancienne résistante, socialiste et féministe, proche de Pierre Mendès-France. Yvette Roudy traduira le livre « La femme mystifiée » de la féministe américaine Betty Friedan, ce qui contribuera à son entrée dans le militantisme au Mouvement Démocratique Féminin (MDF) d’abord. En 1965, elle fonde le journal La Femme du XXe siècle..
Militante
Elle soutien le candidat à la présidentielle François Mitterrand et s’engage à ses côtés au Congrès d’Epinay en 1971. Avec elle, Mitterrand défendra le droit à la contraception. En 1979, elle est élue députée européenne, où elle fonde la commission des droits des femmes.
Dès l’élection présidentielle de 1981, elle est nommée Ministre déléguée chargée des Droits de la femme dans le gouvernement de Pierre Mauroy. « On disait alors ‘le’ ministre et les droits de ‘la’ femme, tant l’essentialisation des femmes et leur invisibilité dans la sphère publique était alors ancrée dans les esprits » note le blog maçonnique qui célèbre « notre Sœur Yvette Roudy. » Puis en 1984, dans le gouvernement de Laurent Fabius, c’est un ministère de plein exercice qui lui est confié : elle devient Ministre des Droits de la femme. (Il faudra attendre 2012 et l’élection du socialiste François Hollande pour retrouver un ministère de plein exercice confié à Najat Vallaud-Belkacem).
Conquêtes et résistances
Durant ces années, elle fera adopter plusieurs grandes lois. Signataire en 1971 du « Manifeste des 343 » pour le droit à l’avortement, elle fait aboutir le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse par la Sécurité sociale en 1982.
Un an plus tard, la loi du 13 juillet 1983 sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes interdit notamment les discriminations liées au sexe dans l’embauche, la formation et la promotion et introduit le principe du « rapport de situation comparée » dans les entreprises.
Mais la ministre devra faire face à de féroces opposition lorsqu’elle voudra faire adopter une loi anti-sexiste ». Les publicitaires, qui ne veulent pas renoncer à chosifier et sexualiser les femmes, la traitaient d' »ayatollah »
Elle subira aussi les foudres de l’Académie française quand elle créa en 1984 une commission pour la féminisation des noms.
Les ciel des machos
Dans ces épreuves, le soutien fut très mou, voire inexistant dans les rangs socialistes. « Le ciel des machos me tomba sur la tête et faillit m’engloutir », écrira-t-elle dans un de ses livres, « Mais de quoi ont-ils peur ? Un vent de misogynie souffle sur la politique », paru en 1995. Elle analyse la résistance masculine au pouvoir des femmes. L’éditeur présente le livre comme une dénonciation de la misogynie qui imprègne la société et la politique.
En s’éteignant à l’âge de 97 ans, Yvette Roudy laisse derrière elle des conquêtes sociales majeures, mais aussi un constat amer. Malgré les lois votées et les batailles menées pour faire évoluer les mentalités, le système continue de résister. Yvette Roudy restera une étoile dans le ciel des machos, qui continue de tomber sur les têtes des féministes.

