
Dans son discours à la convention républicaine, la femme du candidat a dressé un état des lieux du sexisme ordinaire. Mais semble le considérer comme allant de soi.
Ann Romney, « atout coeur » de son mari Mitt, candidat républicain à la Maison Blanche : c’est l’image qui est ressortie du discours qu’elle a prononcé, mardi 28 août, lors de la convention républicaine. Un discours « d’amour », à destination des femmes, avec un objectif bien précis : « récupérer un électorat féminin encore particulièrement insensible aux charmes de l’ex-gouverneur du Massachusetts », observent les correspondants de Libération. Et faire oublier les accusations de « guerre aux femmes » que les démocrates accusent les républicains de mener. (Lire : Paul Ryan, symbole de la « guerre aux femmes » ou encore En pleine controverse, les Républicains restent fermes contre l’avortement)
Cette opération de charme a été jugée plutôt réussie, jusqu’aux médias étrangers : Le Parisien propose ainsi un diaporama sur celle qui « exploite tous ses talents. Et pas seulement ses dons de cuisinière. »
« Vous entendrez les femmes soupirer un peu plus fort »
Mais sur le blog XX Factor, hébergé par le site Slate.com, Amanda Marcotte est allée un peu plus loin dans l’analyse de son discours.
Extraits du message d’Ann Romney : « Ce sont les mères qui doivent toujours travailler un peu plus » ; « vous savez ce que c’est de travailler un peu plus dur dans la journée pour gagner le respect que vous méritez, puis, en rentrant à la maison, d’aider votre enfant à sa rédaction » ; vous connaissez « ces appels de parents âgés au milieu de la nuit et les longs trajets le week-end pour leur rendre visite » ; vous connaissez « la route des urgences, et les numéros des médecins de garde ».
Elle avait commencé son adresse aux femmes avec cette formule : « Si vous écoutez attentivement, vous entendrez les femmes soupirer un peu plus fort que les hommes. C’est comme cela que ça se passe, non ? »
« Accepter le prix »
Pour Amanda Marcotte, Ann Romney a ainsi « proposé une description de ce que les féministes appellent le ‘sexisme systémique’, une liste des injustices que les féministes cherchent, avec quelques succès, à éliminer ».
Ce constat dressé par l’épouse du candidat est juste. Le problème est qu’il ne comporte pas la moindre remise en cause de cet état de fait, observe Amanda Marcotte, qui dénonce ainsi l’attitude d’Ann Romney : « Au lieu de demander l’égalité, elle encourage ses auditrices à accepter le prix de leur martyr ».
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Photo : Ann Romney à Washington en 2011. Par Gage Skidmore
