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Accueil de la petite enfance : le gouvernement veut changer de cap

par Arnaud Bihel

Bertinotti

Pas d’objectif global de création de places d’accueil pour les moins de 3 ans, mais un « maillage » renforcé pour faire face aux inégalités. La ministre de la Famille veut également abroger le décret contesté qui assouplissait l’encadrement dans les crèches.


Créer 200 000 nouvelles places d’accueil pour les enfants de moins de 3 ans : c’était un objectif, à peu près tenu, du précédent gouvernement. Et il en faudrait encore deux fois plus, selon les observateurs, pour répondre aux besoins. François Hollande avait annoncé pendant la campagne présidentielle sa volonté de mettre en place un « service public » de la petite enfance.

Mais la ministre déléguée à la Famille ne veut pas d’objectifs chiffrés de manière aussi globale. Dominique Bertinotti a précisé sa politique, mercredi 10 septembre en Conseil des ministres. Elle préfère « qu’à la fin de cette mandature le territoire soit maillé d’une offre de solutions permettant d’offrir un accueil aux enfants de moins de 3 ans. » Car le manque de places d’accueil se distingue surtout par des inégalités sociales et territoriales ». L’offre d’accueil « varie ainsi, selon les départements, de 26 à 76 places pour 100 enfants de moins de 3 ans », observe la ministre.

Pour Dominique Bertinotti, la réponse à ces inégalités sera l’enjeu de la négociation de la nouvelle Convention d’objectifs et de gestion (COG) entre l’État et la CNAF pour la période 2013-2016, qui doit être signée d’ici au printemps 2013. Dans ce cadre la ministre entend mettre en œuvre « une meilleure coordination des acteurs et la définition d’un pilotage ». Même si cet objectif était déjà inscrit noir sur blanc dans le COG 2009-2012. Si la ministre ne l’évoque pas ce mercredi, cette politique de diversification s’appuiera aussi sur un renforcement de la scolarisation avant 3 ans, un objectif du ministre de l’Education.

400 parents pour une concertation

Et Dominique Bertinotti en profite pour annoncer l’abrogation prochaine du décret du 7 juin 2010 relatif aux établissements et services d’accueil des enfants de moins de six ans, dit « Décret Morano ». Ce texte, qui autorise le surnombre des enfants certains jours de la semaine et accroît la proportion de personnel non qualifié dans les crèches, avait été vivement contesté à l’époque par les professionnels de la petite enfance, sous le mot d’ordre « Pas de bébé à la consigne ». Dans le cadre de la nouvelle convention, ce décret sera « remplacé par des dispositifs cohérents avec les nouvelles orientations ainsi définies », annonce Dominique Bertinotti.

La ministre entend également s’appuyer sur une consultation citoyenne baptisée « Au tour des Parents »,  réunissant également les acteurs de la politique familiale, qui sera lancée dans les prochains jours. 400 parents tirés au sort participeront à des « ateliers citoyens » qui se tiendront dans quatre régions (Pays de la Loire, Nord Pas de Calais, Bourgogne, Midi-Pyrénées). Les conclusions de cette consultation seront présentées lors d’une rencontre nationale en début d’année 2013.

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3 commentaires

Od6 11 octobre 2012 - 16:19

Quand nos élus parlent de nombre de places en crèches pour les moins de trois ans, peut-on bien se faire préciser qu’il s’agit de places à temps plein (5 jours par semaine, donc) pour éviter le subtile jonglage des chiffres en comptant par exemple deux bébés à mi-temps (sur des temps de présence successifs) comme deux places…
Il faudrait être sûr de bien compter comme en entreprise sur un nombre de places ETP (équivalent temps plein) !
Les 2 ou 3 demi -journées par semaine par enfant accordées en halte-garderie sont comptées comment, par exemple ? Comme une place ? Comme 1/5e de place ?
Bref, de quoi parle-t-on vraiment ? Prudence, prudence, avant de crier victoire …

Comment une femme peut-elle s’investir et surtout s’intégrer sérieusement dans le monde du travail si c’est ce genre de solution partielle de garde d’enfant qu’on lui propose, la contraignant à travailler à temps partiel avec toutes les conséquences que l’on connait liées au temps partiel (précarisation de l’emploi, dépendance financière, moindre perspective de carrière…) ?

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Lili 15 octobre 2012 - 12:07

« Od6 »

Il faudrait être sûr de bien compter comme en entreprise sur un nombre de places ETP (équivalent temps plein) !
Les 2 ou 3 demi -journées par semaine par enfant accordées en halte-garderie sont comptées comment, par exemple ? Comme une place ? Comme 1/5e de place ?
Bref, de quoi parle-t-on vraiment ? Prudence, prudence, avant de crier victoire …

Comment une femme peut-elle s’investir et surtout s’intégrer sérieusement dans le monde du travail si c’est ce genre de solution partielle de garde d’enfant qu’on lui propose, la contraignant à travailler à temps partiel avec toutes les conséquences que l’on connait liées au temps partiel (précarisation de l’emploi, dépendance financière, moindre perspective de carrière…) ?

Pourquoi seulement poser la question des femmes? Les hommes aussi doivent être concernés par la garde des enfants !!!
Pourquoi le travail à temps partiel est-il obligatoirement un frein de carrière? Pourquoi ne pas admettre que le salarié, homme ou femme, peut être motivé et performant tout en réduisant son temps de travail (en commençant par le refus du présentéisme et des heures sups systématiques), et notamment à certaines périodes de la vie? On n’est pas des machines, et le discours qui consiste à substituer la présence parentale par de la garde externalisée aboutit a accepter le diktat du tout-économique et du boulot-roi. A se conformer donc à la vision masculine de la société et à piéger les hommes et les femmes encore plus au lieu faire du féminisme l’occasion de remettre en question aussi le mode de vie (et de travail) des hommes.

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mum65 18 octobre 2012 - 16:46

« Pourquoi seulement poser la question des femmes? « 
= parce que dans les faits actuels, pour le moment, c’est comme ça que ça se passe !
Avant de changer le monde, c’est déjà pas mal d’aider à résoudre les problèmes du quotidien …

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