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Accueil de la petite enfance : la politique du chiffre est de retour

par Arnaud Bihel

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Le gouvernement promet la création de 275 000 places d’accueil pour la petite enfance d’ici à 2017. Avec toutefois quelques zones d’ombre.


 

Des chiffres, encore des chiffres. En même temps qu’il annonçait la baisse du plafond du quotient familial, le Premier ministre a promis, lundi 3 juin, la création de 275 000 places d’accueil pour les enfants de moins de 3 ans avant la fin du quinquennat. Il s’agira de 100 000 places en crèche, autant chez les assistantes maternelles et 75 000 en pré-scolarisation. Un budget de 2 milliards d’euros supplémentaires sera consacré à cet effort.

Confirmation

Cette annonce confirme une nouvelle tendance de la part du gouvernement. Jusque là la ministre de la Famille, Dominique Bertinotti, s’était déclarée opposée à toute « politique du chiffre » quant à l’accueil de la petite enfance, la priorité affichée étant la correction des inégalités territoriales (Voir : Petite enfance, des politiques et des chiffres).

Mais le 25 avril, déjà, Najat Vallaud-Belkacem faisait part d’un « objectif de 80.000 à 100.000 places » en crèche créées d’ici à 2017. Cette objectif se transforme donc en promesse.

Places à l’école : chiffres trompeurs

Quant aux 75 000 places annoncées en pré-scolarisation, le chiffre n’est pas vraiment nouveau, même s’il semble un peu gonflé. En effet, les créations de postes envisagées dans les écoles maternelles permettraient de scolariser 60 000 enfants de moins de trois ans supplémentaires d’ici à la fin du quinquennat (Voir : 3 000 postes (seulement) pour scolariser les moins de 3 ans).

Selon Jean-Marc Ayrault, le précédent gouvernement avait « réduit de 55 000 le nombre d’enfants de moins de 3 ans scolarisés ». Manière de laisser entendre que sous François Hollande ce qui a été défait sera réparé. Mais le Premier ministre prend là encore quelques libertés avec les chiffres : de fait, les données existantes font état de 54 000 places supprimées, mais pour la seule période 2008-2011. Et sur les dix dernières années, le nombre d’enfants scolarisés avant l’âge de trois ans a diminué de 165 000. Trois fois plus.

Réduire les inégalités

Les 275 000 nouvelles places annoncées, au total, seront-elles suffisantes pour combler le déficit ? Pas complètement. Selon les estimations, le manque de places pour l’accueil des moins de 3 ans en France va de 300 000 à 500 000.

Le gouvernement précédent s’était, lui, fixé un objectif de création de 200 000 nouvelles places ; il ne l’a pas tenu (Voir : Les bons et mauvais comptes de l’accueil de la petite enfance).

Et au-delà de ces chiffres globaux, l’attention devra être portée sur les inégalités territoriales : selon les départements, les capacités de garde varient fortement, de 9 à 80 places pour 100 enfants. Le Premier ministre a annoncé, à cet effet, la création d’un fonds de réduction des inégalités territoriales et promet d’améliorer le pilotage territorial de l’offre de garde.

 

Photo : Joseph Melin – CG94 sur Flickr. Crèche des Deux Lions à Saint-Maur (94)

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4 commentaires

Lili 3 juin 2013 - 12:43

Petite question de curiosité. La crèche semble être (d’après les articles lus ici ou là) le « mode de garde préféré des familles », y compris par rapport aux assistant(e)s mater. Ce qui m’étonne un peu : est-ce moins cher? Autres raison?

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arnaudbihel 3 juin 2013 - 12:57

@lili C’est moins cher. Sans doute aussi un encadrement collectif fait-il moins peur. Pour autant, dans les faits, la garde est d’abord le fait d’assistantes maternelles : sur 100 enfants de moins de 3 ans, 28 sont gardés par une assistante maternelle, 15 sont en crèche, 5 sont scolarisés.

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Cecil 5 juin 2013 - 08:32

Lili, tres rapidement personnel plus qualifié en crèche avec 4 ans d’études pour les puéricultrices, 3 ans pour les éducatrices de jeunes enfants, 1 an pour les auxiliaires de puériculture et cap petite enfance contre 120 heures pour les assistantes maternelles. Aussi, les professionnels travaillent en équipe donc moins de risques mauvais traitement si épuisement professionnel, rencontre avec d’autres familles, présence de psychologue, psychomotricité, etc.

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titi 5 juin 2013 - 17:45

« Lili »
Petite question de curiosité. La crèche semble être (d’après les articles lus ici ou là) le « mode de garde préféré des familles », y compris par rapport aux assistant(e)s mater. Ce qui m’étonne un peu : est-ce moins cher? Autres raison?

en plus de ce qui vos a déjà été répondu, je rajouterais que Pour certains parents il peut aussi sembler difficile de confier son enfant à une seule et même personne.. qui au final souvent passera plus de temps avec lui qu’avec eux même…peur d’une certaine rivalité… dans un lieu qui bien qu’aménagé d’une certaine maniere reste un lieu perso une maison et pas une structure d’accueil petite enfance.. pour ceratins la craainte aussi que l’asmat vague à d’autres occupation pdt son temps de travail puisqu’elle est chez elle … et enfin davantage l’aspect socialisation de l’enfant surtout quand il grandit avant l’entrée à l’école qui interesse plus particulierement…

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