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L’affaire Weinstein, une histoire sans fin

par La rédaction

Harvey Weinstein à la cérémonie des César 2014. Par Georges Biard [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Après des années de silence, le producteur Harvey Weinstein doit répondre de multiples agressions sexuelles. Une fois encore, la parole a fini par se libérer. Une fois encore, les réactions témoignent de la difficulté à briser l’omerta.

Le couvercle qui tenait depuis des dizaines d’années a sauté. Et l’explosion est l’une des plus puissantes jamais entendues. Depuis que le New York Times, puis le New Yorker, ont brisé le silence sur les agressions sexuelles – jusqu’à des viols – commises par Harvey Weinstein, plus de vingt actrices ont raconté ce que leur a fait subir le producteur, l’un des plus puissants d’Hollywood.

Après les affaires DSK ou Baupin en France, après Roger Ailes ou Bill Cosby aux États-Unis… toujours les mêmes constats et les mêmes espoirs : est-ce enfin un tournant pour la libération de la parole des victimes de violences sexuelles ?

Gretchen Carlson, qui avait porté plainte pour harcèlement sexuel contre Roger Ailes et provoqué la chute, à l’été 2016, de ce magnat des médias, écrit dans le New York Times : « J’espère que cette affaire Weinstein marquera le début d’un changement radical dans le traitement par notre société des travailleuses harcelées sexuellement ». Souvenir amer : la chute de Roger Ailes était déjà censée marquer le signal d’une nouvelle ère.

Car les raisons du silence sont nombreuses. La difficulté à parler du viol subi en famille (rappelons que dans plus de 80% des cas, le violeur est un proche), vaut aussi d’une certaine façon dans une famille politique, comme dans ces « grandes familles » des médias ou du cinéma.

Dans les relations professionnelles, dont Harvey Weinstein a tiré profit depuis son piédestal de producteur tout-puissant, la peur des représailles joue un rôle majeur dans la difficulté à parler, rappelle aussi Gretchen Carlson.

En France d’ailleurs, selon l’AVFT (association contre les violences faites aux femmes au travail), 95% des femmes que l’association accompagne dans leur plainte pour des faits de harcèlement ont perdu leur travail.

Et puis il y a l’après. Oui, la parole des femmes, malgré tout, se libère. Mais les voix qui cherchent à les décrédibiliser sont toujours là. Dans l’affaire Weinstein, certains estiment que les victimes doivent aussi rendre des comptes : pourquoi n’ont elles pas parlé avant ?

 

C’est oublier le réseau de protection et les moyens de pression dont disposait ce magnat d’Hollywood. Sur les femmes qu’il a harcelées comme sur les médias, d’ailleurs, ainsi que le souligne cet article du New York Times. Qui se conclut par cet exemple : en 2015, la mannequin Ambra Battilana portait plainte contre Harvey Weinstein. Quelques jours plus tard un journal, le New York Post, faisait d’elle une intrigante.

Car rejeter la faute sur les victimes, ce victim blaming constitutif de la culture du viol, cela passe aussi par la théorie du « Elle l’a bien cherché ». Dans une récente enquête européenne, presque une personne interrogée sur cinq (17%) se montrait d’accord avec l’idée que la violence à l’encontre des femmes « est souvent provoquée par la victime » La créatrice de mode Donna Karan a par exemple défendu Harvey Weinstein en déclarant au Daily Mail que « les femmes cherchent des ennuis en s’habillant de cette manière ».

« Vraiment ? », lui répond l’actrice Jamie Lee Curtis dans le HuffingtonPost : « J’ai, moi aussi, été confrontée à mes propres expériences de harcèlement sexuel au travail. Est-ce que je l’ai cherché ? Non. Ce que je cherchais, c’était un boulot, et ce qui est advenu, c’était du harcèlement sexuel ».

Reste malgré tout l’espoir que cette affaire Weinstein soit un pas de plus, encore un, pour en finir avec les prédateurs, la masculinité toxique et cette « culture de la complicité » que dénoncent aujourd’hui plusieurs journaux aux États-Unis. Jamie Lee Curtis conclut :

« Peut-être la vérité se fera-t-elle sur d’autres agressions sexuelles, qu’elles soient le fait d’un gouverneur, d’un président ou d’un candidat, d’un directeur de studio ou d’une star du cinéma, d’un grand patron ou de n’importe quel complice de cette connerie de club de mecs milliardaires qui finira par connaître une fin sans gloire. »

 

 

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1 commenter

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flo 12 octobre 2017 - 13:43

J’ai aussi été choquée par la réaction de Besnehard qui s’étonnait que « Weinstein, avec le fric qu’il avait, ne se soit pas payé des call girls pour assouvir…. bla bla… » Ben oui quoi, quand on a envie d’avilir, y’a les p… pour ça !

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