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Agriculture urbaine, une réponse à la crise alimentaire

par Isabelle Germain

caracasParfois perçue comme une mode « bobo », l’agriculture urbaine contribue avant tout à diminuer la faim, le chômage, la pollution, la chaleur dans les villes, mais elle nécessite une organisation qui tarde à venir. Une idée à creuser à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la faim du 16 octobre.


  

Sur les toits de la frénétique ville de Tokyo poussent tranquillement des patates douces et des tomates. Dans les bidonvilles de Juba, au Sud-Soudan, c’est l’amarante, cette plante très nourrissante, qui s’épanouit dans des sacs de terre. Et dans les années à venir, l’agriculture devrait se développer dans les grandes villes, assurent de nombreux experts de la sécurité alimentaire ainsi que le programme des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Dans la capitale nipponne, les autorités envisagent de cultiver 20% des surfaces de grands immeubles. Et dans les pays pauvres, l’agriculture urbaine devient une urgence.

Près d’un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde. Le bilan s’est alourdi avec l’envolée des prix en 2007 générant les émeutes de la faim. Les urbains sont les premiers consommateurs de produits agricoles et grossissent les chiffres de la sous-alimentation. 5,3 milliards de personnes vivront en ville en 2050 pour environ 3,5 milliards aujourd’hui.  « La crise alimentaire mondiale est issue d’un modèle de développement qui ne marche pas car il ne tient pas compte du contexte local. Les urbains y sont particulièrement vulnérables, » estime Florence Egal, responsable de l’initiative Food for Cities du FAO. Le FAO travaille donc à l’élaboration d’un modèle d’agriculture urbaine viable.

Un phénomène mondial

Dans les pays occidentalisés, réflexions et pratiques avancent elles aussi, motivées par des considérations plus sociales et écologiques : insertion sociale dans les jardins d’insertion, volonté de créer des circuits courts entre le producteur et le consommateur dans les systèmes d’AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), convivialité des jardins communautaires au Canada, à Rennes ou à Paris, biodiversité en ville et régulation climatique, réduction de la pollution liées aux transports et diminution importante des prix à la vente.

Les zones périurbaines offrent des espaces cultivables tout en restant proches des centres. La région Ile-de-France réfléchit ainsi sérieusement à préserver et à intégrer son agriculture périurbaine à l’accroissement galopant de sa surface urbaine. Certaines villes américaines confrontées à leur déclin ont décidé de transformer leurs banlieues pavillonnaires couteuses et délaissées suite à la crise des subprimes : Pittsburgh a d’ores et déjà rasé une centaine de parcelles pour y installer jardins communautaires et fermes urbaines. De nombreuses initiatives se font aussi jour dans les pays en développement pour pallier les crises : maraîchage périurbain à Oulan Bator (Mongolie) par Action contre la faim ou agriculture urbaine planifiée à Rosario (Argentine) (lire ci-dessous).

Cultures à tous les étages

Mais, au Nord comme au Sud, la culture en zones denses se heurte au manque d’espaces : l’agriculture verticale prend alors le relais, hors-sols, dans les centres-villes. Des cultures en sacs ont ainsi été développées dans les bidonvilles de Nairobi (Kenya) par l’ONG Solidarités (lire ci-dessous) et les expériences de potagers sur les toits fleurissent au Canada. En version technologique et futuriste, des prototypes de serre biologique verticale en ville laissent penser qu’il serait possible de produire, pour une occupation au sol d’un hectare, l’équivalent de 10 hectares cultivés (voir aussi l’article « Dossier richesses. Trois nouveaux défis pour la ville : proximité, mobilité et écologie »). Des architectes planchent très sérieusement sur l’idée de tours agricoles pour cultiver dans les étages.

L’agriculture en sacs conquiert les bidonvilles kenyans et soudanais

De gros sacs tressés blancs encadrent les pas de portes des bidonvilles de Nairobi. Des feuilles de choux ou d’épinards y poussent en surface et par des trous percés sur les côtés des sacs, parfois quelques tomates ou oignons. Des décharges ont même été nettoyées par les habitants pour les entreposer. A Kibera –l’un des plus grands bidonvilles d’Afrique noire- Mathare ou Kiambu, 11 000 familles peuvent ainsi cultiver des aliments de base grâce à l’initiative lancée début 2008 par l’ONG française Solidarités : « 70% de la population de Nairobi vit en bidonville dans une pauvreté à peine imaginable, aggravée par la crise des prix agricoles, » explique Peggy Pascal, ingénieur agronome et référente en sécurité alimentaire chez Solidarités, « Le chou est l’accompagnement de base des céréales au Kenya, mais il est beaucoup plus cher. Nous estimons que 6 sacs cultivés permettent à une famille de 6 personnes de manger 6 repas par semaine. La vente des surplus leur rapporte 6 euros environ, alors qu’un loyer mensuel moyen s’élève à 8 euros par mois. C’est un apport alimentaire et financier considérable.»

L’agriculture en sacs multiplierait « par 4 ou 5 » les surfaces cultivées pour seulement ½ m² d’emprise au sol. Elle économiserait l’eau, emprisonnée dans le sac. L’ONG entame le même programme dans les bidonvilles de Juba, la capitale du sud-Soudan : les premiers sacs ont germé. Un projet plus petit est envisagé en Thaïlande. « Il semble que pas mal d’ONG se lancent dans ce type de projet et c’est plutôt bon signe, » se félicite Peggy Pascal. « Il est important que les bailleurs de fonds prennent la mesure des enjeux énormes de l’agriculture urbaine. »


Trois questions à Nathalie Ernoult, Membre du Conseil d’administration d’Action contre la faim, consultante pour les ONG

« Une autonomie alimentaire et économique »

L’agriculture urbaine peut-elle être une réponse des pays en développement à la crise alimentaire mondiale?

C’est un véritable amortisseur anti-crise économique dans un contexte où le prix des denrées de base a augmenté : elle représente un apport nutritionnel pour les populations urbaines pauvres et permet souvent une diversification alimentaire, des économies dans l’achat de nourriture et un complément de revenus par la vente des surplus.

Pourquoi ne pas simplement améliorer les infrastructures de transports de nourriture entre campagnes et villes ?

Renforcer les infrastructures entre villes et périphéries lointaines est nécessaire mais en cas de guerre ou de catastrophe, les ruraux se réfugient en ville où leur extrême pauvreté les prive d’accès aux marchés alimentaires. L’agriculture urbaine est source d’emploi, une des rares dont les barrières à l’entrée soient basses…Elle fournit une autonomie alimentaire et économique.

Dans quels contextes Action contre la faim a-t-elle lancé ses programmes d’agriculture urbaine ?

Nous intervenons justement dans des contextes d’urgence. Notre programme d’agriculture périurbaine à Oulan Bator, en Mongolie, s’est par exemple mis en place en 2002 après l’effondrement de l’élevage lié à des catastrophes climatiques : les populations démunies ont fui massivement vers la capitale. Des jardins maraîchers ont été créés en banlieue proche. Nous avons ensuite structuré les circuits de distribution pour leur permettre d’accéder aux marchés de centres-villes.


« Il faut encadrer rigoureusement l’agriculture en ville »

Eric Levron, urbaniste de formation, expert en moyens d’existence durable en milieux urbains pour le Haut commissariat pour les réfugiés des Nations unies (UNHCR).

« Les pouvoirs locaux doivent planifier l’agriculture en ville si l’on souhaite la pérenniser. Dans les contextes d’urgence, elle se révèle très efficace comme source rapide de nourriture mais aussi très anarchique. L’élevage peut créer des problèmes de voisinage, la pollution urbaine génère des produits de moyenne qualité. Surtout, la ville peut se distendre au point de ne plus en être une : une ville étalée ne permet plus d’assurer les services nécessaires à sa survie dans les pays pauvres, l’eau potable par exemple. L’agriculture urbaine marche très bien quand les pouvoirs locaux encadrent son développement : à Rosario par exemple, en Argentine, la municipalité a mobilisé une partie de sa capacité foncière en première couronne pour les cultures. Elle souhaitait créer des emplois en réaction à la crise financière de 2001. Avec l’aide d’ONG, elle a mis en place les systèmes d’irrigation puis les filières de commercialisation en partenariat avec les grandes surfaces. »

 

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2 commentaires

las vegas 19 octobre 2009 - 21:21

c est pas bete a suivre

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jase 10 novembre 2009 - 17:50

Compte -tenu des difficultés invraisemblables pour s’installer en exploitant agricole,cette évolution vers l’autoproduction est la meilleure solution.
Voir les systèmes en FRANCE!

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