Après les conflits, les filles soldates invisibles

par La rédaction
IRIN

Au Sri Lanka, une affiche met en lumière la détresse des filles soldats. Photo : Rebecca Murray/IRIN

40% des enfants soldats seraient des filles. Mais elles ne comptent que pour 5% des enfants engagés dans les programmes de réintégration.


 

Les filles soldates sont quasiment « invisibles dans les processus de démobilisation ». C’est ce que déplore l’IRIN, un service du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies.

Pas moins de 40% des centaines de milliers d’enfants soldats impliqués dans les conflits à travers le monde aujourd’hui seraient des filles. Mais elles ne sont pas plus de 5% à suivre les programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) destinés aux enfants soldats. « Personne ne sait ce qu’il advient de la majorité des filles associées aux groupes armés après un processus de DDR », selon un document de la Banque Mondiale cité par l’IRIN.

Peur de la stigmatisation

L’invisibilité des filles dans les programmes de DDR est également due aux présupposés des responsables de ces programmes. Elles sont plus souvent considérées comme des « suiveuses » que comme des combattantes. « Les garçons armés sont plus faciles à repérer et à craindre », note un ancien responsable de DDR en République démocratique du Congo.

Autre raison de cette invisibilité : de nombreuses filles cacheraient leurs liens passés avec des groupes armés par peur de la stigmatisation liée au fait qu’elles seraient considérées – à tort ou à raison – comme des esclaves sexuelles. De fait, « les violences sexuelles semblent être généralisées », souligne l’IRIN.

Paradoxe de l’égalité

Pour autant, relève l’organisme, il existe une autre « réalité dérangeante : certains conflits favoriseraient l’émancipation des filles ». Cela a notamment été le cas dans les groupes marxistes-léninistes en Colombie (FARC et ELN), au sein de la guérilla maoïste au Népal ou du Front de libération du peuple érythréen. Mais dans ces trois cas le retour aux inégalités de la vie civile s’avère difficilement surmontable.

« Beaucoup d’anciennes combattantes érythréennes ont préféré la guerre à la période qui l’a suivie… Elles avaient le sentiment d’être respectées, d’être les égales des hommes et d’être autonomes, mais après la guerre, les femmes ont tout perdu lorsqu’elles ont été réduites à leur rôles sexuels traditionnels », indiquait par exemple un rapport de 2008 intitulé « Young Female Fighters in African Wars, Conflict and Its Consequences« .

 

Photo : Rebecca Murray/IRIN. Au Sri Lanka, une affiche met en lumière la détresse des filles soldats

 

 

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3 commentaires

hic 18 février 2013 - 18:50

Cela a aussi été vrai en Europe dans une certaine mesure; pendant les guerres, les hommes partis au front, les femmes faisant tourner le pays.

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Lili 19 février 2013 - 13:51

Merci de mettre en avant ce phénomène, que je découvre alors que mon travail aurait du m’y sensibiliser.
Le lien vers l’IRIN aboutit à une page d’erreur cependant.
Sait-on si les filles-soldats ont pendant la guerre la même « fonction » que les garçons? Il me semble difficile d’envisager que les stéréotypes ne fonctionnent pas dans la manière dont les chefs de guerre organisent, dirigent et envoient se faire tuer leurs bataillons d’enfants.

Pour avoir été en contact avec la question du « retour à la vie civile » des adolescents de la guerre en Côte d’Ivoire, j’ai bien l’impression que entre les stéréotypes (que vous évoquez) et la difficulté énormissisme que pose ce retour, le cadre « mère de famille, enfants et jardin familial » pour les filles permet de « résoudre » une partie du problème… Les garçons aussi, pour pas mal d’entre eux, préféraient la période de guerre à celle qui a suivie…

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arnaudbihel 19 février 2013 - 13:54

« Lili »
Le lien vers l’IRIN aboutit à une page d’erreur cependant.

Ah oui, tiens. Mais le problème vient du site de l’IRIN.

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