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Au Festival d’Avignon, les femmes s’évaporent

par Arnaud Bihel

AvignonLa (non) présence des femmes au festival de Cannes fait polémique depuis plusieurs années. Qu’en est-il de son équivalent au théâtre, le festival d’Avignon, qui se déroule en ce moment ? Les Nouvelles NEWS ont fait le décompte. Sans surprise, on est – très – loin de la parité.

 

Preuve que la question du genre et de la représentation femmes/hommes n’est pas encore complètement intégrée, il est difficile de trouver une comptabilisation du nombre de femmes auteures, metteuses en scène ou chorégraphes présentes cette année au festival d’Avignon. Que ce soit au sein de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), qui publie chaque année une plaquette « Où sont les femmes ? », ou du côté du festival lui-même, qui pourtant donne de nombreux chiffres ici. Mais point d’analyse genrée. Qu’importe, on l’a fait nous-mêmes.

Nous nous sommes intéressés au « In » car, comme le souligne le mouvement HF, qui milite pour une égalité femmes/hommes dans la culture1, c’est la partie du festival qui bénéficie de subventions publiques (elles représentent plus de la moitié de son budget). L’enjeu est donc plus important, pour que l’argent public soit distribué à égalité.

Verdict : sur 42 spectacles vivants répertoriés dans le « In » à Avignon, seuls 6 sont créés, mis en scène ou chorégraphiés par une femme. Et 7 autres le sont par un (ou des) homme(s) et une femme en collaboration.

« Un phénomène d’évaporation »

Pour Blandine Pélissier, comédienne, metteuse en scène et membre de l’association HF, « Avignon représente le haut de la pyramide, mais ces chiffres sont emblématiques de la réalité du théâtre aujourd’hui ». Et si avec le mandat de Vincent Baudriller et Hortense Archambault à Avignon, il y avait eu un mieux, « on sent que ça ne va pas en s’arrangeant avec Olivier Py (Ndlr, directeur du festival depuis 2013) » déplore la comédienne. En effet, « la nouvelle génération de trentenaires mise en avant par le directeur du festival ne compte que des hommes » (comme cet article l’illustre).

Pourtant, « les femmes sont beaucoup plus présentes dans les écoles d’art, mais après, il y a un phénomène d’évaporation », explique Blandine Pélissier. Même logique dans les festivals de jeunes talents émergents, qui présentent plus de femmes. Mais après, elles disparaissent et n’accèdent pas à une notoriété nationale. « On ne pardonne pas aux femmes le moindre échec ».

« La cooptation entre hommes est plus forte »

Depuis le rapport de Reine Prat, qui dénonçait en 2009 les inégalités femmes/hommes dans les arts du spectacle, les choses ont très peu bougé, déplore encore Blandine Pélissier. Ainsi, actuellement les 6 théâtres nationaux (Odéon, Théâtre de la Colline, Chaillot, Théâtre de Strasbourg, Opéra-comique, Comédie Française) sont administrés par des hommes. Il y a bien eu 3 femmes à leur direction, mais elles ont laissé leur place à des hommes.

Comment l’expliquer ?  « La cooptation entre hommes est plus forte, les femmes ne sont pas habituées à se mettre en réseau » souligne Blandine Pélissier. Pour le mouvement HF, il faut une volonté politique, sinon les choses n’évolueront pas. HF avait fait du lobbying pour intégrer dans la loi du 4 août sur l’égalité réelle un paragraphe concernant la culture. La loi incite notamment les collectivités « à garantir l’égalité de traitement entre les femmes et les hommes et leur égal accès à la création et à la production culturelle et artistique, ainsi qu’à la diffusion des œuvres ». Mais sans aller plus loin que cette déclaration d’intention.

Dans la loi « relative à la liberté de création, à l’architecture et au patrimoine », présentée mercredi 8 juillet en conseil des ministres, un tel paragraphe était également prévu, mais il semble s’être évaporé lui aussi.

 

Photo : Avignon, Festival 2009. Par Jean-Louis Zimmermann sur Flickr. (Licence CC BY 2.0)


 1/ Le Mouvement HF sera à Avignon samedi 11 et dimanche 12 juillet lors de trois événements pour l’égalité hommes/femmes dans les arts et la culture.

 

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2 commentaires

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polin 8 juillet 2015 - 16:45

Mais combien de discours de femmes… sur la parité.. puis quand le mari claque du doigt bobonne obéit !
Votre analyse : il faut une volonté politique me semble fausse.
Les femmes « disparaissent » aussi car elles n’osent pas, elles exigent bcp plus d’elles même… et à une femme, on fait remarquer LA faute.. pour un homme « on rit! » et d’ailleurs l’âne rit aussi, il est CONtent ce con d’être le COQ qui a tout alors qu’il est CON !
Financement : les banques prêtent aussi moins aux femmes…

Combien de fois avez-vous entendu un lycéen affirmer qu’il sera ingénieur… et 3 ans plus tard il est chômeur ou sous-fifre chez Auchan ?

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Stéphanie H. 9 juillet 2015 - 07:21

Bonjour,
Concernant le comptage effectué dans le cadre de la brochure « Où sont les femmes? », je vous renvoie à la première étude publiée sur la page Facebook de la brochure, Want&d:

 » 15 femmes sur 75 artistes, soit 20% pour le Festival d’Avignon 2015 à partir de l’avant programme distribué la semaine passée : Valérie Dreville, Emmanuelle Vo Dinh, Nathalie Garraud, Ruth Rosenthal, Ene Liis Semper, Gaelle Bourges, Babouillec, Marguerite Bordat, Eszter Salamon, Fatou Cisse, Barbara/Fairouz/ Dorsaf Hamdani (1), Christa Wolf (1), Ana Solokovic (1).
A noter que le spectacle Barbara / Fairouz / Dorsaf Hamdani est l’objet d’une seule représentation, tout comme pour Ana Solokovic et Christa Wolf. Une quasi absence des autrices de textes.
Ce sont les Sujets à vif qui vont faire remonter la moyenne. Pour le moment, ils ne sont pas pris en compte dans la mesure où la programmation complète n’a pas encore été publiée. Want&d y reviendra. A noter que l’affiche est l’œuvre du plasticien Guillaume Bresson. Les deux expositions sont consacrées à Guillaume Bresson et Patrice Chéreau.
Belle phrase que la dernière de l’édito « Je suis l’autre » : »Au desssus de nous, les étoiles d’Avignon jalousent nos questions et notre impatience, car on n’apprend pas à être humain en étant séparé de l’humanité ». A méditer pour que davantage de femmes artistes participent aux prochaines éditions. Elles aussi sont impatientes. « 

Vous pourrez retrouver ce comptage dans la 4e édition de la brochure.

Merci pour votre article!

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