Accueil MédiasBruits et chuchotements Au Gault&Millau le sexisme à table

Au Gault&Millau le sexisme à table

par Isabelle Germain

© Gault&Millau/hrvprod

Non seulement le palmarès du guide gastronomique est très masculin mais, pour se congratuler, les chefs s’entourent de femmes peu vêtues. Interpellé, le Gault&Millau persiste et signe.

 C’est sur la scène du Moulin Rouge qu’avait lieu en ce début de mois de novembre, la cérémonie de lancement de l’édition 2020 du guide gastronomique Gault&Millau. Et au lendemain de cette cérémonie, dans les journaux il n’est question que de héros des fourneaux. « Le sacre d’Arnaud Donckele » désigné chef de l’année par-ci, l’homme « porté en triomphe » par là. Avec la publication du classement des « dix grands chefs élevés au rang de Toques d’Or » de l’Académie ou encore « les six grands de demain ». Bref, beaucoup de grands hommes ! Sauf… une femme qui s’est glissée parmi les « six grands de demain» Mais attention, on ne sait pas si elle compte vraiment parce qu’elle est inscrite parmi les six aux côtés de son mari. Il s’agit de  Tabata et Ludovic Mey (Les Apothicaires, Lyon). Ensemble, Tabata et Ludovic ne comptent que pour un parmi les six désignés. « Au Gault&Millau, les femmes n’ont d’avenir que si elles sont mariées. Ce n’est plus du sexisme ou de la misogynie, on est au-delà. Ou 50 cm en dessous », a critiqué sur Twitter Marie-Sophie de Bruxelles, publiant une photo du couple, parue dans Libération) avec Ludovic debout et Tabata assise. On en est encore là dans le prestigieux monde de la gastronomie. 

Et ce n’est pas tout ! Comme si les valeureux chefs n’étaient pas assez héroïsés, les organisateurs du Gault&Millau ont souligné leur supériorité de mâle en les présentant sur scène entourés de danseuses du Moulin rouge en petite tenue. Anne Lataillade, la Cheffe du Blog Papilles & Pupilles demande sur Facebook : « Pourquoi il n’y a pas de mecs en petite tenue et plus de femmes récompensées ?» 

Sur son compte Instragram Vérane Frediani la réalisatrice du documentaire À la recherche des femmes chefs  semble s’étrangler en critiquant le guide gastronomique qui a inventé le nom « Nouvelle cuisine » dans les années 70. «Apparemment ils sont restés coincés dans cette décennie. Est-ce que l’un des chefs mâles a trouvé quelque chose d’étrange lors de cette cérémonie ? Vous connaissez la réponse.» 

Profil bas du côté du guide ? Pas du tout ! Selon lui, les femmes dénudées étaient  sur scène, tout est normal : « étant au Moulin Rouge » elles faisaient partie du décor.  Pas davantage de remise en question sur la domination masculine dans le classement. Gault&Millaut écrit : « Bien que des femmes soient présentes en cuisine aujourd’hui, la grande cuisine est représentée pour le moment par des hommes. Ce n’est pas un choix, c’est un fait ».   Un fait, pas un choix ? Vérane Frediani reprend la liste des « 10 plus grands cuisiniers de tous les temps » et affirme que le guide « aurait pu et dû y inclure des femmes : Annie Desvignes, Simone Lemaire, Jeanne Drouin, Cristiane Massia….et tant d’autres qui malgré la misogynie de la cuisine française ont été étoilées ! Voilà le boulot que vous refusez volontairement de faire. Inviter toujours les mêmes pour faire croire que c’était ça la gastronomie en France hier, ça nous dessert toutes et tous ! » 

Interpellé sur les actions à entreprendre pour « mettre en valeur ces académiciennes dans un futur proche », le Gault&Millau a répondu qu’il ne voulait pas faire de la « discrimination positive », mais plutôt  « mettre en avant des ‘dieux’ de la gastronomie ». Syllogisme du mépris : il affirme ne retenir que les meilleurs, il ne voit pas ou ne veut pas voir de femmes, donc les femmes ne sont pas parmi les meilleurs. Même le monde du cinéma n’ose plus utiliser ces arguments qu’il retenait pourtant en 2012 (voir Cannes : le syllogisme du mépris) On est passé à des démarches un peu plus volontaristes (voir : A Cannes, comptons les femmes ! )

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